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Le pétrolier autrichien OMV partenaire de la Russie sur un nouveau Nabucco pour contourner l’Ukraine

Quand je vous disais que le groupe pétrolier autrichien OMV pouvait être le pion mené de mains de maître par la Russie pour ficeler l’approvisionnement de l’Europe en gaz russe … les faits pourraient bien me donner raison

Selon le journal russe Ria Novosti, citant un media autrichien, OMV aurait pour plan de mettre en place un projet en vue d’acheminer du gaz russe vers l’Europe en contournant l’Ukraine.

Selon les informations, Reinhard Mitschek, ancien directeur du gazoduc international Nabucco serait chargé du projet.

Si OMV n’a pas fait de commentaires à l’heure actuelle, Gazprom a pour sa part publié des photos de la négociation qui s’est tenue le 3 juin dernier sur lesquelles figurent le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, Reinhard Mitschek, et le futur PDG de OMV, Reiner Seele.

Mais attardons-nous un instant sur l’Autriche et ses relations diplomatiques … et économiques avec la Russie

Alors que nous laissons entendre déjà depuis de nombreux mois que le groupe pétrolier autrichien OMV pourrait être le cheval de Troie guidé par la Russie pour pouvoir s’insérer chaque jour un peu plus sur le marché européen du gaz via notamment la plate-forme – autrichienne – de transit gazier de Baumgartner, rappelons que l’« Initiative populaire pour le retrait de l’UE » a été déposée le 17 décembre dernier auprès des autorités compétentes autrichiennes.

Objectif affiché : demander une « votation populaire » pour le retrait de l’Autriche de l’Union européenne.  Arguments invoqués : selon l’Initiative populaire, presque toutes les promesses faites avant l’adhésion à l’UE il y a vingt ans, ayant mené à son acceptation par les votants, auraient été bafouées. Selon elle, « au lieu d’avoir favorisé une progression, on a assisté à une débâcle de l’Autriche dans presque tous les domaines : augmentation du chômage, accroissement des dettes de l’État, baisse du pouvoir d’achat pour la grande majorité des gens, hausse de la criminalité, disparition presque totale de la petite paysannerie et détérioration de l’environnement ».

D’après l’Itiniative populaire, « les décisions de l’UE sont dictées, selon l’avis de larges franges de la population, par les multinationales du nucléaire, de la technique génétique et de la chimie ainsi que par des chaînes commerciales internationales ne laissant aucune chance à un approvisionnement de proximité respectueux de la nature et garanti également en cas de crise ».

Des arguments certes dotés d’une certaine pertinence … mais auxquels il faut rajouter d’autres un peu plus sujets à caution … et laissant entrevoir une relation quelque peu privilégiée avec la Russie, justement. Parmi eux, le fait que « la participation de l’Autriche aux sanctions contre la Russie » soit « incompatible avec sa neutralité perpétuelle inscrite dans sa Constitution ». Le ton se veut même on ne peut plus ferme, l’Initiative Populaire, déclarant « nous voulons une Autriche libre et neutre, qui ne soit pas une « colonie » de Bruxelles ou de Washington ».

Avec au final, l’énoncé d’un des enjeux majeurs : « les négociations secrètes menées depuis plusieurs années entre l’UE et les États-Unis/Canada pour créer un traité de libre-échange transatlantique (appelé TAFTA ou TTIP en anglais et PTCI en français) ne seraient pas valables pour nous si nous n’étions plus membres de l’UE. Il en irait de même pour les contributions nettes que l’Autriche doit payer en tant que membre de l’UE depuis vingt ans. »

Reste que l’Autriche pourrait être tentée de sortir de l’UE pour mieux se tourner vers la Russie, voire l’Iran, et s’affranchir de la législation européenne, le tout pas forcément pour une plus grande liberté de son peuple … Encore une fois, la manipulation de masse pourrait être d’un grand secours pour oeuvrer en faveur des groupes énergétiques russes et/ou lutter contre les majors pétrolières US.

- L’Autriche pourrait devenir pays de transit pour le gaz en provenance d’Iran à destination de l’UE -

En septembre 2014, nous indiquions ainsi que selon les propos même du président iranien Hassan Rouhani, l’Iran était prête à d’exporter du gaz en Europe à travers le territoire autrichien. Une information que j’avais à cette date qualifiée d’intéressante à plus d’un titre quand on sait que l’Autriche  constitue parallèlement une sorte de cheval de Troie envoyée par la Russie pour d’une manière ou d’une autre rendre l’Union européenne dépendante. Via notamment un jeu subtil de transit à travers les pipelines qui sillonnent l’Europe.

Selon Shana News, lors d’une rencontre avec le Président autrichien Hans Fischer à New-York (…. !), le ministre iranien du pétrole a en effet déclaré que l’Iran pourrait être un point central pour la fourniture d’énergie vers l’Europe.

Selon les officiels iraniens en charge du secteur de l’énergie, la construction du pipeline IGAT-9 (Iran Gas Trunkline-9) devrait permettre d’améliorer la fourniture de gaz dans la partie ouest du pays et de faciliter les futurs exports de gaz vers les pays européens.

- L’Autriche …. une position on ne peut plus stratégique sur l’échiquier énergétique mondial … -

En avril 2014, nous avions indiqué que grand seigneur, le géant gazier russe Gazprom venait de déclarer avoir « accepté la proposition du côté autrichien d’explorer les possibilités de construire un gazoduc en Autriche ». Et ce, alors même, qu’il ne pouvait pas rêver meilleure proposition pour voir aboutir toute sa stratégie gazière en Europe … avais-je alors précisé.

Le groupe énergétique russe avait alors annoncé qu’il envisageait d’étendre à l’Autriche son gazoduc South Stream. Ce dernier, destiné à assurer la distribution du gaz russe en l’Europe, en contournant l’Ukraine, est actuellement en construction. Le cas échéant, cette nouvelle branche du pipeline compléterait l’itinéraire actuel, lequel fait déboucher le gazoduc en Italie via la Slovénie.

« L’actuelle situation géopolitique confirme la pertinence d’itinéraires alternatifs pour les livraisons de gaz russe aux consommateurs européens », avait par ailleurs ajouté Gazprom.  Un contexte idéal pour Moscou pour accélérer la mise en place d’un nouveau tracé qui renforcerait la place de l’Autriche et du groupe gazier autrichien OMV comme véritable hub de transit du gaz européen, à la croisée de gazoducs on ne peut plus stratégique.  C’est donc dans un tel contexte que le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, avait rencontré à Vienne le ministre autrichien de l’Économie, Reinhold Mitterlehner, et le PDG d’OMV, Gerhard Roiss.

- L’autrichien OMV : un partenaire incontournable de la Russie -

Mais attardons-nous un instant sur OMV et son partenaire russe …. le géant tentaculaire Gazprom.

Précisons tout d’abord qu’en décembre 2009, le groupe d’hydrocarbures autrichien, premier groupe gazier et pétrolier d’Europe centrale, et la Bourse de Vienne ont créé une « Bourse du gaz ». Son ambition d’alors ? Devenir numéro un en Europe continentale …. en partenariat avec le géant gazier russe Gazprom. Comment ? via la plate-forme de Baumgarten qui permet – notamment – d’assurer la livraison du gaz russe à l’Europe occidentale, disposant ainsi d’une position stratégique au coeur de l’Europe centrale.

L’entité, qui s’appuie sur la plate-forme de distribution Central European Gas Hub (CEGH) opérée par OMV à Baumgarten, a commencé fin 2009 à proposer des contrats spots, le négoce de contrats à terme étant alors planifié pour une mise en oeuvre au printemps 2010. L’objectif à terme est de faire du CEGH « la première place d’Europe continentale pour le commerce du gaz« , avait alors précisé OMV.
Le début des opérations en Bourse marque « une nouvelle étape pour la création d’un marché européen du gaz » et « renforce la sécurité des approvisionnements« , avait parallèlement déclaré  alors le ministre autrichien de l’Economie, Reinhold Mitterlehner. On ne demandait alors qu’à le croire …

Parallèlement, OMV s’associait à Gazprom pour développer cette plate-forme de distribution en Autriche, l’une des trois plus importantes d’Europe continentale, interconnectée à la plupart des différents pipelines qui traversent déjà ou devraient traverser l’Europe. La structure dessert, outre l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie, la France, la Slovénie, la Croatie et la Hongrie.

Selon un accord initial, OMV et Gazprom devaient détenir chacun 30 % du Central European Gas Hub. Mais en juin 2011, la Commission européenne a bloqué l’achat par le géant gazier russe d’une partie de la plate-forme de distribution gazière Central European Gas Hub GmbH (CEGH). A cette occasion, le vice-président du géant gazier russe, Alexandre Medvedev avait indiqué : « malgré les souhaits de nos partenaires, la Commission européenne a commencé à chercher des intentions cachées derrière cet accord, comme si nous allions l’utiliser pour asservir l’Europe. Je suis très déçu« . Il avait alors estimé que la désapprobation de la Commission européenne était une « décision à courte vue ».

Située « idéalement » au débouché du gazoduc Droujba, le Central European Gas Hub voit transiter annuellement 55 milliards de mètres cubes de gaz, principalement de Russie et de Norvège. En une sorte de goulet d’étranglement ou noeud de transit gazier (ou hub) quasi-incontournable ou presque, surtout si tout est fait pour le rendre ainsi. Permettant de tirer les ficelles de l’approvisionnement en gaz de l’Europe …..

Pour rappel, OMV – régie autrichienne de gestion du pétrole – est une compagnie pétrolière privée, fondée en 1956, ayant son siège à Vienne. plus de 51 % de son capital circule sur le marché, 31,5 % est détenu par le holding public des participations de l’Etat autrichien, 24,9 % par IPIC, l’office public des participations pétrolières de l’État d’Abou Dhabi.

L’entreprise est chef de file pour la construction du gazoduc Nabucco, dont un des objectifs est d’assurer le transit d’hydrocarbures en contournant la Russie. Malgré ce projet européen que la Russie voit d’un mauvais oeil mais pourrait à son tour « contourner » à sa manière, OMV fonde néanmoins sa stratégie sur un partenariat avec les compagnies russes.

L’entreprise autrichienne s’est également associée à Transpetrol, pétrolier semi-public slovaque, pour construire l’oléoduc Bratislava-Schwechat. Ce tronçon doit relier la raffinerie autrichienne à l’oléoduc transeuropéen Droujba, lui permettant d’être connecté directement aux champs pétrolifères russes.

Par ailleurs, OMV, qui achète 6,5 milliards m³/an à Gazprom, fait partie des rares compagnies européennes autorisées à revendre le gaz russe hors de son marché domestique.

Enfin, l’achat par OMV  d’actifs pétroliers en Tunisie – en janvier 2011 !!!  -  est loin d’être anodin, les livraisons d’hydrocarbures tunisiens ou transitant par la Tunisie influant grandement sur les débouchés du géant gazier russe Gazprom.

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 13 juin 2015

Sources : Ria Novosti, presse autrichienne

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11 commentaires

  1. ES 14 juin 2015 à 11:45

    visiblement le sujet interesse bcp de monde
    je suivrai donc dorenavant attentivement la presse autrichienne

  2. Elisabeth Studer 15 juin 2015 à 23:57

    on en reparle :
    OMV Thinking About Nabucco Re-Launch with Turkish Stream (Die Presse)
    Ex-Nabucco chief Reinhard Mitschek is said to be heading the project which will cross Bulgaria, Romania and Hungary, Bulgarian media reported citing an article in Austrian Die Presse
    AUTHOR: publics.bg

    The Nabucco-West route
    © Nabucco

    Austrian state-controlled OMV could be building a pipeline, a new Nabucco of sorts, to link the planned Turkish Stream project from the Bulgarian-Turkish border with the Baumgarten gas hub near Vienna. Ex-Nabucco chief Reinhard Mitschek is said to be heading the project which will cross Bulgaria, Romania and Hungary, Bulgarian media reported citing an article in Austrian Die Presse.

    According to the article Rainer Seele, CEO to be of OMV, has been planning together with Russia’s Gazprom a new route for Russian gas towards Vienna. Seele will take over at OMV as of July 1, Die Presse notes.

  3. retrouvé le retour 16 juin 2015 à 08:25

    On donne des réf en allemand maintenant sur ce blog !! formidable, Il manque aussi d’Espagnol pour ce qui est de la Californie et de tout le Sud des USA . ( Il n’y a qu’à regarder la télé sur place pour bien mesurer !!)
    Tourner au pétrole et au gaz russe est la solution pour l’Europe. Tout le monde le sait et surtout les anglo-saxons qui ne cherchent qu’une chose récupérer par tous les moyens le magot !!

  4. retrouvé le retour 22 juin 2015 à 08:14

    « nous voulons une Autriche libre et neutre, qui ne soit pas une « colonie » ( de Bruxelles ou) de Washington ».
    Bravo pour l’idée de lire autre chose que de l’anglais !! Les Autrichiens se trompent nous allons faire l’Europe en jetant dehors les USA.
    Pour se qui est des espions US style le ” richtige Pollack” qui se croit chef de la commission européenne, ils ne sont que du vide !!

  5. ES 22 juin 2015 à 19:49

    Ah oui, c’est vrai , tout le monde ne parle pas allemand ;-)
    c’est pourtant bien d’avoir l’info à sa source ;-)

  6. ES 22 juin 2015 à 19:51

    si vous etes sages, je vous traduis ;-)
    OMV-Gazprom-Projekt könnte bis zu zehn Milliarden Euro kosten

  7. ES 22 juin 2015 à 19:52

    Der russische Gazprom-Konzern rechnet für den geplanten Ausbau der Ostsee-Pipeline Nord Stream zwischen Deutschland und Russland mit Kosten von rund 9,9 Mrd. Euro.
    Moskau. Die Schätzung orientiere sich an den Ausgaben von etwa 8,5 Mrd. Euro für die ersten beiden Stränge, sagte Gazprom-Chef Alexej Miller am Freitag der Agentur Interfax zufolge.
    Die Erweiterung um zwei Röhren sei noch in der Planungsphase. “Wir werden die Kosten optimieren”, so Miller.
    Gazprom und westliche Partner, darunter E.ON und OMV, hatten am Donnerstag überraschend den Ausbau der Leitung vereinbart. Damit soll sich die Kapazität der Pipeline um weitere 55 Milliarden Kubikmeter im Jahr verdoppeln. Der Schritt gilt als Schlag gegen die von einer prowestlichen Regierung geführte Ukraine, die dadurch als Transitland für russisches Gas an Bedeutung verliert. Für eine Verlängerung der Schwarzmeer-Pipeline Turkish Stream ist Russland derzeit mit Griechenland im Gespräch.
    (dpa)

  8. ES 22 juin 2015 à 19:52

    facile à traduire d’ailleurs !

  9. ES 4 mars 2017 à 13:51

    étrole: l’autrichien OMV vend le turc Petrol Ofisi pour 1,37 Md

    Vienne – Le groupe pétrolier et gazier autrichien OMV a annoncé vendredi soir la vente de sa filiale turque Petrol Ofisi, un des principaux distributeurs turcs de produits pétroliers, au géant suisse du négoce pétrolier Vitol, pour 1,368 milliard d’euro.

    OMV avait mis en vente sa filiale turque il y a un an, dans un contexte d’effondrement des prix du brut qui a déprimé le secteur pétrolier mondial.

    La transaction, soumise à l’approbation des autorités de régulation, devrait être finalisée au plus tard au troisième trimestre, a indiqué le groupe autrichien dans un communiqué.

    Elle se traduira pour OMV par une dépréciation de 186 millions d’euros à inscrire aux résultats du quatrième trimestre 2016 en plus de la dépréciation de 148 milliards d’euros enregistrée à fin décembre pour la vente de cette filiale.

    Le groupe a également indiqué qu’un effet de change négatif de 1,1 milliard d’euros, lié à la dégringolade du cours de la livre turque, affectera ses résultats en 2017.

    “Le plan initial d’intégrer Petrol Ofisi dans la chaîne de valeur du groupe OMV n’a pas fonctionné. Par conséquent, la décision de vente était nécessaire à la mise en oeuvre de notre stratégie d’entreprise. Compte tenu de l’environnement difficile, je suis heureux de cette transaction”, a indiqué le PDG du groupe, Rainer Seele, dans un communiqué.

    Petrol Ofisi, qui dispose du premier réseau de distribution de Turquie avec 1.785 stations-service, avait été racheté à plus de 95% par OMV en 2010, lors d’une opération qui avait valorisé le groupe turc à 1,765 milliard d’euros.

    Comme d’autres filiales d’OMV, Petrol Ofisi a subi de sévères dépréciations ces dernières années et a souffert d’un encadrement des marges pétrolières par le régulateur turc.

    OMV, qui emploie 24.500 personnes, avait annoncé mi-février un bénéfice net de 3 millions d’euros pour l’année 2016, après une perte de 1,15 milliard en 2015, mais avec un déficit net de 145 millions d’euros au quatrième trimestre en raison d’effets exceptionnels négatifs d’un montant de 415 millions d’euros.

    smk/plh

    OMV AG

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