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Mexique et Turquie sur la voie d’un accord de libre-échange

Effet boomerang de la diplomatie toute particulière menée par Donald Trump : le monde entier s’aperçoit de la dépendance qu’il entretenait – lui-même - avec les Etats-Unis dans sa propre gestion de sa politique extérieure. Ironie du sort, manque de clairvoyance politique, au final le nouveau locataire de la Maison blanche aura affaibli les USA en jouant à fond la carte du protectionnisme. Pour un peu on le remercierait ….

C’est ainsi que le Mexique et la Turquie ont convenu vendredi d’accélérer leurs négociations en vue de la signature d’un accord de libre-échange. Le gouvernement mexicain tordant ainsi le coup aux menaces protectionnistes du président américain qui ne cesse de pointer du doigt le pays d’Amérique du Sud avec lequel les Etats-Unis entretiennent pourtant d’importants échanges commerciaux.

Le ministre mexicain des Affaires étrangères Luis Videgaray et son homologue turc Mevlut Cavusoglu ont indiqué que leurs deux gouvernements avaient déjà eu plusieurs discussions et se rencontreraient à nouveau durant les prochaines semaines. « Nous avons convenu d’accélérer nos efforts pour parvenir à un accord » a par ailleurs ajouté M. Videgaray, s’adressant aux journalistes. Il a tenu à préciser qu  »aujourd’hui, plus que jamais » le Mexique était « ouvert au monde » et qu’il souhaitait « construire et renforcer ses liens commerciaux ainsi qu’en matière d’investissements avec tous les pays amis, indépendamment de leur distance géographique ». Reste à savoir au passage si les Etats-Unis figurent parmi ses pays amis … le ministre mexicain laissant ainsi pointer du doigt les impacts néfastes de la politique de Donald Trump pour les finances américaines.

Son homologue turc a quant à lui proposé de renforcer le groupe MIKTA, une initiative de coopération politique et commerciale créée en 2013 qui réunit le Mexique, l’Indonésie, la Corée du Sud, la Turquie et l’Australie. « Ensemble nous ferons plus d’efforts pour rendre cette initiative, ce forum, plus pertinent politiquement, plus efficace et plus visible » a ainsi déclaré M. Cavusoglu.

A noter également qu’après le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud – réunis au sein des BRICS – les investisseurs s’intéressent à d’autres pays susceptibles de devenir de futures grandes puissances économiques : le Mexique, l’Indonésie, le Nigeria et la Turquie, réunis eux au sein d’un groupe dénommé MINT.

Dès 2014, face au ralentissement de la croissance chinoise  et aux difficultés de l’économie brésilienne secouée par des crises sociales, les marchés financiers  s’étaient mis en quête de nouveaux débouchés. L’économiste Jim O’Neill, un ancien de Goldman Sachs avait alors inventé l’acronyme MINT, faisant référence au Mexique, à l’Indonésie, au Nigeria et à la Turquie. Jim O’Neill  est loin d’être un inconnu puisque c’est lui  qui a également créé, en 2001, le sigle BRIC, qui nomme les puissances émergentes à forte croissance. L’acronyme MINT est  quant à lui plutôt bien choisi : en anglais, le terme désigne l’endroit où l’on fabrique la monnaie et signifie aussi « comme neuf ».

Les MINT sont dotés de nombreux atouts : une démographie favorable, des économies de plus en plus ouvertes et, en dehors de la Turquie, des matières premières qui dopent leur croissance (le Mexique, l’Indonésie et le Nigeria disposent en effet d’importantes ressources de gaz et de pétrole).

Enfin, la position géographique de ces pays constitue un avantage stratégique sur le plan économique. Si pour le Mexique, les Etats-Unis représentaient jusqu’à présent un marché considérable, l’Indonésie se situe au cœur de l’Asie du Sud-Est et de la zone de libre-échange de l’ASEAN. Le Nigeria peut tirer profit de son ouverture sur la mer, et la Turquie est un pont entre l’Orient et l’Occident.

A noter enfin que l’annonce de vendredi intervient alors que les Etats-Unis, le Canada et le Mexique se préparent à renégocier l’Accord nord-américain de libre-échange (Aléna), que Donald Trump a récemment qualifié de « désastre total » pour son pays.

Face aux propos menaçants de Donald Trump, le second plus grand pays d’Amérique latine accélère les négociations avec l’Union européenne, recherchant par ailleurs à tisser des liens commerciaux avec d’autres pays.

Sources : AFP, Jolpress

Elisabeth Studer – 4 février 2017 – www.leblogfinance.com

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7 commentaires

  1. retrouvé le retour 5 février 2017 à 15:09

    Je ne connais pas les % des échanges, mais il est certain que l’ALENA a du conduire le Mexique à un tête à tête unilatéral avec les USA.

  2. Elisabeth Studer 5 février 2017 à 15:17

    très très intéressant :

    https://m3m.be/news/mexique%C2%A0-lalena-un-fardeau-pour-les-mexicains
    30/04/13
    Mexique : L’ALENA, un fardeau pour les Mexicains

    Analyse
    Hausse du chômage, de la pauvreté et des prix de l’alimentation, les mexicains sont peut-être bien les derniers à qui a profité l’accord de libre-échange. Cet accord entre les États-Unis, le Canada et le Mexique avait promis à ce dernier un développement économique sans précédent. A la place, le libre-marché a détruit son industrie agricole, le rendant dépendant des importations américaines. L’industrie mexicaine a été transformée en industrie de sous-traitance aux salaires toujours plus bas.
    Lorsqu’arrive la proposition américaine d’accord de libre-échange avec le projet de l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain), ses partisans affirment que l’ouverture des échanges profitera aux deux pays suivant la théorie des avantages comparatifs. La croissance économique du Mexique va progresser, engendrant création d’emplois, augmentation des salaires et diminution du prix de la nourriture. Le président mexicain Carlos Salinas décrit l’ALENA, entré en vigueur le 1er janvier 1994, comme une « occasion unique de transformer le pays » et la « chance du Mexique d’entrer dans le premier monde ». La rédaction du New York Times prédit l’accroissement des « niveaux de vie dans toutes les régions du Mexique pour les peuples de toutes origines ethniques » . La réalité sera toute autre.

    Un bilan social négatif

    Face à l’agriculture compétitive américaine, les paysans mexicains se retrouvent ruinés. Selon Cruz Lopez Aguilar, le président de la puissante Confédération Nationale des Paysans, « 5 millions d’emplois agricoles ont été perdus et 2 millions d’hectares sont en jachère » depuis la mise en place de l’ALENA. Le chômage a également touché les employés des entreprises mexicaines. En 1994, il y avait 12 millions de pauvres au Mexique. Près de 14 ans plus tard le pays en compte plus de 50 millions dont 20 en situation d’extrême pauvreté vivant à la campagne .

    Auparavant en situation d’autosuffisance alimentaire, le Mexique est devenu, depuis l’entrée en vigueur de l’ALENA, tributaire des exportations américaines : 40% de ses besoins alimentaires en dépendent. Au total, 74% des importations mexicaines proviennent des États-Unis et 89% des exportations vont vers ce pays. Les mexicains sont donc contraints d’acheter leurs produits alimentaires de base aux prix du marché et leur accès à la nourriture est à la merci de leur hausse. Si le salaire minimum permettait en 1994 de se procurer 38,2 kilos de tortilla, il ne permet plus en 2008 que d’en acheter 5,7 kilos (6). Couplée à la pauvreté de plus en plus importante, la hausse des prix menace d’affamer des millions de mexicains.

    Au nom de son développement économique, le Mexique cherche à tout prix à privilégier les investisseurs du Nord au détriment des conditions de travail de sa population. Depuis l’ALENA, le nombre de maquiladoras, le nom donné aux usines d’assemblage mexicaines, est passé d’environ 2000 à plus de 3700 établissements en six ans. Créant plus de misère humaine que d’emploi, elles bénéficient du désengagement de l’État mexicain en ce qui concerne le contrôle des lois sociales et du travail. Les employés, essentiellement des mères célibataires car plus facilement exploitables, travaillent de 10 à 12 heures par jour dans les pires conditions, manipulant parfois des produits nuisibles à leur santé sans aucune protection. Licenciées si elles tombent malades ou enceintes, elles vont jusqu’à être assassinées si elles tentent de défendre leurs droits.

    La destruction de l’agriculture mexicaine

    L’agriculture est un secteur particulièrement asymétrique entre les États-Unis et le Mexique. Lorsqu’il y a 1,6 tracteurs par agriculteur américain contre 1 pour 200 au Mexique, et que les subsides annuels à l’agriculture sont de 20 000 dollars pour chaque agriculteur aux États-Unis et de 700 au Mexique, il n’est pas difficile de deviner qui détiendra l’avantage. En effet, les États-Unis produisent trois fois et demie plus de maïs à l’hectare que leur partenaire et ce à moindre coût . Face à l’ouverture de leur marché à cette agriculture industrielle, les petits agriculteurs mexicains, produisant pourtant un maïs qualitativement supérieur, n’ont pu être compétitifs et ont été contraints pour beaucoup de mettre un terme à leurs activités. La balance agricole mexicaine est passée de + 581 millions de dollars à – 2 148 millions entre 1994 et 2000 .

    Des mesures de protection pour les produits sensibles, les éléments de base de l’alimentation des mexicains avaient été prévues mais n’ont jamais été appliquées. Dès 1996, le maïs américain a été autorisé à entrer au-delà des quotas autorisés et sans taxes sur le territoire mexicain. Les prix américains étant plus bas en raison des coûts de productions inférieurs, l’importation a explosé: si elle était de 2,6 millions de tonnes en 1994, elle est passée à 7,5 en 2007 .

    Forts de leur poids politique, les USA violent en plus constamment les accords en imposant de plus en plus de mesures protectionnistes unilatérales. Ils ont imposé une série d’embargos sur des produits issus de l’agriculture mexicaine, telles que les tomates ou les avocats. Bien qu’on invoque des insuffisances de qualité ou des règles sanitaires, ces mesures masquent en réalité une volonté de protéger ses propres producteurs. En freinant la concurrence avec le Mexique sur les produits pour lesquels ce dernier pourrait concurrencer, comme certains fruits et légumes, les États-Unis renforcent leur domination économique.

    Le Mexique, l’atelier des USA

    Les maquiladoras ne servent qu’à l’assemblage de composants importés des Etats-Unis, qui une fois montés seront réexportés vers leur pays d’origine. Elles n’engendrent pratiquement aucune rentrée financière pour le pays car il n’y a pas d’utilisation de composants locaux, ni de vente locale. Si en dix ans les exportations du Mexique ont triplé, le plaçant huitième au rang mondial, ces exportations émanent de moins en moins d’entreprises mexicaines (13). Malgré l’augmentation des exportations, le déficit commercial atteint des niveaux records et de nombreuses entreprises de production mexicaines sont contraintes de fermer.

    Pour les États-Unis, le principal atout du Mexique réside dans le maintien des bas salaires et du peu de contrôle des conditions de travail. Le salaire étant en effet six à huit fois inférieur à celui d’un américain, cet atout pour l’industrie américaine ne pouvait qu’être exploité à fond voir renforcé. Malgré l’augmentation de salaire que promettait l’ALENA, leur montant atteint en 2010 à peine celui de 1980. Les Maquiladoras représentent un avantage économique incontestable dans la chaine de production des produits américains: exonération de pratiquement toute forme de taxe, garanties de libre rapatriement des capitaux et des bénéfices, proximité géographique qui rend pratiquement nuls les coûts de transport,…

    Pour les Mexicains, l’avantage des maquiladoras devait surtout résider dans l’emploi qu’elles allaient créer de par leur multiplication, contribuant ainsi au développement du Mexique. Si elles ont effectivement créé un certain emploi, cela a largement été compensé en négatif par les suppressions d’emploi que l’ALENA a engendré en raison de la fermeture des industries de production (plus de 28000 PME ont disparu en 10 ans) et de la ruine des paysans. Même aux États-Unis les pertes d’emplois ont été nombreuses en raison de la délocalisation de la production vers le Mexique. Au moins 766 000 postes ont été éliminés de l’industrie entre 1994 et 2000.

  3. Elisabeth Studer 5 février 2017 à 15:21

    A lire également
    http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-915_es.html

    1. L’ALENA : chance pour le Mexique, fardeau pour les Mexicains

  4. Elisabeth Studer 5 février 2017 à 15:21

    hyper intéressant ;-)

  5. retrouvé le retour 5 février 2017 à 15:27

    Trump fait un calcul simple, la mondialisation est une bonne chose pour les « échanges financiers ». La Fed peut produire des QE tant qu’elle veut, tout est absorbé par la fuite des capitaux venant d’autres pays, mais cela n’aura qu’un temps et se terminera rapidement par une bonne accentuation des phénomènes mis en place en 2006/2007 !!
    Au moins Trump par sa présence incongrue montre-t-il que la situation réelle ne correspond pas à la situation décrite par la nomenclature US

  6. retrouvé le retour 5 février 2017 à 15:38

    http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/MFE2005/bertholle_a/pdf/bertholle_a.pdf

    La différence entre la colonisation génocidaire anglo-saxone et ses réserves pour les indiens et la colonisation latino qui est celle de l’Amérique latine !! voir qui est aux commandes au Pérou !!

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