Bolivie : le gaz transite à nouveau vers Brésil et Argentine

Morales_bolivie_gasusa La Bolivie a rétabli vendredi les fournitures de gaz à l'Argentine et au Brésil, après que les préfets et dirigeants locaux de cinq régions de Bolivie aient mis leurs menaces à excéution.

Afin de protester contre le président Evo Morales, estimant que ce dernier grevait à tort leurs revenus issus de leur manne gazière, ces derniers ont en effet perturbés les livraisons de gaz de la Bolivie vers ses voisins, via notamment de violentes manifestations.

Une explosion avait endommagé un gazoduc au sud de la Bolivie et des manifestants avaient bloqué une station de pompage dans la même région, voisine du Brésil et de l'Argentine.

Le vice-ministre des Hydrocarbures M. William Donaire a indiqué qu'il n'y avait "plus de problème avec le Brésil" et que la fourniture de gaz naturel à l'Argentine s'élevait à 1,2 million de mètres cubes par jour (MMCJ). L'approvisionnement de gaz pour le Brésil s'élève de nouveau à 30,5 MMCJ alors qu'il avait baissé à 11 MMCJ au moment des incidents, a-t-il ajouté.

Mercredi une explosion, qualifiée d' "attentat terroriste" par les autorités, avait interrompu le pompage sur le gazoduc sud-bolivien à la frontière de l'Argentine.

Des manifestants avaient aussi provoqué une baisse de la production dans une station de pompage appartenant à Transierra, une compagnie franco-brésilienne (Total et Petrobras) dans la région du Chaco au sud du pays andin.

A Pando au nord, des affrontements entre partisans et adversaires du président Morales ont fait jeudi huit morts et des dizaines de blessés.

Au début du mois de septembre, les autorités des provinces de Santa Cruz, Beni, Pando, Tarija et Chuquisaca avaient diffusé un communiqué dans lequel elles avaient réitéré leurs revendications régionales et rejeté la nouvelle constitution.

Les opposants au président Morales ont lancé un avertissement. "Si le gouvernement persiste dans ses actions, nous déclinons toute responsabilité quant à toute action visant à empêcher l'acheminement des carburants vers l'extérieur du pays", faisant ainsi référence aux exportations de gaz naturel à l'Argentine et au Brésil.

Cinq des neuf provinces de Bolivie, dirigées par des préfets en désaccord avec Evo Morales, protestent contre le gouvernement pour qu'il restitue aux administrations locales 166 millions de dollars de recettes d'un impôt sur les hydrocarbures qui leur était auparavant reversés.

Cet impôt a été affecté unilatéralement par l'administration du président Morales aux retraites des personnes âgées, privant les provinces de leur principale ressource.

Tous les résidents de Bolivie de plus de 60 ans ont désormais droit à une rente viagère de vieillesse appelée Rente Dignité. Mais l'entrée en vigueur, le 1er février, de cette mesure sociale emblématique du président socialiste Evo Morales ne réduit pas les tensions entre la Bolivie andine, essentiellement amérindienne, et la Bolivie orientale riche en hydrocarbures, bien au contraire.

Le financement de la Rente Dignité oppose depuis plusieurs semaines le gouvernement central aux autorités de départements, en particulier ceux de Pando, Beni, Santa Cruz et Tarija, dans l'est du pays. Ces  départements où la proportion d'autochtones est moins élevée que dans la zone andine détiennent la richesse agricole et les gisements d'hydrocarbures, essentiellement de gaz.

Or, le président amérindien Evo Morales a souhaité financer la nouvelle rente en ponctionnant l'impôt direct sur les hydrocarbures qui alimente les budgets départementaux. Un peu la même "problématique" que l'Irak, en somme ...

On se doit de noter toutefois que la Bolivie, qui produit environ 40 millions de m3 par jour, ne parvient pas à livrer les quantités nécessaires de gaz au Brésil (30 millions de m3/j) et encore moins vers l'Argentine alors que sa consommation interne s'élève à 6,5 millions de m3/j.

Le secteur gazier bolivien éprouve des difficultés à fournir aujourd'hui plus de 3 millions de m3/j à l'Argentine qui a besoin, selon un accord passé, d'un minimum de 4,5 millions de m3/j .

La demande argentine de gaz est en effet en hausse constante, compte-tenu du redressement économique du pays et Buenos Aires a signé un accord en 2006 avec son voisin bolivien pour recevoir quelque 7,7 millions de m3 par jour à partir de 2010, volume qui pourra augmenter jusqu'à 27,7 millions de m3 en 2014, avec l'entrée en service du futur gazoduc du nord de l'Argentine (GNDA). Mais la part réservée au Brésil et la demande du marché intérieur bolivien menacent de réduire très fortement le quota d'importation argentin.

En mars dernier, à l'issue d'une réunion à Buenos Aires, les présidents du Brésil, d'Argentine et de Bolivie ne sont pas parvenus à trouver une solution à l'insuffisance de l'offre de gaz bolivien, indispensable à la croissance des deux plus grands pays sud-américains.

Les trois présidents "ont décidé de créer un groupe de coordination composé des ministres responsables du secteur de l'énergie", à l'issue de ce sommet à trois, avait néanmoins alors annoncé le ministre argentin des Affaires étrangères. Ce groupe devra "analyser, conformément au principe de solidarité énergétique régionale, l'évolution des demandes respectives en énergie, afin de coordonner les mesures qui apparaîtront opportunes et pertinentes".

Le président bolivien Evo Morales avait averti ses collègues argentin Cristina Kirchner et brésilien Luis Inacio Lula da Silva que son pays ne pourrait pas garantir l'approvisionnement en gaz au niveau actuel de leurs pays, et qu'il serait donc nécessaire de revoir les quotas de chacun d'entre eux.

Mais le Brésil avait fait savoir avant cette réunion qu'il n'était pas disposé à voir sa part diminuer, proposant en contrepartie de fournir à l'Argentine de l'électricité en cas de nécessité, notamment pendant l'hiver austral quand la demande en énergie atteint son plus haut niveau.

Mardi dernier, la Bolivie a officiellement annoncé qu'elle sera en mesure de respecter ses engagements de fournitures de gaz naturel au Brésil, à l'Argentine et même de les augmenter dans quelques années au Paraguay et à l'Uruguayz.

Selon le plan officiel "Stratégie Bolivienne des Hydrocarbres (EBH)" publié mardi par le quotidien La Razon le pays andin a besoin de "17,78 trillions de pieds cubes pour couvrir les exportations actuelles, les projets d'expansion de la consommation et de l'industrialisation".

Pour l'EBH de "nouveaux contrats", non spécifiés, devraient fournir en plus "18,53 trillions de pieds cubes à partir de 2014". Ces "nouveaux contrats" pourraient fournir au Paraguay et à l'Uruguay du gaz via le gazoduc nord-est argentin (GNEA) dont la construction à charge de l'Argentine n'a pas encore débuté.

La Bolivie, qui s'est engagée par un accord signé en 1997 à fournir du gaz au Brésil et à l'Argentine durant 20 ans à partir de 2011, mise donc sur de nouvelles découvertes de gaz et sur le production de gisements déjà connus.

Dans un entretien avec le quotidien argentin Clarin, le président bolivien Morales soulignait début septembre que le problème était conjoncturel et que des investissements qui atteindront quelque 1,5 milliard de dollars cette année permettront de le résoudre. Désormais il exhorte les compagnies pétrolières à assurer leur financement. Mais ce chiffre jugé très insuffisant pour les spécialistes qui estiment que l'investissement devrait atteindre au moins trois milliards de dollars.

En tout état de cause, les compagnies pétrolières étrangères présentes en Bolivie - Total (France), Petrobras (Brésil), Repsol-YPF (Espagne), British gas (GB) - se plaignent du manque de sécurité juridique et de l'instabilité politique, selon les experts pétroliers.

La Bolivie occupe de deuxième rang après le Venezuela en Amérique du sud en matière de réserves prouvées et probables de gaz naturel avec 48,7 trillions de pieds cubes.

A noter également que le Président bolivien, Evo Morales, a demandé à l'ambassadeur américain, Philip Goldberg, de quitter le pays. Morales accuse, en effet, l'ambassadeur d'être à l'origine des manifestations de violence de l'opposition.

Le dirigeant bolivien n'a pas apporté de preuves concrètes à l'encontre de l'ambassadeur américain mais il a longuement accusé le diplomate d'être de connivence avec le parti conservateur de l'opposition. Un porte-parole du Ministère américain des Affaires étrangères a déclaré que ces accusations étaient sans fondement.

Le ministre bolivien de l’Intérieur, Alfredo Rada, a dénoncé début janvier à La Paz les actions d’espionnage et de déstabilisation auxquelles s’est livrée en Bolivie un groupe contre-révolutionnaire financé par les États-Unis. Dans des déclarations au journal La Prensa, Alfredo Rada a annoncé qu’il présentera un dossier au Parquet sur les agissements de ce groupe qui se fait appeler "Organisation des études policières". Il a précisé que le gouvernement demandera des explications à l’ambassadeur des États-Unis en Bolivie, Philip Goldberg, de l’appui financier que Washington donne à ce groupe irrégulier.

Avant son arrivée en Bolivie, Goldberg a beaucoup oeuvré dans les Balkans durant les années 1990 et, cela, jusqu’à la chute et au procès du président serbe, Slobodan Milosevic.

De 1994 à 1996, il occupe en Bosnie le poste d’assistant spécial de l’ambassadeur états-unien, Richard Holbrooke, artisan de la désintégration de la Yougoslavie. Il sera également chef de la délégation états-unienne à la Conférence de Dayton qui a consacré la partition de la Bosnie.

Entre 2001 et 2004, on le retrouve au Chili mais il retourne ensuite dans les Balkans pour y diriger la mission états-unienne à Pristina (capitale du Kosovo) et encourager la séparation du Montenegro.

Goldberg est donc très familier avec des processus de "décentralisation" et "d’autonomie" à l’origine d’une décade de guerres civiles ethniques en Bosnie, Croatie, Macédoine et Albanie, suivie par l’intervention militaire états-unienne contre la Serbie et la présence de troupes de l’OTAN et de l’ONU pour "pacifier" la région.

Le processus d’exacerbation du racisme et des autonomies séparatistes que connaît en ce moment la Bolivie coïncide avec l’arrivée en poste de Goldberg, en 2006, mais aussi avec la présence d’une importante minorité croate parmi l’élite de la région de Santa-Cruz.

La Bolivie souffre actuellement en effet d’un processus exacerbé de racisme et de menées séparatistes, très semblables à ce qui s’est produit dans les Balkans et qui s’est développé depuis la ville orientale de Santa Cruz où commande une élite composée, entre autres, par des chefs d’entreprise d’origine croate qui ont créé un mouvement fédéraliste appelé « Nation Camba ».

Un des principaux chefs de ce mouvement séparatiste est Branco Marinkovic, chef d’une entreprise agro-industrielle et partenaire de capitalistes chiliens, qui est à la tête du Comité Civique de Santa Cruz, entité qui dirige ces menées séparatistes en exerçant de fortes pressions contre le gouvernement d’Evo Morales.

Le ministre bolivien Juan Ramon Quintana, accuse quant à lui l’agence états-unienne d’aide internationale (USAID) de préparer « l’après Morales » et d’y consacrer une bonne part des 120 millions de dollars que reçoit annuellement la Bolivie.

Quintana affirme que l’argent transite par une firme de consultants, Chemonics International, et est destinée à la création de partis politiques modérés pouvant s’avérer un contrepoids au MAS (parti du gouvernement actuel) et à ses successeurs.

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