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Afrique : report de la monnaie unique, critères de convergence en question

L’Afrique serait-elle condamnée à subir le supplice de Tantale face à son projet de monnaie unique ? Cela y ressemble.

Alors que dans un précédent article, nous évoquions la possibilité que celle-ci voit le jour en 2020, rien n’est désormais moins sûr. A l’issue d’une audience avec le chef d’État nigérien, Mahamadou Issoufou, le président de la commission de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), Marcel de Souza, a en effet déclaré que la monnaie unique de la Communauté ne verrait pas le jour avant une dizaine d’années. Une annonce qui tombe à un moment crucial pour cette zone, l’avenir du franc CFA étant sujet à discussion, via notamment l’arrivée de l’e-CFA au Sénégal.

Une déclaration qui vient renforcer le clou : début juin, à l’issue de sa 78ème réunion ordinaire, le Conseil des ministres de la (Cedeao), tenu à Monrovia, avait en effet une nouvelle fois reporté le projet dans son agenda.

Les 15 pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avaient pourtant pris le pari de créer une monnaie unique d’ici à 2020. En 2013, le président nigérien avait été désigné par ses pairs comme coordonnateur de la coopération monétaire, avec en perspective la création d’une monnaie unique dans la zone à cette date butoir. Un véritable défi qui avait soulevé beaucoup d’espoirs. Nombre d’Africains considèrent en effet qu’une monnaie unique serait beaucoup plus stable et plus crédible que les monnaies actuellement en vigueur. Autre conséquence et non des moindres : s’affranchir de la tutelle – certes désormais historique mais néanmoins présente (et économique? )- de la France via la sortie du franc CFA. A moins que la difficulté consiste au contraire de la volonté de certains pays membres de NE PAS trop s’éloigner politiquement de Paris.

En tout état de cause, alors que le projet a d’ores et déjà été reporté à plusieurs reprises depuis 2009, l’objectif semble de plus en plus complexe à atteindre. Une dure réalité due en partie à la difficile conjoncture économique rencontrée par plusieurs pays de la zone, notamment le Nigeria, le Ghana et la Côte d’Ivoire.

- La monnaie unique : objectif de longue de la date pour la Cedeao

Certes, depuis sa création en 1975, la Cedeao – principale organisation intergouvernementale de la région, créée à la suite de la signature du traité de Lagos a pour objectif est de promouvoir la coopération et l’intégration en vue de créer une union économique et monétaire ouest-africaine. Héritière de l’Union douanière de l’Ouest africain, elle regroupe quinze États francophones, anglophones et lusophones, lesquels comptent au total environ 300 millions d’habitants.

En juin 2007, dans le souci d’harmoniser les réserves extérieures brutes exprimées en ratio des mois d’importations, des recettes fiscales par rapport au PIB et en ratio de la masse salariale publique par rapport aux recettes fiscales, les Etats membres de la CEDEAO avaient marqué leur volonté de créer une monnaie unique au sein de la communauté.

En mai 2009, le Conseil de convergence des ministres et gouverneurs de la Zone monétaire ouest-africaine (ZMAO) avait adopté, à l’issue de sa 24e session, une feuille de route globale pour la mise en place de l’Union monétaire de la Cedeao à l’horizon 2020 avec, parallèlement, l’établissement de la Banque centrale de la zone ouest-africaine.

En 2013, l’accord de Bamako avec fixé pour objectif la mise en œuvre d’une monnaie unique. Le vice-président de la Commission de la Cedeao, Toga McIntosh, avait alors déclaré que malgré les difficultés liées à l’intégration sous régionale, les groupes anglophone et lusophone devraient parvenir à une monnaie unique qui serait appelée « Eco». Après cette première phase, un regroupement du franc le CFA et de l’Eco était envisagé. Toga McIntosh avait tenu à rassurer sur les critères de convergences qui avaient été déjà définis par les Etats.

Mais en juillet 2014, le lancement de l’Eco pour 2015 a été abandonné. La principale cause annoncée étant le niveau insuffisant de convergence économique.

A la suite de cet échec, la Cedeao a annoncé le lancement de la monnaie unique en 2020. Selon l’agenda fixé, sa mise en vigueur de la monnaie unique devait commencer par les pays qui disposent de leurs propres monnaies (Gambie, Ghana, Guinée, Nigeria et Sierra Leone) auxquels devront se greffer les 8 pays membres de l’UEMOA qui font partie de la zone franc CFA.

  • La situation économique au Nigéria et Ghana problématique

Mais désormais, selon les propos mêmes du président de la commission : « l’analyse des critères de convergence et de stabilité montre que le pari de créer une monnaie unique en 2020 ne pourra pas être tenu, surtout dans la précipitation. »
Parmi les principales difficultés figure l’entrée du Nigeria en récession. Pour rappel, fin décembre, le taux d’inflation, observé dans le pays était de 18 %. La situation du Ghana n’est guère plus reluisante avec un taux moyen de 15 %.

Or, fait remarquer Marcel de Souza, Nigéria et Ghana constituent « deux grandes économies de l’Afrique de l’Ouest » face auxquelles les 8 pays de l’UEMOA réunis et même en bonne santé économique ne représentent, en termes de PIB, qu’un peu au-dessus de 10 % ». devant un tel constat, il estime qu’ »on ne peut plus aller à la monnaie unique en 2020 ».

  • Un sommet en octobre prochain

Un sommet sera convoqué par le président Issoufou en octobre prochain à Niamey en vue de définir les dispositions à prendre. Il y sera également proposé de confier la politique monétaire aux gouverneurs des banques centrales et au secrétariat de la commission de la Cedeao.

  • Manque de leadership ?

Selon Demba Moussa Dembélé, directeur du Forum africain des alternatives et coordinateur du Forum social mondial, la création d’une monnaie unique en Afrique de l’ouest n’est pas encore possible à cause du « manque de leadership » des dirigeants, plus particulièrement ceux de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa).

« Nous avons un vrai problème de leadership, et nous pouvons nous débarrasser du Franc FCFA qu’avec un nouveau type de leaders, soucieux de l’avenir de nos pays », a-t-il ainsi indiqué dans le cadre d’un entretien accordé à Ouestafnews.

  • Difficile de rompre le cordon avec la France ?

Selon l’économiste altermondialiste, le problème du Franc CFA ainsi que l’alternative de la monnaie unique constitue une question « purement politique et non technique ». « La soi-disante technicité n’est qu’un bluff pour ne pas agir, nos dirigeants n’ont pas le courage de rompre le cordon ombilical avec la France », relève par ailleurs Demba Moussa Dembélé.

Il estime que le blocage se situe principalement au niveau de l’Uemoa, 8 pays constituant selon lui un « pré-carré » de la France qui y exerce une influence politique et économique considérable.

« Les dirigeants de l’Uemoa traînent les pieds, et ce sont eux qui retardent l’avènement de la monnaie unique  et d’ailleurs, au fond, ils n’en veulent pas parce qu’ils veulent rester attachés à la France », conclut-il.

Du côté des entrepreneurs français, le franc CFA semble trop « beau » pour qu’ils poussent à sa fin. « Les entreprises françaises présentes chez nous sont beaucoup plus à l’aise que chez elles, car elles ont une monnaie à parité fixe, il n’y a aucun risque de change et elles peuvent rapatrier la totalité de leur bénéfices, c’est seulement dans nos pays qu’elles peuvent avoir cela », souligne ainsi Demba Moussa Dembélé.

Si la Cedeao sert d’argument au report le fait que les « critères de convergence économique » ne soient pas encore remplis par les 15 pays de l’organisation pour expliquer le nouveau report de la monnaie unique ouest africaine, cette justification ne satisfait pas l’économiste.

Selon lui, « si un certain nombre de pays qui comptent pour 60% de l’économie de la Cedeao ont le même niveau de convergence, on peut aller à la monnaie unique ». Au final, il considère que « le critère de convergence optimal n’existe pas, c’est juste un prétexte par ce que les dirigeants ont peur de rompre avec la France ».

Sources : presse africaine

Elisabeth Studer – 3 septembre 2017 – www.leblogfinance.com

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