Le Blog Finance

Soutien militaire de la Turquie au Qatar via l’envoi de troupes

Alors que le Qatar est confronté à une grave crise diplomatique avec ses voisins du Golfe, la Turquie a quant à elle choisi de l’appuyer. Militairement parlant qui plus est.

Tandis que l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Emirats arabes unis et l’Egypte ont rompu lundi leurs relations avec Doha, l’accusant de soutenir le terrorisme, le parlement turc a adopté mercredi en urgence une proposition de loi autorisant le déploiement de troupes supplémentaires sur une base militaire que la Turquie détient au Qatar.

A cette occasion, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déploré l’initiative prise par Ryad et ses alliés. Selon lui, cette mise au ban n’est pas de nature à apaiser les tensions dans la région. Il a par ailleurs affirmé que son pays ferait tout pour tenter de désamorcer cette crise.

Précisons que la rédaction par les députés de l’AKP –  le parti au pouvoir –  de deux propositions de loi ont été rédigées avant le début de la crise diplomatique. Le premier texte autorise le déploiement de troupes turques dans l’émirat tandis que le second approuve un accord de coopération militaire bilatéral.

Dans le cadre d’un accord signé en 2014, la Turquie dispose d’une base militaire au Qatar où sont présents environ 150 militaires turcs. Il s’agit de sa première implantation au Moyen-Orient. L’année dernière, l’ambassadeur de Turquie au Qatar avait indiqué que le site devrait accueillir 3000 soldats des troupes terrestres, des militaires de l’Armée de l’air et de la Marine, ainsi que des instructeurs et des forces spéciales. Cet avant-poste devrait permettre à l’armée turque de participer à des opérations militaires éventuelles en mer Rouge, en Afrique du nord et dans le Golfe persique. La Turquie pourrait également augmenter les ventes de son matériel militaire en proposant au Qatar ses nouveaux chars Altay, des obusiers automoteurs Firtina, et d’autres armements.

Les relations entre Ankara et Doha sont considérées comme stratégiques par le pouvoir turc. Recep Tayyip Erdogan y a déjà effectué plusieurs déplacements et signé plusieurs ententes économiques et militaires. La Turquie tente désormais de prouver qu’elle peu jouer un rôle au Moyen-Orient en mettant en avant ses capacités de négociateur. Si Erdogan se positionne clairement en faveur de Doha, la diplomatie turque tente parallèlement de faire passerelle entre les monarchies du Golfe et l’émirat.

Mardi dernier, le président turc a pris la défense du Qatar, critiquant les sanctions imposées à ce pays et affirmant vouloir “poursuivre et développer” les relations entre Ankara et Doha. Erdogan affirme mener depuis lundi une “diplomatie téléphonique” active, s’entretenant avec une dizaine de dirigeants, dont ceux du Qatar, de l’Arabie saoudite, de la Russie et de la France.

A noter que le Qatar abrite également  la base d’Al-Udeid, la plus grande base aérienne américaine dans la région, d’un enjeu capital pour la lutte contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI / Daesh) en Syrie et Irak, menée par une coalition internationale dirigée par Washington et dont Doha et Ankara font partie.

- Encore une forte odeur de gaz … 

Si certes l’Iran et le Qatar se partagent les parts de l’immense champ gazier off-shore de South Pars (Pars Sud), il n’en demeure pas moins que les deux pays se livrent une concurrence farouche en vue d’obtenir la suprématie de l’acheminement du gaz issu des précieux gisements, notamment vers l’Union européenne. Faisant des éventuels pays de transit, des alliés de poids … ou des concurrents.

L’Iran manquant d’infrastructures pour l’exportation de son gaz, Téhéran a proposé la construction d’un gazoduc à travers Iran, Irak et Syrie dénommé « Islamic Pipeline ». L’annonce de la mise en chantier du gazoduc a eu lieu en 2011. Les contrats ont été signés en juillet 2012, la construction étant alors prévue pour débuter immédiatement afin de rendre cet oléoduc opérationnel en 2016.

Mais les Printemps arabes et la guerre civile en Syrie ont remis en cause le planning … voire la faisabilité du projet lui-même. Au grand dam de Téhéran qui avait prévu que son gaz soit transporté vers les ports syriens, notamment celui de Lattaquié, puis acheminé vers l’Europe à travers la méditerranée.

Ce gazoduc « Islamique » aurait permis à l’Iran – chiite – de supplanter le Qatar – sunnite – en vue de devenir le principal fournisseur d’énergie du marché européen, ce qui, si le projet s’était concrétisé, aurait renforcé l’influence de Téhéran au Moyen-Orient.

Mais le projet de pipeline initié notamment par l’Iran s’est vu concurrencé par celui mis en avant par le Qatar, dévoilé en 2000, avec pour objectif de construire un oléoduc de 1 500 km qui couvrirait l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie. Le coût de ce pipeline Qatar-Turquie avait été fixé à 10 milliards de dollars.

L’Union européenne, dont les approvisionnements en gaz proviennent de la Russie à hauteur de 30% avait alors montré son intérêt pour le projet qatari. Ce dernier lui aurait en effet permis de disposer d’un gaz à un prix plus concurrentiel.

La Turquie, deuxième importateur mondial de gaz russe y voyait alors une possibilité de réduire sa dépendance vis à vis de Moscou. Ankara estime également que le gazoduc qatari lui permettrait de devenir une plaque tournante entre l’Asie et l’Europe.

Mais en 2009, le président syrien Bachar al-Assad a refusé de signer l’accord préparé par le Qatar afin de permettre au gazoduc de traverser la Syrie, cet accord étant contraire aux intérêts de son allié russe.

Sources : Reuters, RFI, RTS

Elisabeth Studer – 08 juin 2017 – www.leblogfinance.com

A lire également :

Inauguration par l’Iran de 5 phases de Pars Sud, plus grand gisement mondial de gaz

Partager cet article

Article de

8 commentaires

  1. retrouvé le retour 9 juin 2017 à 09:12

    Tant que les états pseudo religieux crées sur les ruines de l’Empire turcs ne seront pas démantelés c’est certainement pas de construction de pipe qu’il faudra parler !! :(

    Les pousses-toi de la que j’y pose mes femmes voilées, ou mes perruques ou mes fesses bénies en fait c’est pire que le nazisme !!
    Il faut expurger ces textes débiles de tout ce qui est contraire aux droits de l’homme, ce qui de toute évidence n’a pas été prévu par les auteurs de ces gribouillis qui croyaient encore qu’ils étaient propriétaire du nombril du monde et que la terre était plate !! :( :( :(

  2. retrouvé le retour 9 juin 2017 à 23:35

    Déguisée avec un joli bibi sur sa belle chevelure laquée qui excite le mâle ( suivant les textes :) ) Elisabeth Guigou explique qu’elle n’était pas en campagne et qu’elle a participé à la rupture du jeûne à titre privé. La députée était accompagnée du maire de Pantin qui avait gardé ses bottes. Il ne s’agissait pas à proprement parler d’une “réunion politique” pour les deux compères.

    Donc tout est bien, on pourra continuer les déjeuners en ville avec les uns et manger le loukoum et des dattes avec les zautres communautés !! et tout cela sans faire de politique !!

  3. Elisabeth Studer 10 juin 2017 à 00:43

    09.06.2017
    En prenant le parti de Doha dans le conflit entre le Qatar et les pays du Golfe, Ankara se met dans une situation grave, a indiqué à Sputnik l’ex-ambassadeur turc aux États-Unis, Faruk Logoglu. Selon le diplomate, le risque existe que ce conflit ne s’aggrave et qu’on n’assiste à une réédition du scénario irakien.

    Dans un commentaire à Sputnik, l’ex-ambassadeur turc à Washington s’est dit préoccupé par les dernières affirmations du Président Recep Tayyip Erdogan concernant l’envoi de militaires turcs au Qatar. Selon M. Logoglu, Ankara devrait agir plus soigneusement et subtilement dans cette affaire afin de ne pas créer un précédent dangereux pour l’avenir. De plus, il n’exclut pas la possibilité que Doha demande à la Turquie de protéger son territoire.

    « La rhétorique des déclarations du Président Erdogan et du Premier-ministre Yildirim exprime non seulement la volonté de la Turquie de soutenir le Qatar, mais aussi leur protestation contre les pays qui s’y opposent. Bien sûr, la Turquie ne peut pas rester indifférente à l’égard de la crise qui a éclaté autour du Qatar. Cependant, Ankara ne doit pas faire de mouvements brusques et de déclarations téméraires sur cette question », a déclaré le diplomate turc.

    Faruk Logoglu a également conseillé de rester neutre dans les conflits en cours dans la région. Selon lui, les autorités turques doivent fonder leur politique au Proche-Orient compte tenu des principes déclarés par Mustafa Kemal Atatürk, c’est à dire de construire des relations amicales avec le monde arabe et ne pas d’immiscer dans des conflits entre États arabes.
    « La situation à l’avenir dépend des mesures qui seront prises par les parties en conflit, à savoir l’Arabie saoudite, les États-Unis et l’Iran. Je ne pense pas que cette crise va se transformer en confrontation ouverte. Cependant, j’ai des préoccupations, à la suite des tensions actuelles, la situation pourrait être similaire à celle qui s’est produite en Irak », a-t-il conclu.

  4. Elisabeth Studer 10 juin 2017 à 00:49

    9.06.2017
    Le ministre qatari des Affaires étrangères a qualifié vendredi le blocus de son pays par les pays arabes de violation du droit international et a déclaré qu’ils tentaient de mobiliser l’opinion internationale contre le Qatar.

    Le blocus du Qatar par des pays arabes est une violation du droit international, a déclaré vendredi 9 juin le ministre qatari des Affaires étrangères Mohammed bin Abdulrahman Al Thani après des pourparlers avec son homologue allemand.

    « Ces procédures, qui ont été prises, comprennent des violations flagrantes du droit international et du droit international humanitaire. Elles n’auront que des impacts négatifs sur la région », a déclaré le chef de la diplomatie qatarie lors d’une conférence de presse au cours de sa visite en Allemagne.

    Le scandale diplomatique autour du Qatar a éclaté lundi dernier. Quatre pays — Bahreïn, l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis — ont le 5 juin rompu les relations diplomatiques avec le Qatar, expulsé des diplomates et d’autres personnalités et suspendu des vols à destination du Qatar. Les quatre pays reprochent à Doha de « déstabiliser la situation en matière de sécurité » et de « soutenir le terrorisme », y compris les groupes terroristes Al-Qaïda et Daech au Yémen.

    Les autorités de la partie orientale de la Libye, le Yémen, les Maldives, la Mauritanie et Maurice leur ont emboîté le pas en annonçant qu’ils rompaient les relations avec le Qatar. Le chef de la diplomatie qatarie a déclaré que son pays ne prendrait pas de mesures en réaction à ce boycott.

  5. retrouvé le retour 11 juin 2017 à 22:24

    https://www.lorientlejour.com/article/1056547/sykes-picot-les-accords-du-desaccord.html

    Il ne faut certainement pas séparer cette analyse d’ensemble au Moyen Orient du reste de la question qui est les pseudo états religieux autour de la planète.
    Nous sommes touchés économiquement par ce déferlement débile d’interprétations de textes dont certains passages sont ignobles et bien pire que les élucubrations nazies.
    Il convient de mettre hors la loi certaines parties de textes, qui sont contraires même au progrès, car “pourtant, elle tourne “!!.

    Nous somme complètement surclassés par la mise en avant de niaiseries .

  6. Elisabeth Studer 12 juin 2017 à 00:41

    sykes picot : vaste sujet sur lequel je “bosse” actuellement
    a l’origine entre autre du “bazar” actuel ….

  7. retrouvé le retour 12 juin 2017 à 13:45

    Les accords coloniaux scandaleux Sykes Picot ne sont pas plus racistes que ceux qui ont conduit aux tracés des frontières par les Français en Indochine, sur le dos de la dynastie chinoise Qing.

    Si les accords faits sur le dos des Turcs sont monstrueux c’est qu’ils sont largement à l’origine de notre écroulement économique et aux frontières de l’Europe.
    Nous allons avoir un bloc énorme à nos frontières en guerre contre nous.
    Ceux qui sont à l’origine de cette pagaille comme Fabius ou Sarko vont connaître les Tribunaux Internationaux se sont des criminels de guerre. La nomination d’un Chinois à la tête d’Interpol montre bien la précarité de leur situation actuelle.

    Pour le moment la France est allée voter un peu comme on va se baigner dans la piscine de Lourdes, sans réfléchir.

  8. retrouvé le retour 25 juin 2017 à 00:28

    “Le ministre qatari des Affaires étrangères a qualifié vendredi le blocus de son pays par les pays arabes de violation du droit international et a déclaré qu’ils tentaient de mobiliser l’opinion internationale contre le Qatar.”

    Il faut voir les conditions qui sont demandées par l’Arabie propriété privée des Saouds aux frérots pour bien comprendre que nous sommes en train de voir naitre devant nous le monstre “religieux” que nous avons mis en place en créant de pseudo états religieux ridicules sur les ruines de la Yougoslavie et encore plus débiles au Moyen Orient ou en Afrique..

Commenter cet article