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Chine : hausse alarmante des crédits informels, éclatement d’une bulle en vue ?

Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous aura pas prévenu !
Alors que depuis déjà quelques mois, nous évoquons les craintes des analystes face à l’éclatement d’une nouvelle crise de crédit, certains voyant même les prémices d’un credit crunch, les choses semblent s’accélérer.

Selon les données publiées par la Banque centrale chinoise, les prêts accordés en août dans l’Empire du Milieu ont quasiment doublé en un mois, atteignant 1.570 milliards de yuans. Mais élément encore plus grave : seuls 45% d’entre eux sont des crédits bancaires, la majorité des prêts correspondant à des crédits informels (shadow banking), lesquels inquiètent au plus haut point les analystes.
Autre fait notable : ce chiffre est nettement supérieur à la moyenne de 950 milliards anticipée par les économistes.
Les banques chinoises n’ont ainsi accordé « que » 711,3 milliards de yuans (116,2 milliards de dollars) en nouveaux prêts en août contre 699,9 milliards de yuans en juillet. Des chiffres eux aussi  au dessus des prévisions du marché, lequel tablait sur 710 milliards.

Des éléments dont s’alarment les agences de notation et la Coface. Standard & Poor’s a ainsi indiqué cette semaine que les défauts de paiement allaient très certainement se multiplier en 2013 en Chine.
En juin dernier, déjà, l’agence de notation Fitch indiquait qu’un éclatement d’une bulle de crédit sans précédent dans l’histoire du monde moderne risquait d’éclater en Chine.

Rappelons également qu’à cette date, le marché interbancaire chinois, sur lequel les établissements financiers se prêtent de l’argent au quotidien, a été confronté à une sévère pénurie de liquidités, provoquant durant trois semaines une envolée des taux à court terme sur ce même marché et mettant en péril la capacité des banques à se financer et à accorder des prêts.  La Banque Centrale chinoise avait au final annoncé le 30 juillet avoir injecté 17 milliards de yuans (2,8 milliards d’euros) dans le système bancaire.

En février déjà, nous avions d’ores et déjà évoqué quant à nous les craintes des analystes. Ces derniers s’alarmant d’une croissance excessive des prêts bancaires accordés au secteur privé, et des prêts accordés en dehors du secteur formel de plus en plus nombreux … et difficiles à rembourser.

Les experts s’attendaient alors à ce que la situation pour le moins tendue perdure, le pire restant à craindre selon eux. Ces derniers estimaient alors que la PBOC devrait maintenir sa politique de forte restriction de l’accès au crédit pour les entreprises et les particuliers. Raisons invoquées : le niveau élevé de créances douteuses détenues par les banques chinoises.  Un contexte qui fait craindre aux investisseurs que les banques soient confrontées à des difficultés de plus en plus fortes pour se refinancer.

Les autorités monétaires et politiques chinoises souhaitent désormais mettre fin à l’expansion très rapide du crédit de ces dernières années. Il est vrai qu’il y a urgence, à moins que le mal ne soit déjà fait … Principaux établissements dans le viseur : les petites banques, lesquelles ont multiplié leurs prêts tout en spéculant massivement.
Une situation qui pousse le gouvernement à « assainir » le marché bancaire, fermant le robinet aux établissements les plus risqués, une politique pouvant conduire certains à la faillite.

En mai dernier, un rapport publié par l’agence de notation Moody’s indiquait que les prêts informels accordés en dehors du secteur bancaire en Chine avaient progressé de près de 70% au cours des deux dernières années … représentant désormais l’équivalent du 55% du Produit intérieur brut (PIB). Les produits financiers de ce secteur informel s’élevaient à la fin 2012 à 29.000 milliards de yuans (3.600 milliards d’euros), selon des premiers calculs de Moody’s.

Selon une définition plus étroite du secteur excluant les prêts accordés par des sociétés fiduciaires et les obligations adossées à des actifs, le secteur informel ne pèserait que 21.000 milliards de yuans, mais tout de même 39% du PIB. Font partie du périmètre plus étroit de calcul : les prêts accordés par des particuliers (les « tontines »), les fonds de gestion d’actifs, les prêteurs sur gages et les sociétés de micro-crédit.
Le recours à ce type de prêt résulte en partie de la difficulté des emprunteurs, notamment du secteur privé et des petites entreprises, à se financer auprès des banques, lesquelles privilégient les entreprises qui, comme elles, sont étatiques.
Le rapport de Moody’s indiquait parallèlement que « le secteur bancaire informel pourrait avoir un effet de levier sur les finances de l’économie au sens large et amplifier les craintes d’une bulle de crédit ». Nous y voilà … L’agence de notation estimant que la croissance rapide des prêts informels augmentait les risques pour le système bancaire et l’économie chinoise dans son ensemble.
« Vu la taille considérable et la croissance des activités bancaires informelles en Chine, nous doutons de la capacité des banques à se prémunir contre une augmentation significative des défauts de paiement » dans ce secteur, mettait encore en garde Moody’s.
En mars dernier, la Commission de régulation bancaire avait quant à elle ordonné aux banques de contrôler plus étroitement les fonds de gestion d’actifs dans le but d’endiguer les risques et d’accroître la transparence. Un coup d’épée dans l’eau selon Moody’s ….

Selon Fitch, les banques chinoises auraient en quelque sorte caché dans un deuxième bilan parallèle l’équivalent de 2 milliards de dollars de prêts, mécanisme leur permettant de contourner les limites officielles et nouvelles réglementations mises en place pour freiner les excès. Pratiques de nature à engendrer l’éclatement d’une bulle du crédit. Car, toujours selon l’agence de notation, la moitié des prêts doivent être renouvelés tous les trois mois, et un quart en moins de six mois.
Selon Charlène Chu, directrice principale de Fitch à Pékin, « Le pays a dupliqué la totalité du système bancaire commercial américain en cinq ans ». Ajoutant que le crédit est passé de 9 000 à 23 000 milliards de dollars depuis l’effondrement de Lehman Brothers.
« Tout cela est bien pire que tout ce que nous avons pu connaitre auparavant dans une économie majeure. Nous ne savons pas ce qui va se passer. Les six prochains mois seront cruciaux », estimai alors Chu. Pour elle, « le modèle de croissance basé sur le crédit est clairement en train d’exploser. Cela pourrait alimenter une crise massive de sur-capacités, et potentiellement à une déflation à la japonaise ».

Selon Wei Yao de la Société Générale, le niveau d’endettement des entreprises chinoises a atteint le seuil de 30% du PIB, soit le seuil critique … typique des crises financières. Estimant par ailleurs que de nombreuses entreprises ne parviendront pas à rembourser ces prêts, ni même les intérêts. Le pays pourrait ainsi se rapprocher d’un « Minsky moment » : moment où la montagne de dettes s’effondre sous son propre poids.

Sources : Les Echos, AFP, Reuters, La Tribune, The Telegraph

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com  – 15 septembre 2013

 A lire également :

. Chine : menace de credit Crunch selon agences de notation et presse financière
. Chine : forte hausse des prêts en janvier, une menace pour le système bancaire ?
. Risque accru d’éclatement d’une bulle du crédit en Asie prévient Coface

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29 commentaires

  1. el gringo 15 septembre 2013 à 21:14

    Aux USA aussi, le marché du crédit à risque est désormais à des niveaux plus élevés qu’avant la crise.
    http://www.telegraph.co.uk/finance/10310598/BIS-veteran-says-global-credit-excess-worse-than-pre-Lehman.html

  2. el gringo 15 septembre 2013 à 21:35

    Le gouvernement chinois a injecté l’équivalent de 30% du PIB pour relancer son économie créant l’une des plus grande bulle financière depuis 1929.
    http://si.wsj.net/public/resources/images/AI-CD413_REPEAT_D_20130909023005.jpg

  3. Fred 16 septembre 2013 à 11:02

    Hé bien on ne peut pas dire que cela soit très optimiste comme point de vue mais il semble malheureusement réaliste… A peine sortons-nous petit à petit d’une crise financière majeure qu’un nouveau risque s’abat sur nous… Enfin, on y verra certainement plus clair dans les prochains mois…

  4. retrouvé le retour 17 septembre 2013 à 20:49

    Je ne comprends pas vraiment cette “analyse”, Je ne vois ni le prix de l’or s’effondrer, ni la Chine et les asiatiques en général perdre de l’altitude.

  5. ES 17 septembre 2013 à 22:33

    ben, justement quand cela va eclater, cela va faire encore plus mal … l’effet bulle ….

  6. Elisabeth Studer 31 décembre 2013 à 01:01

    Chine : A E2.100 mds, la dette des collectivités locales inquiète

    30/12/13 à 20:33 – Reuters
    par Aileen Wang et Koh Gui Qing

    PEKIN, 30 décembre (Reuters) – La dette des collectivités locales chinoises atteignait 17.900 milliards de yuans (2.100 milliards d’euros environ) fin juin, montre un audit officiel publié lundi, un montant supérieur à certaines estimations indépendantes et qui plaide en faveur de nouvelles réformes des finances publiques.

    En prenant en compte ce chiffre, la dette publique de la Chine représente environ 58% du produit intérieur brut (PIB).

    Ce ratio ne fait certes pas craindre une crise financière mais il souligne la nécessité de maîtriser l’évolution de la dette pour préserver la croissance et la stabilité financière.

    L’audit montre en effet que, dans certaines collectivités, plus de 20% des remboursements de dettes sont financés par de nouveaux emprunts et qu’un grand nombre d’entre elles ont massivement recours aux ventes de terrains pour honorer leurs obligations financières.

    En outre, la majeure partie des emprunts des collectivités locales servent à financer des projets d’infrastructures, qui ne génèrent pas de recettes fiscales nouvelles.

    Alors que Pékin affirme régulièrement que la dette des collectivités locales s’est stabilisée ces trois dernières années, les résultats de l’audit font état d’une hausse de 67% depuis 2011, même si ce chiffre prend en compte des dettes qui n’étaient comptabilisées il y a deux ans.

    “Même si la dette publique globale de la Chine reste faible selon les standards de l’OCDE, le rythme de la hausse demeure alarmant”, commentent Liu Li-Gang et Zhou Hao, économistes de la banque ANZ, dans une note.

    “Les résultats de l’audit national sur la dette tendant à montrer que la dette des collectivités locales chinoises a pratiquement doublé en deux ans et demi environ.”

    FREINER L’ENDETTEMENT, PAS LA CROISSANCE

    Pékin reconnaît que cette situation comporte des risques et a promis de revoir les règles en vigueur, notamment pour autoriser un financement au moins partiel de certains travaux publics par des investisseurs privés, permettre aux collectivités locales de diversifier leurs sources de financement et prendre en compte la dette dans l’évaluation des politiques.

    “Les risques liés à la dette publique de la Chine sont globalement maîtrisés mais certains domaines comportent des risques”, conclut l’audit.

    Environ 37% des dettes des provinces, des municipalités et des comtés sont garantis par le produit de la vente de terrains, explique-t-il entre autres. En outre, 5,4% des échéances ne sont pas tenues.

    “Si les risques globaux liés à la dette des collectivités locales sont maîtrisés aujourd’hui, il est certain que les risques augmenteront fortement si la dette continue de monter aussi vite”, estime Pan Xiangdong, chef économiste de Galaxy Securities à Pékin.

    “Nous attendons du gouvernement qu’il restreigne les comportements des collectivités locales en matière d’emprunt.”

    La gestion des dettes des collectivités est compliquée par le fait que, la loi leur interdisant d’emprunter directement à des banques ou sur les marchés, bon nombre d’entre elles ont créé au fil des ans des structures de financement empruntant pour leur compte, ce qui a conduit à une envolée de la dette comptabilisée hors des bilans officiels.

    Malgré ces inquiétudes, estime Ting Lu, de Merrill Lynch-Bank of America, Pékin doit éviter de donner un coup de frein trop brutal à l’endettement, qui risquerait de freiner la croissance de l’économie tout entière.

    “Pour maintenir à la fois la croissance économique et la stabilité financière, la Chine doit éviter un désendettement simpliste”, résume-t-il. (avec Shao Xiaoyi; Marc Angrand pour le service français)

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