Le Blog Finance

Trump : Accord de Paris vs pétrole de l’Arctique

Alors que les principaux dirigeants de la planète demeurent dans l’expectative face à la position finale de Donald Trump sur les questions environnementales, le site d’information Axios a indiqué samedi, citant trois sources proches du dossier que le nouveau locataire de la Maison Blanche avait confié à certains membres de son entourage qu’il entendait soustraire les Etats-Unis de l’Accord de Paris.

Parmi les personnes que le président a informées, figure Scott Pruitt, patron de l’EPA (Agence de protection de l’environnement) et climato-sceptique notoire, précise par ailleurs Axios. A l’heure actuelle, la Maison blanche n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet malgré les demandes de commentaires formulées par Reuters. Donald Trump a lui-même annoncé samedi sur Twitter qu’il prendrait sa décision la semaine prochaine. James Mattis, secrétaire à la Défense des États-Unis, a indiqué quant à lui que le président américain était « ouvert » à la discussion sur ce sujet.

Lors du sommet du G7 qui s’est déroulé ce week-end en Italie, les chefs de gouvernement ont tenté d’adopter une position commune dans la lutte contre le changement climatique. Ils ont dû néanmoins reconnaître leur défaite face aux États-Unis, lesquels ont refusé de rejoindre le consensus sur l’Accord de Paris.

Lors de sa campagne présidentielle, Donald Trump  avait déclaré qu’il estimait nécessaire de revoir l’Accord de Paris sur le climat. Le milliardaire a également répété à nombreuses reprises qu’il n’hésiterait pas à revenir sur toutes les normes environnementales, et d’autant plus si des emplois étaient en jeu. Selon lui, les actions des autorités américaines dans le domaine de l’écologie auraient nui au secteur énergétique US. Après son élection, Donald Trump a déclaré qu’il n’avait pas encore décidé s’il fallait retirer ou pas son pays de l’Accord de Paris.

Pour rappel, les représentants de 195 pays ont adopté en 2015 dans la capitale française un accord-cadre sans précédent avec pour objectif de limiter le réchauffement climatique. Ce texte doit remplacer le Protocole de Kyoto après 2020. L’accord prévoit de limiter la hausse de la température de la planète « bien en deçà de 2°C » par rapport à l’ère préindustrielle d’il y a 150 ans, de revoir obligatoirement les engagements « tous les 5 ans » et d’accorder une aide financière aux pays du Sud menacés par le réchauffement climatique.

En avril dernier, le climato-sceptique Donald Trump a déclaré qu’il souhaitait favoriser l’exploration et l’exploitation offshore de pétrole et de gaz. En vue d’associer l’acte à la parole, il a parallèlement signer un décret ordonnant un réexamen des restrictions imposées par Barack Obama, notamment en Arctique.

« Notre pays a la chance d’avoir des ressources naturelles incroyables, parmi lesquelles des réserves abondantes de gaz et de pétrole offshore », a-t-il ainsi souligné, déplorant que le gouvernement fédéral ait interdit « l’exploration et la production dans 94% de ces zones ». Selon lui, une telle politique «prive potentiellement » les Etats-Unis de milliers d’emplois et de milliards de dollars de richesse » … mettant encore une fois emploi et croissance au cœur de ses propos et de sa vision pour le moins court terme. Sans n’aborder aucunement les conséquences que l’exploitation de telles ressources pourraient avoir sur l’environnement et le climat.

L’objectif du décret est « de permettre un développement responsable des zones offshore qui fera rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat et créera des emplois pour les employés américains, a-t-il précisé. Une manière de tenter de financer les réformes fiscales si prometteuses ?
Pour rappel, quelques semaines avant son départ de la Maison-Blanche, Barack Obama avait interdit tout nouveau forage de gaz ou de pétrole dans de vastes zones de l’océan Arctique. Il est vrai que l’ancien Président US avait fait de la lutte contre le changement climatique l’une de ses priorités, ce qui est loin d’être le cas de Donald Trump.

Barack Obama s’était alors appuyé sur une loi de 1953 (Outer Continental Shelf Lands Act) qui donne aux présidents le pouvoir de protéger les eaux fédérales de toute exploitation d’hydrocarbures. Il avait ainsi interdit de manière permanente tout nouveau forage au large de l’Alaska, bannissant de telles pratique sur plus de 50 millions d’hectares incluant toutes les eaux américaines de la mer des Tchouktches et une large partie des eaux américaines de Beaufort. Il avait également annoncé l’interdiction de tout forage dans 31 canyons sous-marins dans l’Atlantique.

Greenpeace indiquait alors : «  Par cette initiative, Obama donne l’impression de vouloir protéger le pôle Nord contre la présidence de Donald Trump. Le futur président américain est en effet un climatosceptique qui ne cache pas ses intérêts avec l’industrie des combustibles fossiles. Il a ainsi récemment nommé le CEO du géant pétrolier ExxonMobil à la tête de l’agence américaine pour l’environnement. » Tout en restant aussi lucide que déterminé en s’interrogeant ainsi  : « cette décision ne risque-t-elle donc pas de passer à la trappe dès l’année prochaine ? » Avant de conclure : « s’il est probable que Trump tente d’annuler le projet d’Obama, il devra pour cela aller en justice ou convaincre le Congrès d’adopter une nouvelle loi. Qu’il essaie seulement. En ce qui nous concerne, il devra d’abord aussi nous passer sur le corps. »

En octobre 2016, des organisations de défense de l’environnement avaient porté plainte contre la Norvège en vue de protester contre l’autorisation de la prospection pétrolière dans les eaux arctiques de la mer de Barents et obtenir juridiquement gain de cause. L’ONG norvégienne Natur og Ungdom (Nature et Jeunesse) ainsi que Greenpeace estiment en effet que le gouvernement norvégien a tant violé l’Accord de Paris sur le climat que la Constitution norvégienne en attribuant de nouvelles licences d’exploration dans l’Arctique.

La colère des deux organisations faisaient suite à l’attribution en mai 2016 de dix licences (couvrant au total 40 blocs) à 13 groupes pétroliers dont le géant norvégien Statoil, les américains Chevron et ConocoPhillips, l’allemand DEA, le japonais Idemitsu, le britannique Centrica, le suédois Lundin, l’autrichien OMV et le russe Lukoil.

Si depuis 1994 le pays scandinave n’avait ouvert aucune nouvelle région à l’industrie d’hydrocarbures, la baisse de sa production pétrolière – laquelle a été divisée de moitié depuis 2000 – et la faiblesse du cours du baril auront certainement fait pencher la balance, les revenus de l’Etat diminuant en fonction du contexte actuel.
Le ministre norvégien du Pétrole et de l’Énergie, Tord Lien, avait quant à lui indiqué dans un communiqué que l’opération « contribuera à l’emploi, à la croissance et à la création de valeur en Norvège. » … Vaste sujet, cher à Donald Trump …

Statoil avait déclaré pour sa part envisager de commencer les forages dès l’année prochaine. « Si nous trouvons quelque chose, cela pourrait impliquer des ressources considérables », avait souligné en mai 2016 un haut responsable du groupe, Jez Averty, dans un communiqué.

Alors que l’une de ces zones est la plus septentrionale jamais ouverte à la prospection par la Norvège, les ONG s’inquiètent de sa proximité avec les limites de la banquise, barrières naturelles elles aussi sujet à discussion, comme on devait s’y attendre.

Les défenseurs de l’environnement s’interrogent sur la politique menée par la Norvège avait été l’un des premiers pays à ratifier l’Accord de Paris. « Signer un accord international sur le climat tout en permettant des forages pétroliers dans l’Arctique est un acte dangereux d’hypocrisie », avait ainsi estimé Truls Gulowsen, responsable de Greenpeace Norvège.
« Nous ne pouvons risquer un Deepwater Horizon en mer de Barents, une région à l’écosystème riche mais fragile », avait-il déjà déclaré en mai 2016, faisant référence à l’accident d’une plate-forme qui avait tué 11 personnes et provoqué une gigantesque marée noire en 2010 dans le Golfe du Mexique. « A Paris, les dirigeants du monde entier se sont engagés à maintenir la hausse des températures sous 1,5 degré », avait-t-il ajouté. Poursuivant : « si l’on veut atteindre cet objectif » fixé dans le cadre de la COP21, « on ne peut chercher du pétrole et du gaz naturel dans l’Arctique. »

Hors des glaces grâce aux influences du Gulf Stream, les eaux ouvertes à la prospection, en particulier celles proches de la Russie, sont considérées comme offrant de larges potentiels par l’industrie pétrolière, permettant l’accès à de nouvelles ressources alors que la production terrestre ne cesse de décliner depuis le pic atteint en 2000. Le gâteau semble trop alléchant pour que pays et majors pétrolières puissent y résister …

Alors que Etats-Unis, Canada, Norvège, Russie et Danemark sont les cinq états riverains de l’océan Arctique , la zone s’avère pleine de ressources. Si pendant longtemps, elle a seulement été exploitée sur des bassins anciens, l’épuisement des gisements mondiaux rendent l’Arctique beaucoup plus attractive… D’autant plus que 23 % du PIB de l’Arctique provient du secteur pétrolier. La mer de Barents renfermerait 400 millions de tonnes de pétrole, le Bassin Timan-Petchora étant quant à lui susceptible de renfermer 700 autres tonnes, sans compter le plus important gisement, exploité par Total, au niveau de Khariaga. La zone est également source de gaz.

Sources : Reuters, AFP, Statoil, Notreplanete, La Croix

Elisabeth Studer – 28 mai 2017 – www.leblogfinance.com

A lire également :

Trump remet en cause l’interdiction de l’exploitation de pétrole et gaz en Arctique

180 mds USD pour adapter le réseau électrique US au changement climatique : de quoi rendre Trump moins sceptique

Norvège/prospection pétrolière Arctique : Greenpeace et une ONG portent plainte

Partager cet article

Article de

16 commentaires

  1. retrouvé le retour 2 juin 2017 à 13:16

    ” le nouveau locataire de la Maison Blanche avait confié à certains membres de son entourage qu’il entendait soustraire les Etats-Unis de l’Accord de Paris.”

    Comme Fabius avec son marteau vert, les ex-dirigeants US sont de vulgaires criminels de guerre.
    Les USA laissés à Donald sont dans un état de pourriture avancée, et donc le Donald en question ne fait pas n’importe quoi mais ce qu’il peut !! Il est totalement en phase avec le pingouin du “blog dit énergie”

  2. Elisabeth Studer 3 juin 2017 à 00:10

    La Maison blanche muette sur ce que Trump pense du climat
    share with twitter share with LinkedIn share with facebook share via e-mail
    0 0
    02/06/2017 | 22:46
    Personne n’était en mesure vendredi de répondre à la brûlante question de savoir si Donald Trump croyait ou non à la réalité du réchauffement climatique au lendemain de son annonce que les Etats-Unis se retiraient de l’Accord de Paris.

    Depuis plusieurs années, le milliardaire oppose le scepticisme aux études scientifiques montrant que la modification du climat terrestre est le résultat de l’activité humaine. Il est même allé jusqu’à affirmer qu’il s’agissait d’un canular.

    Depuis son investiture, Donald Trump évite de s’exprimer précisément sur le sujet et quand la question a été posée par les journalistes au porte-parole présidentiel Sean Spicer, aucune réponse n’a pu leur être fournie.

    “Je n’ai pas eu l’occasion d’avoir cette discussion” avec Donald Trump, a répondu Spicer.

    Scott Pruitt, administrateur de l’Agence de protection de l’environnement, a fourni sa vision des choses en estimant que l’activité humaine jouait un rôle dans le réchauffement climatique mais qu’évaluer ce rôle était difficile.

    Interrogé pour savoir si Trump considérait la transformation du climat comme un canular, Pruitt a évité de répondre directement. “Posez lui la question. J’espère que vous en aurez l’occasion”, a-t-il dit.

    “L’activité humaine contribue d’une certaine manière. De mon point de vue, mesurer avec précision le degré de l’influence humaine est un gros défi”, a-t-il ajouté.

  3. Lauri 26 janvier 2019 à 06:14

    A monetary advisor is your planning accomplice.

  4. Gerard 26 janvier 2019 à 20:04

    It’s truly very complex in this busy life to listen news on TV, thus I just use the web for
    that reason, and obtain the hottest information.

  5. Kathleen 26 janvier 2019 à 20:50

    Do you have a spam problem on this website; I also
    am a blogger, and I was curious about your
    situation; we have developed some nice practices and we are looking to exchange techniques with others, why not
    shoot me an email if interested.

  6. Anastasia 27 janvier 2019 à 00:39

    Consider investments that supply quick annuities.

  7. Darrel 27 janvier 2019 à 07:37

    A monetary advisor is your planning accomplice.

  8. Jon 27 janvier 2019 à 20:44

    Schwab Clever Portfolios invests in Schwab ETFs.

  9. brazil flag emoji 2 février 2019 à 20:48

    Excellent weblog right here! Additionally your website so
    much up very fast! What web host are you the use of? Can I get your associate
    hyperlink on your host? I wish my site loaded up as fast as yours
    lol

  10. Cara 6 février 2019 à 04:40

    Schwab Intelligent Portfolios invests in Schwab ETFs.

  11. Royce 9 février 2019 à 06:17

    Investors do pay direct and oblique prices.

  12. Rae 11 février 2019 à 03:48

    Thank you to your curiosity in Funding Recommendation.

  13. Viola 12 février 2019 à 03:47

    Traders do pay direct and oblique prices.

  14. Columbus 15 février 2019 à 01:42

    That is true for funding advice as nicely.

  15. Kathryn 15 février 2019 à 03:02

    Schwab Intelligent Portfolios invests in Schwab ETFs.

  16. Aja 19 février 2019 à 02:11

    Monetary advisors enterprise is individuals business.