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Libye : les Etats-Unis feraient-ils la loi … sur le pays et le pétrole  ?

Cela pourrait s’appeler de l’ingérence mais pour les Etats-Unis , cela se justifie par le maintien de l’ordre voire par la lutte contre le terrorisme.

Le pentagone a annoncé lundi que les forces spéciales de la marine américaine avaient repris le contrôle du pétrolier Morning Glory, un navire appartenant à l’Etat libyen, capturé il y a trois mois, transportant du brut acheté illégalement aux rebelles autonomistes libyens. Lesquels occupent les terminaux pétroliers de l’est.

Une manière de démontrer s’il en était besoin que la situation qui règne en Libye depuis des nombreux mois est on ne peut plus fortement liée au pétrole … et à la manne pétrolière.

L’opération a été menée à la demande à la fois des gouvernements libyen et chypriote et tout particulièrement approuvée par le président US Barack Obama. Menée par deux destroyers, l’USS Roosevelt et l’USS Stout, basés en Méditerranée, elle a eu lieu peu après 02h00 GMT lundi, « dans les eaux internationales au sud-est de Chypre », précise un communiqué. Piloté par un équipage de la marine américaine, il devrait « bientôt être acheminé vers un port de Libye ».

Officiellement, ces manœuvres spectaculaires des forces américaines avaient pour but d’empêcher la vente du pétrole par les rebelles autonomistes libyens sur le marché international, et de freiner le « détournement » de la production pétrolière libyenne.

Le pétrolier d’une capacité de 37.000 tonnes avait appareillé du port d’Es Sider, tenu par des rebelles autonomistes libyens, ces derniers bravant l’interdiction des autorités. Une affaire qui avait conduit le Congrès général national (CGN) à destituer le Premier ministre, Ali Zeidan.

Notons par ailleurs que si le bâtiment bat pavillon nord-coréen, mais le régime de Pyongyang a démenti toute responsabilité.

« Le Morning Glory transporte une cargaison de pétrole qui appartient à la Compagnie nationale libyenne des pétroles. La prise de possession du bateau et sa cargaison a été illégalement obtenue au port libyen d’Es Sider », a indiqué le Pentagone. Sans toutefois expliquer, en quoi cela regardait les Etats-Unis et encore moins dans quelle mesure cela justifiait une intervention armée US ….

Quoiqu’il en soit, le gouvernement libyen a remercié les Etats-Unis et Chypre pour avoir aidé à la prise de contrôle du pétrolier, ajoutant que l’équipage serait traité conformément à la législation libyenne et au droit international. C’est le minimum que l’on est en droit d’espérer ….

- Le pétrole : enjeu majeur du dossier libyen

Ces événements surviennent alors que le gouvernement autoproclamé – en juin 2013 – de la Cyrénaïque (situé à l’Est du pays), bras politique de la rébellion, vient d’organiser au début du mois de mars une cérémonie en vue de marquer le début des exportations de brut depuis le port d’al-Sedra.

A cette occasion, Abd-Rabbo al-Barassi, président du bureau exécutif de la Cyrénaïque, avait indiqué ne pas vouloir défier le gouvernement ni le Congrès, mais être contraint d’  »arracher ses droits ». Tout en affirmant ne pas œuvrer pour une partition du pays, assurant que les revenus du pétrole seraient répartis sur les trois régions.  Rappelons que les partisans du fédéralisme affirment agir sur la base de la Constitution de 1951 qui divisait le pays en trois régions: la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzane, avant la suppression du système fédéral en 1963.

Précisons que la production de pétrole de la Libye demeure toujours à l’heure actuelle sous la barre des 400.000 barils par jour, l’extraction et l’acheminement du pétrole étant grandement impactés par les tensions qui y règnent depuis des nombreux mois. Le pays est en effet plongée dans une grave crise économique depuis le blocage mi-2013 de ses principaux sites pétroliers. Lequel a provoqué pendant plusieurs mois une chute de la production du pays à 250.000 barils par jour, contre 1,5 million b/j auparavant. La levée du blocus conduit par des protestataires sur le champ al-Charara dans le Sud du pays a certes permis à la production de grimper à 570.000 b/j début janvier, mais la fermeture du champ d’al-Wafa dans le Sud-Ouest le mois dernier par des manifestants a entraîné un nouveau recul.

En novembre 2013, le mouvement rebelle de l’Est du pays avait déclaré avoir formé une compagnie pétrolière afin de gérer la production et la vente du pétrole et du gaz. Abd-Rabbo al-Barassi avait alors affirmé que la compagnie sera temporairement basée à Tobrouk, sur la côte méditerranéenne, avant qu’elle ne s’installe à Benghazi.
Le Premier ministre libyen avait alors indiqué qu’il prévoyait un déficit budgétaire de la Libye dès le mois de décembre, en raison de la perturbation de près de 60% de ses exportations pétrolières, la plupart étant situées à l’est du pays.
La corruption et la mauvaise gestion des revenus pétroliers nationaux avaient été les arguments officiellement mis en avant par les dirigeants du mouvement rebelle pour décréter l’autonomie de la région orientale de Cyrénaïque.

- Les exportations de pétrole sous l’emprise des rebelles autonomistes -

En août dernier, les rebelles autonomistes se sont emparés de trois terminaux d’exportation, lesquels représentaient alors des volumes d’exportations de 700.000 barils par jour.

Samedi dernier, Abb-Rabbo al Barassi, désormais Premier ministre auto-proclamé du mouvement rebelle, a déclaré qu’il était prêt à négocier la fin du blocus des ports, sous réserve que le gouvernement renonce préalablement à son projet d’offensive militaire. Des propos qui font suite à l’ultimatum du président du CGN, lequel a donné aux rebelles deux semaines pour se retirer des ports dont ils se sont emparés sous peine de devoir faire face à l’armée libyenne.

Mais de l’avis même des analystes, l’armée libyenne qui n’est pas encore totalement reconstituée depuis le renversement de Mouammar Kadhafi, pourrait être mise à mal par les rebelles lourdement armés, dont les forces sont constituées en grande partie des soldats qui ont fait défection de la Force de protection des infrastructures pétrolières libyennes (PPF).

- Nouvelle intervention des Etats-Unis dans les affaires libyennes, vers un totalitarisme US ?

Autre élément notable concernant cette affaire : c’est la deuxième fois en six mois que les forces américaines interviennent sur des affaires libyennes. En septembre, un commando avait enlevé en pleine rue à Tripoli un homme soupçonné d’appartenir à Al Qaïda. Sans autre forme de procès. Une opération qui pourrait faire froid dans le dos … mais qui n’a semble-t-il fait réagir personne ou presque, ouvrant pourtant la porte à la mise en place d’un totalitarisme US à travers le monde entier.

Rappelons ainsi qu’en décembre 2011, Barack Obama a ratifié la Section 1021 du projet de loi intitulé National Defense Authorization Act (NDAA), lequel donne pouvoir au gouvernement fédéral de mettre et de garder en détention pour une durée indéfinie n’importe quelle personne, y compris des citoyens américains …

Pas de procédure régulière, pas d’accès à un avocat, les détenus ne disposant d’aucun élément leur permettant même de savoir s’ils seront à nouveau libres un jour … En effet, cette partie du NDAA fait table rase de certaines des protections constitutionnelles les plus importantes. Elle permet ainsi au pouvoir exécutif d’ordonner  l’arrestation de tout citoyen US soupçonné d’activités terroristes ou d’association avec des terroristes.

Les personnes placées en garde-à-vue par l’armée peuvent perdre leur droit à une procédure et à un habeas corpus réglementaires, et être maintenues en détention pour une durée indéfinie dans les bâtiments … de l’armée.

Cette loi permet de menacer activistes et dissidents, dont les droits étaient jusque-là protégés par le Premier Amendement, d’une incarcération à durée indéterminée dans les prisons militaires, y compris dans les colonies pénitentiaires maritimes. L’intitulé de la loi lui-même, « the Homeland Battlefield Bill »  (loi sur le champ de bataille de la Patrie) affiche un air de totalitarisme qui ne présage rien de bon. Permettant de faire fi des droits les plus élémentaires sous prétexte que ladite patrie soit en danger …

Sources : Reuters, Afrik.com

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com  - 17 mars 2014

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13 commentaires

  1. Trader Forex 18 mars 2014 à 00:02

    Je ne suis pas vraiment surpris de voir ces conclusions sur le pétrole. En revanche, j’apprécie la qualité de l’article.

  2. Pierre 18 mars 2014 à 01:32

    Grand Shérif pas aimer méchants peaux-rouges et peaux-jaunes
    Grand Shérif aimer beaucoup pétrole
    Grand Shérif détruire pays pour avoir pétrole
    Grand Shérif avoir gros gros revolvers
    Grand Shérif pas respectable du tout, du tout, honte de l’humanité…

  3. Hossat 18 mars 2014 à 12:07

    comme quoi, on converge vers la « véritable » raison du renversement de Kadafi … le pétrole

    merci pour cet article Elisabeth Studer

  4. ES 18 mars 2014 à 19:36

    oui, malheureusement dans ce bas monde , c ‘est encore une fois le pétrole qui commande …
    A noter également des champs pétroliers offshore entre Libye et Tunisie …

  5. retrouvé le retour 19 mars 2014 à 01:59

    Petits joueurs opportunistes!! Déplacer la marine de Mr Obama pour venir à bout de trois hommes armés frise le ridicule le plus total
    La véritable colonie des US c’est la Norvège qui gaspille allègrement son pétrole et viendra mendier en Europe quand il ne lui restera plus qu’à manger de la viande de phoque et du lichen !!

  6. Elisabeth Studer 29 mars 2014 à 23:05

    Merci bcp à les crises
    de référencer notre article !
    http://www.les-crises.fr/rdp-29-03-201/

    J’apprécie d’autant plus que le site est – malheureusement – un des rares à suivre la déontologie en la matière en mettant un lient sur http://www.leblogfinance.com et ne mettre que le début de l’article

    ce que ne font pas :
    les moutons enragés
    fr.de souche
    le site irin.fr (iranien)
    et beaucoup, beaucoup d’autres

  7. Elisabeth Studer 29 mars 2014 à 23:07

    je voulais dire
    frenc.irib.fr

    http://french.irib.ir/info/economie/item/313588-visite-du-medef-en-iran-les-usa-se-rebiffent,-par-elisabeth-studer

    petite anecdote rigolote : l’Iran … et Français de souche reprennent svt le même article …. comme quoi :-)

  8. ES 7 avril 2014 à 00:36

    Crise du pétrole en Libye: accord sur la réouverture de deux terminaux pétroliers

    TRIPOLI – Les autorités libyenne et les autonomistes sont parvenus dimanche soir à un accord pour ouvrir deux des quatre ports pétroliers bloqués depuis juillet, a rapporté l’agence officielle Lana.

    Des hommes armés qui faisaient partie des gardes des installations pétrolières bloquent depuis juillet ces sites de l’est du pays, empêchant les exportations de brut.

    L’annonce de la réouverture des ports de Zwitina et d’Al-Hariga a été faite à Zwitina en présence de membres du gouvernement et du chef des rebelles, Ibrahim Jodhrane, autoproclamé en août président du bureau politique de la Cyrénaïque (région orientale), selon Lana.

    Une source proche des négociations a précisé à l’AFP que les deux parties se sont en outre accordées un délai de deux à quatre semaines pour trouver un accord final permettant la levée du blocage des deux autres ports: Ras Lanouf (200.000 b/j) et al-Sedra (350.000 b/j).

    Le port de Zwitina a une capacité d’exportation de 100.000 barils par jour, contre 110.000 b/j pour le terminal d’al-Hariga.

    Le chef des rebelles Ibrahim Jodhrane avait dans un premier temps justifié le blocage des terminaux en accusant le gouvernement de corruption.

    Les rebelles ont ensuite rapidement affiché leurs véritables intentions en réclamant l’autonomie de la Cyrénaïque, et en annonçant la mise en place d’un gouvernement local, ainsi que d’une banque et d’une compagnie de pétrole.

    Début mars, ils ont franchi une nouvelle étape et tenté de vendre du brut pour leur compte. Mais le pétrolier chargé de cette cargaison a été arraisonné par la marine américaine, qui a remis aux autorités libyennes l’équipage ainsi que trois rebelles se trouvant à bord.

    Ces trois Libyens ont été libérés lundi, comme l’exigeaient les rebelles pour entamer les négociations avec les autorités.

    Mercredi, le gouvernement a aussi annoncé le transfert du siège des gardes des installations pétrolières chez les rebelles, à Brega.

    Cette décision a été imposée par les autonomistes qui exigent également le versement de la totalité de leurs salaires –suspendus depuis le début de leur mouvement– ainsi qu’un référendum sur l’autonomie de la Cyrénaïque.

    Le blocage des ports pétroliers a provoqué une chute de la production à 250.000 barils par jour, voire moins, contre près de 1,5 million de barils par jour en temps normal.

    (©AFP / 06 avril 2014 22h05)

  9. ES 1 mai 2014 à 23:05

    Benghazi: les républicains accablent Obama après la publication d’un email

    Washington – Les républicains du Congrès américain ont dénoncé jeudi le manque de transparence de l’administration de Barack Obama dans l’affaire de l’attentat de 2012 contre la mission diplomatique américaine de Benghazi, en Libye, allant jusqu’à évoquer l’ère Nixon.

    La Maison Blanche a rejeté ces accusations, jugeant qu’elles relevaient de l’exploitation d’une tragédie pour des raisons politiciennes.

    Un courrier électronique émanant de Ben Rhodes, membre du cabinet de sécurité nationale, et publié mercredi par une organisation conservatrice, Judicial Watch, a déclenché la dernière controverse concernant la communication de l’exécutif américain dans les jours ayant suivi l’attentat du 11 septembre 2012, qui a coûté la vie à l’ambassadeur en Libye et trois autres Américains.

    Dans ce message daté du 14 septembre 2012, M. Rhodes énonce les objectifs de l’intervention de Susan Rice, alors ambassadrice à l’ONU, dans plusieurs émissions de télévision prévues le 15 septembre sur les grandes chaînes américaines. Parmi eux: Souligner que ces manifestations ont pour origine une vidéo internet, et non un échec plus large de notre politique.

    Les républicains du Congrès, depuis l’attentat, accusent la Maison Blanche d’avoir cherché à étouffer le caractère terroriste des attaques alors que M. Obama était en pleine campagne pour sa réélection. L’exécutif, par la voix de Mme Rice, avait dans un premier temps expliqué qu’elles avaient été provoquées par la publication d’une vidéo islamophobe sur YouTube, une version rapidement contredite.

    Des enquêtes parlementaires ont été lancées, et des milliers de documents livrés au Congrès, mais le message de M. Rhodes n’avait à ce jour pas été révélé, malgré les requêtes de la Chambre des représentants.

    Il est perturbant, et peut-être criminel que ces documents aient été cachés par l’administration Obama, a dénoncé Darrell Issa, président d’une commission de la Chambre chargée de contrôler et auditer l’exécutif, lors d’une audition.

    Les Américains ont compris qu’on ne pouvait pas croire ce que la Maison Blanche dit, on ne peut pas croire ce que les porte-paroles disent, et on ne peut pas croire ce que le président dit, a-t-il accusé. Les faits sont en train de sortir, en particulier le fait que l’administration ait en connaissance de cause dissimulé des documents réclamés par le Congrès, en violation de tout précédent historique en matière de transparence, au moins depuis Richard Milhous Nixon.

    Interrogé à ce sujet jeudi, le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, est resté fidèle à la ligne de l’administration selon laquelle le message concernait l’ensemble du monde arabe, et non spécifiquement Benghazi.

    Ce que à quoi nous avons assisté depuis les heures ayant suivi l’attaque, en commençant par un communiqué du candidat républicain à la présidentielle (de 2012, Mitt Romney, NDLR), ce sont des tentatives des républicains d’exploiter une tragédie pour des raisons politiciennes, a-t-il dénoncé.

    (©AFP / 01 mai 2014 19h56)

  10. retrouvé le retour 2 mai 2014 à 15:43

    1) L’ambassade US fait assassiner grossièrement des politiques qui ne lui sont pas favorables en Iran.

    2) La révolution islamique, choisit une invasion de cette ambassade et s’empare d’un nombre invraisemblable de documents prouvant que malheureusement la « cuisine » US est toujours en activité. Inutile de dire que la méthode est en rupture totale avec les usages z’ habituels !
    3) On refuse l’accès au siège de l’ONU à un diplomate iranien, là le problème est clair on viole la charge de l’ONU et que fait Monsieur Fabius, le « Responsable, mais pas Coupable » d’une célèbre affaire sanitaro-judiciaire?

    4) Les USA sème la pagaille sur le sol européen, nos amis Allemands finirons par faire le nettoyage, j’espère avec notre aide.

    5) Ceux qui collaborent actuellement avec les anglosaxons finirons devant un Tribunal International.

  11. retrouvé le retour 28 août 2014 à 09:23

    http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/416928/libye-le-regne-des-milices

    Et oui on s’enfonce et le résultat est plus que prévisible.

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