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FCA pourrait stopper sa production au Mexique

Quelques simples tweets de Donald Trump auront provoqué un véritable raz de marée chez les constructeurs automobiles mondiaux. Préférant prévenir que guérir, Sergio Marchionne a indiqué en début de semaine lors du Salon automobile de Detroit que Fiat Chrysler Automobiles (FCA) n’excluait pas de cesser sa production au Mexique dans l’éventualité que la nouvelle administration de Donald Trump ne taxe de manière prohibitive les importations automobiles des Etats-Unis.

« C’est une possibilité, si les conditions économiques imposées par l’administration américaine sont telles qu’une production au Mexique n’a plus de sens économique », a ainsi déclaré le patron de FCA. Ajoutant que dans tel cas, le constructeur devrait alors retirer sa production industrielle du Mexique. « C’est tout à fait possible » a-t-il martelé, laissant ainsi entendre que le sujet était on ne peut plus d’actualité parmi les dossiers à traiter en priorité par le constructeur.

Le patron de Fiat Chrysler avait préalablement indiqué être dans l’expectative des nouvelles règles qui seraient adoptées par l’administration Trump – officiellement en place à partir du 20 janvier prochain – et que son groupe s’y adapterait.

Selon Sergio Marchionne, l’ensemble de l’industrie automobile au Mexique pourrait être mise en péril. Il estime en effet « que l’industrie automobile mexicaine a été configurée en fonction du marché américain ». Or, « si le marché américain n’est plus là, son existence même peut être remise en cause » juge-t-il, alarmiste.

Dimanche dernier, Fiat Chrysler a annoncé qu’il allait investir un milliard de dollars (949 millions d’euros) pour moderniser deux usines situées dans le Midwest dont l’une produira des modèles du Ram heavy duty, actuellement fabriqués au Mexique. « L’annonce de l’investissement aux Etats-Unis http://www.leblogauto.com/2017/01/fiat-chrysler-investissement-1-milliard-de-dollars-aux-usa.html faisait déjà partie de nos projets », a tenu à préciser lundi Sergio Marchionne, affirmant ne pas avoir rencontré Donald Trump depuis son élection le 8 novembre.

A noter qu’à partir de fin janvier, la Jeep Compass, fabriquée jusque là dans une usine du groupe à Belvidere dans l’Illinois, verra sa production transférée dans une usine du groupe à Toluca au Mexique, en vue d’être vendue aux Etats-Unis, et dans d’autres pays. Certes, ce transfert ne devrait toutefois pas se traduire par des suppressions d’emplois car Fiat-Chrysler entend utiliser les chaînes de production de Belvidere pour y fabriquer un autre véhicule. Outre la Jeep Compass https://www.jeep.com.mx/ , FCA contruit aussi au Mexique des « pick-up » destinées au marché américain. La décision de faire construire la Jeep Compass au Mexique fait partie d’un plan d’ensemble de réorganisation de sa production en Amérique du nord, qui a été approuvé par le syndicat automobile américain UAW.

Après l’élection de Donald Trump, Sergio Marchionne avait affirmé sa volonté de travailler avec le nouveau président « pour renforcer le secteur manufacturier américain et construire un avenir meilleur pour ses employés, ses clients et la société ». Il avait souligné avoir investi 8,4 milliards de dollars dans ses usines aux Etats-Unis et y avoir créé 25.000 emplois.

Pressentant le danger, le patron de FCA avait estimé en juin 2016, lors de la campagne présidentielle, dans un entretien à Bloomberg TV, que « les choses changeraient s’il y avait un sentiment protectionniste aux Etats-Unis » et que cela « aurait un impact sur la manière dont nous gérerions nos affaires à l’avenir ».

Selon le centre de recherche Center for Automotive Research, basé dans le Michigan, le Mexique assure plus du cinquième de la production automobile nord-américaine et son industrie automobile a attiré plus de 24 milliards de dollars (22,7 milliards d’euros) d’investissements depuis 2010. Mais depuis le début de l’année, Donald Trump met la pression sur les constructeurs automobiles pour qu’ils assemblent aux Etats-Unis les modèles qu’ils destinent au marché américain.

Dans ce contexte, Ford a préféré annuler un investissement de 1,6 milliard de dollars prévu dans une nouvelle usine au Mexique après avoir été la cible du futur président et a annoncé sa décision d’investir dans le Michigan. Il ne prévoyait pourtant pas de supprimer des emplois aux Etats-Unis malgré le transfert de la production de ses voitures de bas de gamme sur le territoire mexicain.

En réaction, le ministère de l’Économie du Mexique a indiqué via un communiqué officiel que « le gouvernement mexicain regrette la décision de Ford Motor Company d’annuler le projet d’investissement à San Luis Potosi et d’assurer le remboursement par l’entreprise de toute dépense fait par le gouvernement local pour faciliter cet investissement ».

Le gouvernement mexicain rétorque au contraire que « la croissance de Ford en Amérique du Nord, particulièrement au Mexique, est une stratégie de compétitivité fondé sur des chaînes de valeur mondiales, dans lesquelles l’Amérique du Nord est en compétition avec d’autres régions du monde ». Il ajoute même que « les emplois générés au Mexique ont contribué à garder des emplois industriels aux États-Unis qui auraient autrement disparu en raison de la concurrence asiatique ».

Sources : Reuters, AFP

Elisabeth Studer – 11 janvier 2017 – www.leblogfinance.com

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