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Forces spéciales russes aux portes de la Libye selon les USA, forte odeur de pétrole via l’autrichien OMV

Bataille dans la bataille sous fond de guerre civile libyenne. Démontrant au grand jour que la situation qui prévaut actuellement en Libye est issue des rivalités entre grandes puissances internationales avec pour fond une forte odeur de gaz et de pétrole, un responsable américain vient d’indiquer que des soldats de forces spéciales russes se trouvaient actuellement dans une base militaire dans l’ouest de l’Egypte, près de la Libye. Pays où la Russie cherche à jouer un rôle accru. Le ministère de la Défense russe a toutefois démenti un tel déploiement.

Simple hasard ? Ses révélations interviennent le jour même où les troupes loyales au maréchal Khalifa Haftar, qui détient l’autorité sur l’est de la Libye, ont annoncé la reprise de deux importants sites pétroliers tombés précédemment aux mains de groupes armés rivaux.

Selon le responsable américain, des soldats des forces spéciales russes se trouveraient sur la base aérienne de Sid Barrani, à environ 100 kilomètres de la frontière libyenne. De même source on indique que l’administration américaine surveille “de près” l’évolution de la situation. Un diplomate occidental a également indiqué – sous couvert de l’anonymat – que des forces russes se trouvaient sur un “site” de l’armée égyptienne dans l’ouest du pays.

- La Russie dément toute volonté de s’impliquer davantage en Libye … et pourtant - 

Le ministère russe de la Défense a déclaré pour sa part qu’il n’y avait pas d’unités des forces spéciales russes à Sidi Barrani. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a démenti quant à lui toute volonté russe de s’impliquer davantage en Libye. “Une ingérence russe excessive dans les affaires libyennes n’aiderait sûrement pas et ne serait certainement pas utile. Mais cela ne veut pas dire que la Russie n’est pas en contact avec les parties qu’elle juge nécessaires”, a-t-il toutefois ajouté.

Pour rappel, deux autorités rivales se partagent le pouvoir en Libye à l’heure actuelle. Si un gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli est reconnu par la communauté internationale, l’est du pays est aux mains du maréchal Khalifa Haftar. Ce dernier s’est récemment rapproché de la Russie, allant même début janvier jusqu’à monter à bord d’un porte-avions russe passant au large de la Libye de retour d’une mission au large de la Syrie.
Parallèlement Moscou a multiplié les initiatives en vue de rapprocher le maréchal Haftar de Fayez al-Sarraj, le chef du GNA. C’est ainsi que Fayez al-Sarraj s’est rendu à Moscou le 2 mars dernier.

- Etats-Unis et Europe loin d’être en reste sur le dossier -

Reste que les Etats-Unis ne sont pas en reste dans cette affaire. En 2016, le Pentagone avait reconnu la présence de petits groupes de forces spéciales américaines en Libye, dont l’objectif officiel était d’identifier les groupes armés en présence et d”essayer de comprendre exactement leurs intentions”.  Durant la même période, ils ont également appuyé militairement les efforts du GNA pour chasser le groupe Etat islamique (Daesh) de Syrte.

La France et le Royaume-Uni ont également envoyé dans le pays des petits groupes de militaires ou d’agents des services secrets. En juillet 2016, le gouvernement d’union nationale avait même accusé la France de violation du territoire après la mort de militaires français dans un crash.

- Les installations pétrolières du pays, enjeu des rivalités internes - 

Il faut dire que le gâteau pétrolier libyen attire les convoitises … Mardi, le chef des Gardes des installations pétrolières loyaux à Haftar, le général Meftah al-Megaryef, a confirmé la reprise des sites de Ras Lanouf et d’Al-Sedra, deux des quatre principaux sites du Croissant pétrolier libyen.

L’Armée nationale libyenne (ANL), autoproclamée par le maréchal Haftar, avait annoncé dans la matinée avoir lancé une large offensive pour reprendre ces deux sites dont s’étaient emparées le 3 mars les Brigades de Défense de Benghazi (BDB). Lesquelles sont qualifiées de terroristes par les forces loyales au maréchal.

Si le GNA a nié tout lien avec l’escalade militaire dans le Croissant pétrolier, le centre de réflexion International Crisis Group estime que ce dernier entretient des liens “complexes et ambigus” avec les BDB, ajoutant que “le ministre de la défense du GNA et certains membres » de ce gouvernement soutenaient” cette alliance de milices.

En septembre 2016, les forces pro-Haftar avaient pris le contrôle des quatre principaux sites pétroliers de Libye –Zoueitina, Brega, Ras Lanouf et Al-Sedra– assurant l’essentiel des exportations libyennes de pétrole.

La perte de Ras Lanouf et Al-Sedra avait toutefois semé le doute sur les capacités militaires de l’ANL. Cette dernière semble devoir sa supériorité tant à ses forces aériennes qu’à l’appui de pays comme l’Egypte et les Emirats arabes unis.

Le maréchal Haftar accuse quant à lui ses rivaux d’être des “terroristes” et de recevoir le soutien de pays comme la Turquie, le Qatar et le Soudan.

- OMV, cheval de Troie de la Russie en Libye ?

Alors que nous laissons entendre déjà depuis de nombreux mois que le groupe pétrolier autrichien OMV pourrait être le cheval de Troie guidé par la Russie pour pouvoir s’insérer chaque jour un peu plus sur le marché européen du gaz via notamment la plate-forme – autrichienne – de transit gazier de Baumgartner, il semble depuis quelques mois affublé d’un nouveau rôle, sa méconnaissance du grand public lui permettant de grignoter plus discrètement que Gazprom les ressources pétrolières du monde entier.

C’est ainsi que la compagnie pétrolière vient de relancer en février dernier sa production pétrolière en Libye, arguant de l’amélioration de la situation politique pour ce faire.

Le pétro-gazier autrichien a ainsi augmenté sa participation dans quatre accords de partage de production et d’exploration dans le bassin de Syrte ( fief de Daesh …. ! ) signant parallèlement un accord en vue de renforcer son partenariat avec la société d’Etat du pétrole  (NOC).

Grâce au renforcement de ses actifs libyens et la mise en production récente des champs pétroliers de Syrte et Sharara, OMV envisage de faire passer sa production pétrolière de 3 000 b/j au dernier trimestre de 2016 à 10 000 b/j en moyenne avant la fin 2017. Rainer Seele, le PDG de l’entreprise a toutefois conditionné ce développement à la pérennité de la situation sécuritaire actuelle. L’objectif à moyen terme du groupe est de porter sa production libyenne à 50 000 b/j.

«OMV a été un partenaire fiable de la NOC durant les temps difficiles que nous avons connu. Nous sommes satisfaits de son engagement à continuer à investir dans notre pays », s’est réjoui à cette occasion Mustafa Sanalla, le patron de la NOC.

- OMV et Gazprom : partenaires stratégiques sur le marché européen -

Pour rappel, OMV est une régie autrichienne de gestion du pétrole et compagnie pétrolière privée, fondée en 1956, ayant son siège à Vienne … tout comme l’Opep. La compagnie qui achète 6,5 milliards de mètres cubes de gaz par an au géant pétrolier russe Gazprom, fait partie des rares compagnies européennes autorisées à revendre le gaz russe hors de son marché domestique.

Fin janvier, Manfred Leitner, membre du Conseil de direction d’OMV avait déclaré dans la presse russe : « Notre compagnie a créé un partenariat  très solide avec nos partenaires russes en matière de pétrole et de gaz. Ce partenariat fonctionne infailliblement depuis déjà presque 50 ans et le gouvernement autrichien comprend son importance. Le partenariat avec la Russie est un élément clé pour assurer la sécurité de la livraison du gaz. L’Europe doit revoir sa position à l’encontre de la Russie d’un point de vue géopolitique », avait-il conclu.

Rappelons enfin qu’en décembre 2009, le groupe d’hydrocarbures autrichien, premier groupe gazier et pétrolier d’Europe centrale, et la Bourse de Vienne ont créé une « Bourse du gaz ». Son ambition d’alors ? Devenir numéro un en Europe continentale …. en partenariat avec le géant gazier russe Gazprom. Comment ? via la plate-forme de Baumgarten qui permet – notamment – d’assurer la livraison du gaz russe à l’Europe occidentale, disposant ainsi d’une position stratégique au coeur de l’Europe centrale.

Sources : AFP, Agenceecofin, Sputniknews

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 14  mars 2017 -

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6 commentaires

  1. retrouvé le retour 15 mars 2017 à 10:39

    Toute cette affaire de mise en place d’état sur des bases religieuses au Moyen Orient et au Sahel, nous revient sur la figure et met nos finances et notre industrie en danger. (Si l’on excepte la vente de quelques pétoires ! dont un a servi a assassiner mon meilleur ami !!)

    Sarko en ne prenant pas en compte cette donnée a fait comme G. Bush. L’Europe ne doit pas s’occuper de cette merde religieuse débile !!

  2. Elisabeth Studer 22 mars 2017 à 03:02

    Gaz: OMV rachète une partie de gisement russe
    Par Le Figaro.fr avec ReutersMis à jour le 06/03/2017

    Le groupe énergétique autrichien OMV va acquérir une participation d’un quart environ dans l’un des plus importants gisements de gaz russes pour 1,75 milliard d’euros, une opération qui permettra à son ancien propriétaire Uniper de disposer des liquidités dont il a grand besoin. La transaction devrait être finalisée d’ici la fin de l’année et sera comptabilisée rétroactivement à compter du 1er janvier 2017, ont précisé OMV et Uniper dans deux communiqués distincts publiés dimanche. Des sources avaient dit à Reuters l’an dernier qu’Uniper pourrait mettre en vente sa participation de 24,99% dans le gisement Oujno Rousskoie pour un prix compris entre 1,7 milliard et 2,5 milliards de dollars (1,60-2,35 milliards d’euros). “L’acquisition permettra d’intégrer à notre portefeuille une nouvelle zone, la Russie, en ajoutant 100.000 barils d’équivalent pétrole par jour à la production d’OMV”, a déclaré le directeur général Rainer Seele.

    L’opération doit également permettre de réduire les coûts de production et de toucher les dividendes tirés du gisement dès cette année, avec un paiement annuel de l’ordre de 200 millions de dollars anticipé à moyen terme. Le gisement Oujno Rousskoie – également exploité par Gazprom et la filiale Wintershall de BASF – constitue la source d’approvisionnement principale du gazoduc Nord Stream qui alimente directement l’Allemagne en gaz russe.
    Pour Uniper, scindé d’avec E.ON l’an dernier, l’accord constitue une étape majeure vers son objectif de céder au moins deux milliards d’euros d’actifs d’ici 2018 afin de se redresser.

  3. retrouvé le retour 22 mars 2017 à 10:33

    Il suffit de voir la “raideur” des déclaration du candidat petit coq Macron dressé sur ces ergots concernant ” l’ami US ” pour bien mesurer la suite !! Inutile de mesurer le poids des sociétés pétrolières ou celui des actionnaires, car il n’y a plus de mécanique dans la machine qui ne tourne qu’avec l’huile de la propagande habituelle.

  4. Elisabeth Studer 15 mai 2017 à 00:19

    Des législatives anticipées cette année en Autriche

    Reuters14/05/2017

    Des élections législatives anticipées seront organisées cette année en Autriche, probablement à l’automne, a déclaré dimanche le chancelier Christian Kern à la chaîne de télévision ORF.

    “Il y aura sans aucun doute une élection, je pense dès l’automne prochain”, a déclaré le dirigeant autrichien.

    Le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, a réclamé vendredi la tenue de ce scrutin anticipé, accentuant les fragilités de la coalition au pouvoir.

    L’Autriche est gouvernée par une coalition formée par les sociaux-démocrates (SPÖ) du chancelier et le Parti populaire (ÖVP, droite conservatrice), dont Kurz est l’étoile montante.

    Les conservateurs voient en lui le meilleur rempart contre la progression du Parti de la liberté (FPÖ). La formation d’extrême droite est en tête dans les intentions de vote, devant les sociaux-démocrates, mais des sondages suggèrent que si Kurz prenait la tête de l’ÖVP, la droite passerait en tête des intentions de vote.

    L’actuel chef de l’ÖVP, le vice-chancelier Reinhold Mitterlehner, a créé la surprise en annonçant mercredi qu’il renonçait à toutes ses fonctions politiques, y compris à la tête du parti.

  5. retrouvé le retour 11 juin 2017 à 15:27
  6. Elisabeth Studer 23 août 2017 à 16:39

    Autriche: le Comité Mauthausen met en garde contre un retour de l’extrême droite

    Vienne – Le Comité Mauthausen d’Autriche s’est alarmé mercredi du risque de voir la formation d’extrême droite FPÖ revenir au pouvoir dans ce pays, listant une série de dérapages qui établissent selon lui le caractère “incurable” de ce parti fondé par d’ex-nazis.

    Après s’être efforcé de polir son image ces dernières années, le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) est crédité de 24% d’intentions de vote aux prochaines législatives en octobre et est considéré comme un possible partenaire de coalition par le jeune favori conservateur Sebastian Kurz (ÖVP, 32%).

    Une éventuelle alliance n’a pas non plus été exclue par le chancelier social-démocrate sortant Christian Kern, en perte de vitesse (27%).

    “Si quelqu’un veut former une coalition avec le FPÖ, il ne faut pas qu’il puisse dire après coup qu’il ne savait pas à quel point ce parti est incurable”, prévient le Comité Mauthausen, une organisation représentant les déportés du camp de concentration autrichien du même nom.

    Pour appuyer son propos, l’ONG publie une liste de 60 dérapages à caractère xénophobe, raciste ou antisémite imputables à des élus du FPÖ depuis 2013.

    “Ce sont certes des cas particuliers. Mais pas des cas isolés ou atypiques”, selon l’organisation, pour qui “le FPÖ conserve une proximité marquée avec l’idéologie nazie”.

    En 2000, l’entrée de ce parti au gouvernement en coalition avec le chancelier conservateur Wolfgang Schüssel avait suscité un séisme politique en Europe et donné lieu à des sanctions de l’UE.

    Depuis cinq ans, le FPÖ a toutefois veillé à recentrer graduellement son image, à l’instar de la politique menée en France par Marine Le Pen, la présidente du Front national, un parti allié.

    Evitant soigneusement tout propos excessif, le candidat FPÖ Norbert Hofer avait, en décembre, remporté 46,2% au second tour de la présidentielle face au candidat écologiste libéral Alexander Van der Bellen.

    Lors d’une intervention télévisée lundi, le patron et tête de liste du FPÖ pour les législatives, Heinz-Christian Strache, a principalement fait valoir des valeurs d’”équité”, de “liberté” et de “progrès”, insistant notamment sur la nécessité de créer un salaire minimum en Autriche.

    Le FPÖ a réagi mercredi au rapport du Comité Mauthausen en dénonçant dans un communiqué une “campagne de dénigrement”.

    “Ceux qui se soucient sérieusement de l’antisémitisme en Autriche auraient dû se préoccuper depuis longtemps des conséquences du déplacement de population (…) qui a vu et voit arriver des flots de gens issus d’une culture où l’antisémitisme figure quasi à l’ordre du jour”, estime le parti, dans une allusion à l’arrivée de réfugiés en provenance du monde musulman.

    Le scrutin législatif anticipé, convoqué à l’initiative de M. Kurz, est prévu le 15 octobre.

    (©AFP / 23 août 2017 13h14)

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