Bolivie : menace de suspension des livraisons de gaz vers Argentine et Brésil

Bolivia_moralessanalberto Toujours et encore l'arme du gaz ... Il faut dire qu'elle semble relativement bien “fonctionner” ...

Les préfets et dirigeants locaux de cinq régions de Bolivie sur neuf ont décidé d'accentuer leur mouvement de protestation contre le président Evo Morales.

Comment ? En menaçant de suspendre les exportations de gaz naturel vers l'Argentine et le Brésil. Des menaces qui se précisent puisque des groupes d'opposants au président bolivien ont coupé les routes d'accès à un mégachamp de gaz de l'extrême-sud de la Bolivie et ont menacé de s'emparer des installations, a indiqué mardi la responsable d'un de ces groupes.

Les autorités des provinces de Santa Cruz, Beni, Pando, Tarija et Chuquisaca, réunies depuis mardi dans la ville de Santa Cruz, ont diffusé un communiqué dans lequel elles ont réitéré leurs revendications régionales et rejeté la nouvelle constitution.

Les opposants au président Morales ont lancé un avertissement. "Si le gouvernement persiste dans ses actions, nous déclinons toute responsabilité quant à toute action visant à empêcher l'acheminement des carburants vers l'extérieur du pays", faisant ainsi référence aux exportations de gaz naturel à l'Argentine et au Brésil.

La dirigeante du Comité civique de la province de Tarija, Patricia Galarza a indiqué pour sa part qu'un barrage routier avait été dressé sur le mégachamp gazier de San Alberto et qu'une prise de contrôle du champ n'était pas à écarter. «Notre lutte vise à ce que le gouvernement réponde à nos justes demande», a-t-elle ajouté.

Le champ de San Alberto, opéré par l'entreprise nationale brésilienne Petrobras, est situé à Carapari, dans la province de Tarija, qui détient la majeure partie des ressources gazières de Bolivie. Il produit entre 11 et 13 millions m3 par jour de gaz naturel et est la source d'approvisionnement principale de l'Argentine et du Brésil voisins.

Pour parer à toute menace de la part des opposants, les autorités boliviennes avaient envoyé mardi l'armée sécuriser les administrations publiques et les gisements pétroliers des provinces de Santa Cruz et Tarija, sous contrôle de l'opposition.

Cinq des neuf provinces de Bolivie, dirigées par des préfets en désaccord avec Evo Morales, protestent contre le gouvernement pour qu'il restitue aux administrations locales 166 millions de dollars de recettes d'un impôt sur les hydrocarbures qui leur était auparavant reversés.

Cet impôt a été affecté unilatéralement par l'administration du président Morales aux retraites des personnes âgées, privant les provinces de leur principale ressource.

Tous les résidents de Bolivie de plus de 60 ans ont désormais droit à une rente viagère de vieillesse appelée Rente Dignité. Mais l'entrée en vigueur, le 1er février, de cette mesure sociale emblématique du président socialiste Evo Morales ne réduit pas les tensions entre la Bolivie andine, essentiellement amérindienne, et la Bolivie orientale riche en hydrocarbures, bien au contraire.

Certes, la mesure est on ne peut plus louable : tous les Boliviens de plus de 60 ans ne disposant d'aucun revenu régulier connu - ils sont majoritaires- recevront annuellement 2.400 bolivianos (216 euros), divisibles en tranches mensuelles de 200 bolivianos (18 euros). Pour ceux jouissant déjà d'une retraite ou d'un autre revenu fixe, la Rente Dignité sera de 1.800 bolivianos annuels (162 euros) ou 150 bolivianos (13,5 euros) par mois.

Mais le financement de la Rente Dignité oppose depuis plusieurs semaines le gouvernement central aux autorités de départements, en particulier ceux de Pando, Beni, Santa Cruz et Tarija, dans l'est du pays. Ces  départements où la proportion d'autochtones est moins élevée que dans la zone andine détiennent la richesse agricole et les gisements d'hydrocarbures, essentiellement de gaz.

Or, le président amérindien Evo Morales a souhaité financer la nouvelle rente en ponctionnant l'impôt direct sur les hydrocarbures qui alimente les budgets départementaux. Un peu la même "problématique" que l'Irak, en somme ...

Mais tout est loin d'être simple, car on se doit de noter que la Bolivie, qui produit environ 40 millions de m3 par jour, ne parvient pas à livrer les quantités nécessaires de gaz au Brésil (30 millions de m3/j) et encore moins vers l'Argentine alors que sa consommation interne s'élève à 6,5 millions de m3/j.

Le secteur gazier bolivien éprouve des difficultés à fournir aujourd'hui plus de 3 millions de m3/j à l'Argentine qui a besoin, selon un accord passé, d'un minimum de 4,5 millions de m3/j .

La demande argentine de gaz est en effet en hausse constante, compte-tenu du redressement économique du pays et Buenos Aires a signé un accord en 2006 avec son voisin bolivien pour recevoir quelque 7,7 millions de m3 par jour à partir de 2010, volume qui pourra augmenter jusqu'à 27,7 millions de m3 en 2014, avec l'entrée en service du futur gazoduc du nord de l'Argentine (GNDA). Mais la part réservée au Brésil et la demande du marché intérieur bolivien menacent de réduire très fortement le quota d'importation argentin.

En mars dernier, à l'issue d'une réunion à Buenos Aires, les présidents du Brésil, d'Argentine et de Bolivie ne sont pas parvenus à trouver une solution à l'insuffisance de l'offre de gaz bolivien, indispensable à la croissance des deux plus grands pays sud-américains.

Les trois présidents "ont décidé de créer un groupe de coordination composé des ministres responsables du secteur de l'énergie", à l'issue de ce sommet à trois, avait néanmoins alors annoncé le ministre argentin des Affaires étrangères. Ce groupe devra "analyser, conformément au principe de solidarité énergétique régionale, l'évolution des demandes respectives en énergie, afin de coordonner les mesures qui apparaîtront opportunes et pertinentes".

Le président bolivien Evo Morales avait averti ses collègues argentin Cristina Kirchner et brésilien Luis Inacio Lula da Silva que son pays ne pourrait pas garantir l'approvisionnement en gaz au niveau actuel de leurs pays, et qu'il serait donc nécessaire de revoir les quotas de chacun d'entre eux.

Mais le Brésil avait fait savoir avant cette réunion qu'il n'était pas disposé à voir sa part diminuer, proposant en contrepartie de fournir à l'Argentine de l'électricité en cas de nécessité, notamment pendant l'hiver austral quand la demande en énergie atteint son plus haut niveau.

Dans un entretien avec le quotidien argentin Clarin, le président bolivien Morales soulignait alors que le problème est conjoncturel et que des investissements qui atteindront quelque 1,5 milliard de dollars cette année permettront de le résoudre. Désormais il exhorte les compagnies pétrolières à assurer leur financement ...

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