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Mali : l’uranium de Faléa, un des enjeux du conflit ?

Alors que des journaux de plus en plus nombreux laissent entendre que l’opération militaire française au Mali pourrait être en partie guidée par des intérêts économiques et financiers, liés notamment à la présence du géant nucléaire français Areva au Niger voisin, que certains plus curieux … y voient une bataille plus ou moins rangée pour gaz et pétrole du bassin de Taoudeni, situé dans un Sahel « prometteur » en terme d’hydrocarbures, peu encore tiennent à nous rappeler l’importance stratégique que revêt le sous-sol malien pour Areva, et à contrario ses concurrents et adversaires. Lesquels pourraient être tentés de limiter les parts de « gâteau jaune » (ou yellow cake) disponibles. Et, ce, au grand dam de la population de Faléa, petite bourgade du Mali.

Pourtant, Areva tente déjà depuis de nombreuses années d’obtenir les droits d’exploitation d’une mine d’uranium de quelques 5 000 tonnes de minerai qui se trouvent à Faléa, une commune de 21 villages et 17 000 habitants, située dans une région isolée à 350 kilomètres de Bamako, très proche des frontières du Sénégal et de Guinée.

De là à justifier – certes en partie – l’intervention française, baptisée « Opération Serval » pour éviter que djihadistes, rebelles touaregs et autres mouvements ne remettent en cause d’éventuels accords ou pourparlers, il n’est pas irraisonné d’y penser.

D’autant plus que les efforts du géant nucléaire français pour tenter de « rafler la mise » ne datent pas d’hier, sa persévérance pouvant être même jugée comme remarquable.

Ainsi, dans les années 1970, déjà, la Cogema (structure à l’origine d’Areva), le Bureau de Recherche Géologique Minière et la société d’Etat malienne (SONAREM) avaient effectué des travaux de prospection.

A l’époque, le manque de rentabilité du site avait quelque peu refroidi l’intérêt du groupe français, l’enclavement de la zone, des difficultés d’accès à l’eau et à l’énergie nécessaire au fonctionnement de la mine induisant des investissements coûteux.  Mais, selon Le Figaro et Africa Intelligence, Areva a procédé en 2009 à des campagnes d’exploration dans la région de Saraya, du côté sénégalais.

En 2005, la société canadienne Rockgate a été mandatée par le gouvernement malien afin d’effectuer des forages et recherches à Faléa. En 2010, Rockgate a produit un rapport préliminaire, complété par la suite par Golder Associates, une société internationale de « conseils dans les domaines connexes de l’énergie ». Des documents qui au final considèrent « que le Mali offre un environnement de classe mondiale pour l’exploitation d’uranium ».
En 2011, la compagnie minière canadienne Rockgate a mandaté l’entreprise française Foraco, basée à Marseille et cotée en bourse à Toronto, en vue d’étendre les travaux d’explorations et forages à Faléa.

En novembre 2012, Rockgate a confié une étude de faisabilité à une société sud-africaine, DRA Group, pour le projet de Faléa. Lequel contiendrait environ 12.000 tonnes d’uranium soit quatre fois la production de la mine Areva d’Arlit au Niger en 2012.

Rappelons  par ailleurs  qu’en février 2011, l’exposition Falea, la menace d’une mine d’uranium avait été présentée au Forum Social Mondial à Dakar. Par la suite, une délégation du Forum Civique Européen s’était rendue à Falea.  C’est dans ce cadre là que l’eurodéputée française Michèle Rivasi et militante antinucléaire avait fait le voyage avec Eva Joly, à la demande d’un collectif local, inquiet des éventuelles retombées écologiques du projet de mine à ciel ouvert.
Michèle Rivasi affirme que des sources diplomatiques sur place avaient alors évoqué un «accord entre le canadien Rockgate et Areva».
Reste que selon Le Figaro, un porte-parole d’Areva a démenti l’existence d’un quelconque accord au Mali où la société française «n’est pas intéressée», selon lui. Ajoutant que la Cogema, «a prospecté au Mali il y a cinquante ans», sans découvrir de gisement substantiel.

En mars 2011, Eva Joly indiquait que le Fonds monétaire exerçait une pression sur les autorités maliennes pour qu’elles explorent ses ressources naturelles. Selon elle, l’objectif serait de permettre au Mali de payer ses dettes. «Je pense qu’il ne faut pas sacrifier la santé de la population pour pouvoir honorer des dettes qui ne sont pas utiles à cette population qui n’ont pas servi la population», avait-elle laissé entendre.

Des propos tenus en écho de la politique nationale malienne de « diversification de la production minière », justifiée alors par le ministère des Mines au nom de la lutte contre la pauvreté. Alors même que jusqu’à présent la population malienne n’a guère aperçu les retombées sociales et économiques qui auraient dû découler de la production aurifère, le Mali étant actuellement 3ème producteur d’or en Afrique, avec 8 mines aurifères en exploitation, la dernière ayant ouvert en février 2012.

Eléments forts intéressants : durant son voyage de Dakar (Sénégal) à la frontière malienne, et jsuqu’à Kenieba, la délégation du Forum Civique Européen avait pu emprunter la toute nouvelle route, le «corridor sud de l’Afrique de Ouest, Bamako-Dakar». 
Liaison routière entre Dakar et Bamako réalisée par la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement, l’agence de développement japonaise, l’USAID, la Chine, la Banque Africaine de Développement, la Banque Islamique de Développement, les gouvernements du Sénégal et du Mali en coopération avec l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine dans le cadre du Programme d’action communautaire pour les infrastructures et le transport.

Un des membres de la délégation du Forum civique européen  indiquait par ailleurs que le corridor suivait pendant des centaines de kilomètres le vieux tracé de la ligne des chemins de fer coloniaux, fermée récemment au public par la privatisation.
Une filiale de la société d’Etat des chemins de fer chinois – Covec-Mali – achèvait alors le tronçon de route entre la frontière du Mali près de Kenieba et Bamako. Indiquant que sur le même chantier se trouvait l’entreprise de BTP Razel, laquelle appartient depuis 2009 au Groupe Fayat.
La société de travaux publics Dai Nippon Construction construisait quant à elle les trois ponts nécessaires sur cette route vers Bamako. Le financement ? des sommes offertes par le Japon, via des crédits non remboursables.

Ce qui faisait dire en résumé à la délégation du Forum Civique Européen que se voyaient ainsi réuni « des fonds en provenance d’Etats les plus divers réunis pour la construction d’infrastructures qui favorisent, pour des multinationales, l’extraction bon marché des richesses minières de l’Afrique de l’Ouest pour les transformer loin de là« . Ajoutant qu’il était « même question d’un projet de construction d’un port maritime à environ 60 km au sud de Dakar ».

En 2012, le site survie.org indiquait pour sa part que « le Mali est pieds et poings liés aux demandes des multinationales« , ajoutant que le ministère des Mines, créé sous Alpha Oumar Konaré en 1995, au moment de la libéralisation du code minier et des réglementations en matière d’investissement sous l’impulsion de la Banque Mondiale, en était « l’instrument docile« .
Ajoutant : « en plus de la compromission des élites, le code minier malien ne prévoit aucune contrainte pour les compagnies minières en termes de responsabilité environnementale et sociale pendant la phase d’exploration et de prospection« . Une faiblesse législative rendant le sous-sol malien « extrêmement attractif » soulignait-il enfin.

Sources : Mecanopolis , Maliweb.net, Forum civique européen, Rockgate, Le Figaro, Survie.org, Africaintelligence

Elisabeth STUDER – www.leblogfinance.com – 29 janvier 2013

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4 commentaires

  1. Elisabeth Studer 30 janvier 2013 à 01:33
  2. Elisabeth Studer 1 février 2013 à 01:36

    Plus de 3 milliards FCFA pour l’uranium sénégalais

    Le gouvernement sénégalais et la Société UraMin Inc., par le biais de sa filiale UraMin Exploration Ltd, viennent de signer une convention minière pour l’exploration de l’uranium et « d’autres minerais » semblables dans l’Est du Sénégal.

    L’accord, annoncé le 23 mars par UraMin concerne la zone dénommée « Saraya Est », dans le Sénégal oriental, et couvre une superficie de presque 3000 km2, selon les responsables de la société minière.
    Le ministère sénégalais des Mines, contacté par Ouestafnews, a confirmé la signature de la convention.
    UraMin annonce s’être engagée, au terme de la convention, à investir 5.996.000 dollars US (soit plus de 3 milliards FCFA) en trois ans, pour mener ses recherches.
    La zone à prospecter avait déjà dans le passé fait l’objet d’intenses travaux exploratoires, d’abord dans les années 50, puis dans les années 70 et enfin dans les années 80, et des signes prometteurs avaient alors été décelés par les experts.
    Toutefois, à l’époque les prix de l’uranium sur les marchés internationaux rendaient peu rentables les investissements nécessaires à la poursuite des opérations, affirme UraMin.
    Selon la convention signée par les deux parties, si la phase exploratoire s’avère positive, UraMin sera tenue d’enregistrer une société locale au Sénégal pour la phase d’exploitation, et dans laquelle l’etat sénégalais aura des « intérêts » à hauteur de 10 %.
    En attendant la firme assure avoir obtenu du gouvernement des garanties d’exonérations fiscales et douanières durant toute la période que va durer la prospection et, tout partage ultérieur de bénéfices se fera à la seule condition que la société ait recouvré la totalité des sommes investis durant la phase exploratoire.
    Depuis un peu près de deux ans, on assiste à une véritable ruée des grosses compagnies minières vers l’Afrique de l’Ouest, où du Burkina Faso au Sénégal et du Libéria au Mali, elles se pressent aux frontières à la recherche de nouvelles opportunités.
    Toutefois, cette ruée ne se fait pas toujours sans des revers : ainsi le géant indien de la sidérurgie Mittal avait dû récemment revoir un accord signé avec Monrovia suite à une dénonciation de son contrat par la présidente Ellen Johnson Sirleaf, alors qu’au Sénégal, le même Mittal nouait des accords sur le fer de la Falémé (également dans le Sénégal oriental) mettant du coup sur la touche les Sud Africains de Kumba Iron Ore, ex-partenaires du Sénégal sur ce projet, et qui eux menacent depuis de porter l’affaire en justice.

    Lundi 26 Mars 2007

    Ouestaf News

  3. Elisabeth Studer 1 février 2013 à 01:38

    Uranium : le Sénégal brade sa richesse
    Date de publication : vendredi 27 novembre 2009
    industrie minière Kédougou uranium

    Alors que l’Uranium se raréfie dans le monde, le Sénégal qui a des réserves potentielles de ce produit dans la zone de Kédougou, a signé un contrat d’exploration avec la société Uramin Inc. Mais au moment où l’on s’enorgueillit jusqu’en Conseil des ministres de cette possible source de richesses, l’on ne s’attend pas à plus de 10 % de revenus sur ce produit.
    source : http://www.sununews.com – 26 Novembre 2009

    A combien s’évalue les réserves d’uranium que le Sénégal dispose dans sa partie septentrionale ? A l’état actuel une réponse n’est pas possible même si un début d’exploration a lieu sur une superficie de 3000 hectares dans la zone de Kédougou, le Sénégal ayant signé un contrat dans ce sens avec la société Uramin Inc.

    La seule certitude qu’il y a aujourd’hui est que le Sénégal même en cas de découverte et d’exploitation ne gagnera presque rien de ce minerai si précieux, que la France est derrière ce projet d’exploration et que le produit connaîtra de plus en plus une inflation sur son prix de vente. Un article paru dans la revue Science et Vie renseigne sur la vraie question de l’Uranium dans le monde : raréfaction des réserves et hausse des coûts.
    Le prix du livre de l’uranium qui oscille entre 150 et 74 dollars la livre (120 millions de f cfa la tonne), connaîtra une hausse puisque selon des études menée par la Revue Science et Vie, les 435 réacteurs nucléaires actuellement en service dans le monde, ne continuent à tourner que grâce aux réserves militaires et stratégiques, les mines ne produisant pas autant que la consommation des centrales.

    Le Sénégal brade sa richesse

    Que gagnera le Sénégal en cas de découverte d’uranium dans la zone de Saraya par la société UraMin Inc ? Rien ou presque. Selon l’accord signé entre le gouvernement et cette société canadienne, le Sénégal pourra récolter 10 % des intérêts.
    Cela veut dire que la société fera déduire du magot du Sénégal, les frais d’exploitation avant de verser le pourcentage au Sénégal. Autre préalable, la société ne commencera à partager les intérêts qu’après avoir recouvert la totalité des coûts d’exploration actuellement estimé à 3 milliards et bénéficiera d’une exonération.
    En termes clairs le Sénégal partagera avec son partenaire tous les risques liés à l’exploration, assistera la société sur le plan fiscal et lui fera bénéficier de facilités douanières avant de ne récolter que 10 %, soit environ 15 dollars pour 0, 4536 Kg d’uranium extrait (si le livre est vendu à 150 dollars comme le prévoient les estimations les plus faibles)

    La France derrière ce contrat léonin

    L’affaire semble nébuleux lorsqu’on découvre qu’en fait au lieu de Uramin , société enregistrée au Canada, c’est le français Areva en difficulté au Niger et dont les rendements sont à la baisse qui est derrière les recherches de Kédougou.
    La société française a en effet racheté avec 2,5 milliards de dollars Uramin Inc pour allonger son impact de recherche d’’uranium et pouvoir ainsi continuer sans surcoûts à alimenter sa clientèle dont Electricité de France (EDF).
    Ce redéploiement d’Areva géant français dans le nucléaire s’explique non seulement par la raréfaction du produit, mais parle récent camouflet enregistré par le géant du nucléaire au Niger.
    Dans ce qu’il est convenu d’appeler désormais « la révolution de l’Uranium », Areva spécialisé dans la construction de centrales et leur approvisionnement a été débouté par le Gouvernement de Niamey qui a décidé d’une hausse de 40% se sa cote part mais également prévu de vendre sa part de l’uranium directement sur le marché.
    C’est dire donc qu’Areva a logiquement décidé de diversifier ses sources d’Uranium en Afrique et dans le monde à rachetant purement et simplement un autre géant Uramin Inc présent déjà en Afrique notamment en Namibie.

  4. Elisabeth Studer 22 février 2014 à 22:15

    petit rappel …

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