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Hongrie et Pologne rappellent à l’ordre Macron

Elisabeth Studer Actualités, Economie 4 commentaires

S’il est bien deux pays peu ravis de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence française, ce sont la Pologne et la Hongrie.

Réagissant aux propos énoncés par le président français lors d’une entretien accordé lors du sommet européen de Bruxelles, jugés quelque peu critiques à l’égard des pays d’Europe centrale, Varsovie et Budapest ont appelé vendredi le nouveau chef d’Etat français à les respecter. Ils ont néanmoins affiché leur volonté de jouer l’apaisement avec Paris.

Il est vrai qu’Emmanuel Macron est allé un peu fort durant l’entretien accordée par le président français à huit journaux européens ((Le Figaro, Le Soir, Le Temps, The Guardian, Corriere della Sera, El Pais, Süddeutsche Zeitung, Gazeta Wyborcza),  et publié mercredi soir .… pointant du doigt – certes sans les nommer – les Etats d’Europe centrale qui considèrent l’Union européenne comme « un supermarché ».
« Quand j’entends aujourd’hui certains dirigeants européens, ils trahissent deux fois. Ils décident d’abandonner les principes, de tourner le dos à l’Europe, d’avoir une approche cynique de l’Union qui servirait à dépenser les crédits sans respecter les valeurs. L’Europe n’est pas un supermarché. L’Europe est un destin commun », clamait ainsi Emmanuel Macron, critiquant à demi mots la Pologne et la Hongrie sur la question des réfugiés.

« Les grands défenseurs de cette Europe ultralibérale et déséquilibrée, au Royaume-Uni, se sont fracassés dessus. Sur quoi le Brexit s’est-il joué ? Sur les travailleurs d’Europe de l’Est qui venaient occuper les emplois britanniques », avait même affirmé le Président français, au sujet de la question controversée du travail détaché.  Il avait alors souhaité « promouvoir une Europe qui aille vers un mieux-être économique et social ».

« Le travail détaché conduit à des situations ridicules. Vous pensez que je peux expliquer aux classes moyennes françaises que des entreprises ferment en France pour aller en Pologne car c’est moins cher et que chez nous les entreprises de BTP embauchent des Polonais car ils sont payés moins cher ? Ce système ne marche pas droit », a-t-il fustigé lors de son entretien.

Suite à ces allégations du président français, la Première ministre polonaise Beata Szydlo a demandé que l’on abandonne « stéréotypes et clichés, parfois reçus comme offensants ». Ajoutant que si la Pologne était certes ouverte à la coopération avec la France, son avenir dépendra de l’attitude du président français, à savoir « s’il veut étaler dans les médias son antipathie à l’égard des pays d’Europe centrale ou bien s’il veut parler des faits. »

Le secrétaire d’Etat polonais aux Affaires européennes, Konrad Szymanski a quant à lui émis le souhait que le chef de l’Etat français use de « plus de confiance et plus de prudence dans le choix des mots ». Exhortant Emmanuel Macron à avoir une attitude d’autant plus mesurée que l’entretien a été accordé à huit journaux européens. Le secrétaire d’Etat polonais a également ajouté que Beata Szydlo ne souhaitait pas « de communication qui ne serve pas la confiance », insistant sur le fait que cette dernière s’était clairement exprimée sur le sujet. « Nous comptons sur le président Macron pour qu’il remarque le choix inapproprié de certaines expressions utilisées récemment », a également martelé Konrad Szymanski.

Cet affrontement entre Emmanuel Macron et Beata Szydlo intervient dans un contexte tendu lié à la réforme de la directive travailleurs détachés présentée en mars 2016 par la Commission européenne. Au risque de s’attirer les foudres des pays de l’Est, la France souhaite encore durcir la législation.

« Notre amitié avec Macron a commencé de manière virile », a quant à lui concédé le Premier ministre hongrois Viktor Orban. « Nous étions d’accord sur le fait que notre contact se baserait sur le respect réciproque » a-t-il ajouté.

En marge du Conseil européen, Viktor Orban a qualifié Emmanuel Macron de « nouveau garçon ». Jeudi, le Premier ministre hongrois s’est montré encore plus direct, affirmant : « les débuts de Macron ne sont pas très encourageants. Il pense que la meilleure manière de montrer son amitié était de forcer la main aux pays d’Europe centrale. Ce n’est pas comme ça que ça se passe ici, mais il va vite apprendre ».

Rappelons qu’en février dernier, le chef du parti conservateur nationaliste au pouvoir en Pologne, Jaroslaw Kaczynski, avait quant à lui vivement réagi aux propos de la chancelière allemande Angela Merkel à l’encontre de son pays. Il avait alors prévenu qu’une Europe à « différentes vitesses » évoquée par certains dirigeants de l’UE conduirait à son « éclatement ». Au lendemain de sa rencontre à Varsovie avec Mme Merkel, M. Kaczynski avait alors estimé dans le cadre d’un entretien avec des journalistes de médias publics qu’une Europe à différentes vitesses était « une idée pour faire éclater et, en fait, pour annihiler l’Union européenne dans le sens actuel du terme ». Rappelons que si le chef du parti conservateur nationaliste polonais n’occupe certes aucune fonctioninstitutionnelle au sein du pays, il est toutefois considéré comme l’inspirateur de toutes les décisions importantes du gouvernement polonais. Selon Jaroslaw Kaczynski, il faut au contraire chercher d’autres solutions pour l’avenir européen, notamment « une réforme qui renforcera les Etats européens ».

Ses propos voyaient le jour alors qu’à l’issue d’un sommet informel à Malte portant notamment sur l’avenir de l’UE , Angela Merkel avait estimé que les dirigeants de l’UE pourraient choisir d’opter pour une Europe à « plusieurs vitesses » dans les prochaines années, ajoutant « que tous les Etats » n’allaient pas « participer à chaque fois à toutes les étapes d’intégration ».

Alors que l’idée prônée par la chancelière allemande a également été reprise par le chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni, François Hollande avait alors admis pour sa part que cette Europe à plusieurs vitesses serait « une des voies possibles, pour qu’à Rome, nous puissions dire ce que nous voulons faire tous, et puis certains en Europe davantage». La méfiance affichée par certains pays de l’Est, tels que la Pologne et la Hongrie à l’égard de l’Union européenne et de ses institutions poussent en effet les Européens de la première heure à vouloir accélérer l’intégration.
Le Chef de l’Etat français avait alors directement pointé du doigt ces pays, les accusant implicitement de refuser de jouer le jeu de la solidarité de l’Europe, notamment sur la question des réfugiés. « L’Union européenne n’est pas un tiroir-caisse, elle n’est pas un self-service où l’on prend des fonds structurels et où l’on accède au marché intérieur » et où « on est solidaires de rien ». « Ceux qui voudraient s’éloigner, qu’ils en mesurent les risques », avait-t-il averti. Des propos proches de ceux prononcés par Emmanuel Macron … lequel aura fait déborder le vase …

Au delà de l’épineux problème des migrants, les divisions avec les pays de l’Est concernent également la politique énergétique, fiscale et sociale, la diplomatie et la sécurité de l’UE. Varsovie se montre très proche de l’Otan et le gouvernement polonais a salué avec enthousiasme l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche … se félicitant de sa politique anti-immigration. La Hongrie et la Pologne sont également en faveur d’une Europe moins pesante et plaident ouvertement pour un rapatriement de compétences au profit des Etats.

Sources : AFP, JDD, Reuters

Elisabeth Studer – 24 juin 2017 – www.leblogfinance.com

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4 commentaires

  1. retrouvé le retour 26 juin 2017 à 11:04

    Nous avons là deux états trempés dans l’eau bénite papale qui est corrosive, Mais pourquoi imposer le merde religieuse née d’ esprits criminels en Asie Mineure.
    Imaginez une frontière installée sur des critères religieux entre la Russie et l’Europe. Maintenant demandez de faire rentrer des musulmans, Syriens, Yougoslaves, Nigérians ou de la grande démocratie Albanaise dans cette sauce !!

    Ceux qui baignés dans l’eau bénite papale, tout contents d’être libérés de l’équipe des baiseurs d’images vont faire quoi ? Devine ES :) :) :)

    Les esprits criminels qui mettent en avant des différences religieuses pour créer des états débiles finiront devant des Tribunaux Internationaux !!

  2. retrouvé le retour 27 juin 2017 à 07:17

    « En septembre dernier, à la mort de Mgr Zhu, Mgr Shao n’avait pu célébrer les obsèques de son prédécesseur, il était officiellement en « voyage » pour « apprécier la grandeur et la beauté de la Création » dans le Qinghai, une région reculée du nord-ouest de la Chine. »

    Dans le Carmel mal situé où il est interdit de jouer de la musique !! on prie pour faire cesser cette affaire de méditation sur  » la grandeur et la beauté de la Création « :) :)

  3. retrouvé le retour 7 juillet 2017 à 09:14

    Turquie: interdiction d’enseigner la théorie de l’évolution aux moins de 18 ans dans l’enseignement secondaire.
    Pologne, Turquie, Evangélistes et autres farfelus « même combat » !!

  4. retrouvé le retour 16 juillet 2017 à 09:28

    http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/07/15/l-incineration-kafkaienne-du-prix-nobel-de-la-paix-liu-xiaobo_5160996_3216.html

    Encore une mésaventure qui n’arrivera pas aux Polonais qui enterrent en attendant !!!
    Par contre il semblerait que le « journaliste » des « résidus du Monde » se pose la question du Boudhisme, de ses croyances et pratiques funéraires !! En particulier il pourrait se demander combien de temps l’âme circule avant de se réincarner éventuellement.
    Mieux il pourrait se rendre sur la Via Appia dans la partie romaine aujourd’hui à un niveau archéologique enterré, il existe en bordure de la voie romaine un cimetière romain dans lequel on peut voir le passage de la crémation à l’ensevelissement.
    Les nuls comme Monsieur Harold Thibault devraient faire un effort minimum dans leur voyage vers le « gouvernement français de Siegmarinen »

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