Le Blog Finance

Le Sénégal teste l’ e-CFA, vers une monnaie unique en Afrique au grand dam d’Orange Money ?

Alors que les banques centrales africaines (ABCA) se sont réunies en mars 2016 à Dakar (Sénégal), au siège de la Banque Centrale des États de l`Afrique de l`Ouest (BCEAO), en vue de préparer l’arrivée de la monnaie unique du continent africain, la banque centrale régionale émet depuis le 12 janvier dernier une nouvelle monnaie électronique dénommée « e-CFA ».

Disponible dans un premier temps uniquement au Sénégal – le franc CFA ayant bien évidemment toujours cours légal - cette devise numérique sera à terme en vigueur dans tous les pays de l’UEMOA (Union économique et Monétaire Ouest Africaine), sous réserve que son succès se confirme. L’objectif s’avère en tout premier lieu de faciliter les échanges et l’intégration économique de la zone.

Conformément à une réglementation sur la monnaie électronique éditée par la BCEAO, la Banque régionale de marché (Brm) sera chargée d’émettre l’e-CFA.

Cette nouvelle devise électronique sera valable sur toutes les plates-formes de paiement électronique et pourra transiter aussi bien par les ordinateurs, les tablettes que les téléphones portables … Et ce, au grand dam de Orange avec son produit Orange Money ? les Sénégalais étant habitués à régler bon nom de factures telles que dépenses d’électricité et même carburants (dans les stations Total) via du crédit téléphone, ce dernier étant devenu dans le pays une véritable monnaie d’échange.

Les commerçants possédant un terminal adéquat pourront accepter le paiement via l’e-CFA ou payer eux-mêmes leurs fournisseurs. Si cette monnaie électronique est acceptée par un grand nombre, ce sera la fin progressive du billet de banque physique, habitude qu’avait déjà préparé le « concept » commercialisé à travers Orange Money. Reste que pour l’heure, il ne s’agit que d’un stade expérimental.

Cette monnaie a été initiée par Jonathan Dharmapalann, ancien d’Ernest & Young et fondateur d’e-Currency Mint limited. Ayant son siège en Irlande, la startup a mis en place l’e-cfa, en collaboration avec la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest. (BCEAO). Cette monnaie numérique se veut différente du bitcoin, la première devise numérique, car elle est émise par une banque centrale.

« Il s’agit d’un billet numérique qui peut s’échanger comme un billet physique émis par une Banque centrale, » explique ainsi Jonathan Dharmapalan. « Pour réaliser une transaction, vous pouvez débiter un compte bancaire et en créditer un autre, ou bien vous pouvez échanger physiquement un billet de 10 dollars ou 10 euros qui passera de votre main à la mienne. Nous avons créé une technologie qui permet cet échange-là de manière numérique, » détaille-t-il.

Pour éviter les faux, les billets physiques seront marqués d’un filigrane et d’un numéro de série, les billets e-cfa seront sécurisés numériquement par un code cryptographique. Selon Serigne Diakhoumpa du Fonds souverain des investissements stratégiques du Sénégal, la monnaie électronique devrait permettre de mieux maîtriser les transactions financières pour lutter contre la corruption.

Orange Money permet pour sa part de déposer de l’argent sur un compte associé à un numéro de mobile, pour ensuite accéder à une gamme de services, notamment transfert d’argent domestique et international, paiement de factures (eau, électricité, télévision, téléphonie, frais de scolarité …) et achat de crédit téléphonique.

Pour alimenter son compte, l’utilisateur peut se rendre dans un point de vente Orange Money pour y déposer des espèces, recevoir de l’argent d’un autre utilisateur par transfert ou même recevoir son salaire directement sur son compte, ce qui n’est pas rare dans un pays où une faible partie de la population dispose d’un compte bancaire. Les professionnels (entreprises ou auto-entrepreneurs) ont également la possibilité d’accepter les paiements réalisés par Orange Money avec un compte entreprise.

Orange s’est également associé à des banques (BNP Paribas, Ecobank, Bank of Africa, Microcred) pour permettre aux clients détenteurs d’un compte bancaire de transférer leur argent facilement et à tout moment entre leur compte bancaire et leur compte Orange Money (et vice versa) depuis leur mobile.

Reste que l’Institut d’étude de la finance numérique, Helix, a toutefois récemment publié un rapport sur la fraude liée à la «mobil money», un moyen de transférer de l’argent de portable à portable. L’institut attire l’attention sur le fait que cette fraude est adaptable à tous les systèmes financiers. «L’élimination progressive des billets physiques ne permet pas d’y échapper à 100%», soutient Elisabeth Berthe, directrice adjointe du réseau Hélix.

«Leur technologie à l’origine est assez sûre, mais dès qu’on ajoute des niveaux, des systèmes en plus, cela ouvre des vulnérabilités. Ces six derniers mois, on a vu deux bons exemples de monnaies numériques fiables qui ont été attaquées et ont perdu beaucoup. En août dernier, le bitcoin a perdu 75 millions de dollars et près de 20 % de sa valeur, et son concurrent, Ether, a perdu 50 millions de dollars, à cause d’une vulnérabilité dans leur code», a-t-elle poursuivi.

Le Sénégal est le deuxième pays africain, après la Tunisie avec son e-dinar, à avoir lancé sa monnaie numérique.

Selon le Fonds Monétaire International, à l’heure actuelle, environ 2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à des services financiers de base. La plupart sont pauvres et une grande proportion, africaine. Au Sénégal, la part de la population détenant un compte en banque a plus que doublé entre 2011 et 2014 pour avoisiner 12 %. Toujours selon le FMI, même avec la banque mobile, seulement 34 % de la population adulte africaine a accès à des services bancaires, dans l’UEMOA, le taux n’est même que de 18 %.

Au Kenya, le service de paiement mobile M-PESA est devenu partie intégrante de l’économie de marché et s’étend aux pays voisins. Au cours des 10 dernières années, la proportion de Kenyans qui n’ont pas accès aux services financiers est tombée de 41 à 17 %. Aujourd’hui, un dispositif d’épargne mobile offre aussi des crédits à la consommation.

« Globalement, il est intéressant à mes yeux de noter que c’est une compagnie de télécommunication qui a joué un rôle essentiel dans le développement du système de banque mobile au Kenya. Dans d’autres pays, c’est le secteur bancaire. Je suis donc très curieux d’entendre votre avis sur ce qui serait le meilleur moyen de développer ces services » avait déclaré en septembre 2016 Mitsuhiro Furusawa, Directeur Général Adjoint du Fonds Monétaire International, dans le cadre de son discours « Promouvoir l’inclusion financière en Afrique de l’Ouest ».

Sources : presse sénégalaise, RFI, FMI

Elisabeth Studer – 15 janvier 2017 – www.leblogfinance.com

Crédit photo : E.Studer

A lire également :

Le Zimbabwe lance sa propre monnaie

Afrique : les banques centrales préparent la monnaie unique

Partager cet article

Article de

8 commentaires

  1. retrouvé le retour 16 janvier 2017 à 10:13

    Au départ c’était nos ancêtres les bons pères et les Gaulois, malheureusement pas les Helvètes! les Francs arrivèrent ensuite, mais finalement tout le monde voit bien à l’horizon la ligne bleue du e-bridé

  2. retrouvé le retour 16 janvier 2017 à 10:45

    Trump est là !! Il prend des mesures cohérentes suivant la direction quel compte prendre.
    Il ressert les liens avec les copains anglo-sexons, et dit clairement à ceux qu’il prend pour des serpillères lèche bottes d’aller se faire voir ou de prendre la position des Sodomites. Il ne pense pas un seul instant que nous allons finir par une Europe Hyper costauds qui va imposer sa loi
    Il cherche une fausse alliance avec la Russie pour attaquer la Chine.
    Il calcule et il va mettre toutes ses billes dans le même panier et perdre !!

  3. retrouvé le retour 16 janvier 2017 à 10:51

    «Quand vous jetez un coup d’œil à l’Europe, vous voyez en réalité l’Allemagne, estime Donald Trump. [L'UE] est en réalité un instrument au service de l’Allemagne. C’est pourquoi je pense que le Royaume-Uni a bien fait d’en sortir.» Pour Donald Trump, le «Brexit» est incontestablement un succès pour le Royaume-Uni. Il assure qu’il va «travailler dur» pour qu’un nouvel accord commercial soit conclu «très rapidement» entre Londres et Washington. Il répond aussi favorablement à la requête de la première ministre Theresa May: «Nous nous verrons dès que je serai entré à la Maison-Blanche.»

    ON VA FABRIQUER UNE GROSSE SUISSE ET FOUTRE DEHORS LES PARASITES US ET ANGLAIS. OUI LE BREXIT C’EST SUPER ET L’ELECTION DE TRUMP UNE MERVEILLE !! :) :) :) :) :)

  4. retrouvé le retour 17 janvier 2017 à 23:58

    Il faut nettoyer l’Europe et fabriquer un vrai état armé jusqu’aux dents !!
    Il faut foutre dehors la Norvège de l’Espace Schengen !!
    Trump mesure parfaitement l’écroulement US et il essaie de prendre des mesures en serrant les liens avec les autres colons anglo-saxons et les Anglais. « La ligue des merdes » !!

  5. ES 20 avril 2017 à 19:53

    Orange Bank veut bousculer les codes de la banque mobile dès juillet

    Paris – Attendue depuis un an, Orange Bank, la banque mobile du groupe télécom, sera lancée début juillet avec une offre qui veut bousculer les services traditionnels bancaires et conquérir deux millions de clients.

    « Nous avons réinventé les usages pour cette banque : ouverture de compte possible avec des documents scannés, transferts par SMS. Vous pourrez payer par mobile sans contact ou avec la carte » bancaire, a lancé jeudi Stéphane Richard, PDG de l’opérateur, à l’occasion du Show Hello qui présente les innovations du groupe.

    Orange compte frapper fort pour capter des clients: aucun frais de tenue de compte dès que les moyens de paiements sont utilisés, pas de condition de revenu exigée, mise à disposition dès la souscription d’une carte bancaire gratuite, d’un compte avec découvert autorisé et d’un livret d’épargne rémunéré.

    Des services de crédit et d’assurance seront ensuite proposés.

    Cette offre sera d’abord disponible pour les collaborateurs du groupe télécom à partir de la mi-mai puis dès le 6 juillet pour le grand public à partir de l’application mobile du groupe, en ligne ou dans l’une des 140 boutiques du réseau de distribution Orange.

    - Conseiller clientèle virtuel -

    « Nous pensons avoir quelque chose de différent à apporter (…) qui sera favorable au consommateur », a estimé le patron du mastodonte français des télécoms dans une interview à l’AFP.

    Son ambition est d’atteindre 400 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018 dans les services financiers. Le groupe est déjà présent en Afrique, où il compte 30 millions d’utilisateurs de ses services de transfert d’argent via mobile sous la marque « Orange Money ».

    Il est aussi en Pologne depuis fin 2014 avec une offre de banque mobile, préfigurant celle lancée en France.

    Les clients de la nouvelle banque mobile pourront communiquer à tout instant avec un conseiller virtuel, doté d’une intelligence artificielle apprenante élaborée par IBM. D’ici à la fin de l’année, ce conseiller pourra réaliser des tâches à la demande des clients comme effectuer des virements.

    Toutefois, si besoin, le contact humain sera possible avec l’un des 100 conseillers dédiés.

    L’usage des services bancaires sera également modifié avec la possibilité de paramétrer sa carte bancaire ou de la bloquer en cas de perte.

    - « Accessible au plus grand nombre » -

    L’arrivée d’Orange Bank vient grossir les rangs des nouveaux opérateurs de banque mobile qui se sont multipliés ces derniers mois avec pour promesse de changer les usages bancaires.

    Le géant de la distribution Carrefour a ainsi débuté cette semaine la vente d’un coffret combinant une carte bancaire internationale Mastercard et un compte en ligne sans découvert autorisé.

    Pour sa part, Compte-Nickel, jeune pousse rachetée au début du mois par BNP Paribas, propose l’ouverture d’un compte bancaire en ligne chez les buralistes et revendique plus de 540.000 comptes créés en trois ans. Cette société espère conquérir pour sa part deux millions de clients d’ici à 2020.

    Côté Orange Bank, « on a un plan de dix ans qui prévoit un investissement total de l’ordre de 500 millions d’euros, un point mort au bout de cinq ans et l’objectif de recruter deux millions de clients en 10 ans », a expliqué Stéphane Richard à l’AFP.

    Le dirigeant a évalué à 100 millions l’impact d’Orange Bank sur les comptes du groupe en 2017.

    Ce nouvel entrant « va secouer le secteur des banques en ligne vu la puissance de marque, le volume de clients et la connaissance marketing extrêmement développée » du groupe Orange, a commenté auprès de l’AFP, Baudoin Choppin de Janvry, directeur conseil Industrie financière chez Deloitte.

    « Il va y avoir une grosse concurrence sur une niche de clients qui ont peu de besoins, une très forte attente sur l’accessibilité, la facilité bancaire et les prix », ajoute-t-il.

    Il rappelle toutefois l’attachement des Français à leur banque locale et à la proximité géographique de leur agence, « encore premier critère de choix » d’une banque en France.

  6. retrouvé le retour 21 avril 2017 à 12:03

    « Il est aussi en Pologne depuis fin 2014 avec une offre de banque mobile, » ja, ja ou plus yaya ?
    « doté d’une intelligence artificielle apprenante élaborée par IBM »
    « Toutefois, si besoin, le contact humain sera possible »

    ES c’est une traduction auto ou Otto à partir du javanais parlé par Trump(ette) &Co !! :) :) ;)

  7. retrouvé le retour 21 avril 2017 à 12:04

    En cas de panne internet géante quid des moyens de paiement ?

  8. ES 13 juillet 2017 à 13:44

    interessant comme remarque …

Commenter cet article