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Croissance US : le FMI fait fi des hypothétiques mesures de Trump

Elisabeth Studer Actualités, Economie 9 commentaires

Une première depuis l’élection de Donald Trump : le Fonds Monétaire International vient d’abaisser ses prévisions de croissance pour les Etats-Unis. Arguments invoqués : les incertitudes concernant son plan de relance économique …. lequel pourrait s’avérer n’être au final qu’une « belle » promesse de campagne. Plus facile de se faire élire que de gouverner ?

Le FMI estime désormais dans son nouveau rapport annuel sur les Etats-Unis que le Produit intérieur brut (PIB) US ne progressera que de 2,1% cette année et en 2018. En avril dernier, il tablait encore sur une hausse de 2,3% en 2017 et de 2,5% en 2018. Mais, en l’absence de précisions sur la mise en œuvre des réformes fiscales et budgétaires promises par l’administration Trump, le Fonds ne souhaite plus prendre en compte dans ses prévisions l’impact attendu de telles hypothétiques mesures.

Le FMI ajoute que ses nouvelles estimations « reflètent pour une large part l’incertitude sur les mesures macro-économiques qui seront mises en place dans les prochains mois ». L’optimisme semble ne plus être de mise désormais alors qu’en janvier dernier, le Fonds avait relevé ses prévisions pour les Etats-Unis, quelques jours avant l’arrivée du milliardaire à la Maison Blanche.

Côte promesses, l’administration Trump a laissé entendre qu’elle mettrait en place une réforme des impôts, que de très importantes dépenses d’infrastructures seraient réalisées et qu’une renégociation des accords commerciaux permettraient de doper la croissance autour de 3% dès 2018 et sur le long terme. Côté réalisations concrètes … aucune discussion relative aux différentes mesures envisagées n’a pu avancer au Congrès.

Or, pour que ses réformes puissent se concrétiser, le locataire de la Maison Blanche devra parvenir à un compromis avec le Sénat et la Chambre des représentants seuls habilités à décider de grandes réformes fiscales. Or, le coût élevé des mesures fait d’ores et déjà débat parmi les parlementaires. Certains « faucons » s’alarment du coût exorbitant d’une réforme aux cadeaux fiscaux désormais financés uniquement par une hypothétique hausse de la croissance, la remise en cause de la réforme de l’Obamacare privant l’Etat d’une importante baisse de dépenses qui aurait pu aider à parvenir à équilibrer autant que faire se peut le budget. Les économies qu’il était prévu de tirer de la réforme de l’assurance santé devaient en effet compenser en partie les réductions d’impôts envisagées et donc la baisse de revenus pour le budget fédéral. Selon le think tankTax Foundation, cette réforme devrait engendrer un manque à gagner de plus de 2.000 milliards de dollars sur 10 ans.

En avril dernier, le secrétaire au Trésor US, Steven Mnuchin, avait quant à lui indiqué au Financial Times que la grande réforme fiscale promise par le président américain Donald Trump « sera probablement un peu retardée en raison de la réforme de la santé », retoquée fin mars. L’objectif initial de faire adopter par le Congrès un texte sur le sujet avant août « est très optimiste voire pas réaliste actuellement », avait-il parallèlement expliqué au quotidien britannique, affirmant toutefois qu’il misait toujours sur un remaniement du code fiscal d’ici la fin de l’année.

Redoutant que les réalités du terrain ne viennent à bout de la fougue de Donald Trump, le FMI s’interroge même désormais sur la faisabilité court terme des projections du gouvernement. « Même avec les conditions idéales d’une politique de relance, la croissance potentielle sera probablement plus faible que ce que le projet de budget prévoit et prendra plus de temps à se matérialiser », estime ainsi le Fonds.

Dans un communiqué publié à l’issue de son examen périodique des politiques économiques des Etats-Unis, le FMI juge au final peu probable que l’objectif de croissance de plus de 3% sur une longue période affiché par Washington soit atteint, et ce d’autant plus que le marché du travail est d’ores et déjà – selon les chiffres officiels – à un niveau correspondant au plein emploi. Sous-entendu : l’administration Trump ne va pas pouvoir tirer de son chapeau – voire des statistiques ? – des emplois supplémentaires.

Si le taux de chômage enregistré  le mois dernier aux Etats-Unis est certes à son plus bas en 16 ans (depuis mai 2011 ! ) à 4,3%, seulement 138.000 emplois ont été créés, contre une attente de 185.000, laissant ainsi entrevoir que la baisse annoncée du chômage correspond plus à une résignation des sans-emplois. Certains analystes  tiennent toutefois à préciser qu’à l’heure actuelle, et au vu de l’évolution de la population active, il suffit d’une centaine de milliers d’emplois nouveaux par mois pour parvenir à faire baisser le taux de chômage.  D’autres – plus optimistes ? … –   estiment  qu’il est peut-être un peu tôt pour parler de « passage à vide » après bientôt deux trimestres après l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.

Mais au delà des doutes quant à la mise en œuvre des mesures promises par le milliardaire, c’est la stratégie de ce dernier pour tenter de relancer l’économie US qui est pointée du doigt par le FMI. Selon lui, les projets budgétaires de la Maison blanche feraient supporter une part disproportionnée des réductions de dépenses aux foyers à revenus faibles ou moyens. Ce qui, fait-il remarquer – avec une pointe d’ironie ? – «  semblerait contraire aux objectifs budgétaires de promotion de la sécurité et de la prospérité pour tous les Américains ».

En vue d’atteindre l’objectif ambitieux que s’est fixé l’administration Trump, le FMI préconise pour sa part la mise en œuvre d’une politique fiscale visant à améliorer le ratio recettes/PIB, des réductions de dépenses mieux réparties afin d’améliorer l’efficacité des amortisseurs sociaux tout en souhaitant que des efforts soient réalisés en vue d’endiguer la hausse des coûts de santé.

Sources : AFP, Reuters, Financial Times

Elisabeth Studer – 28 juin 2017 – www.leblogfinance.com

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9 commentaires

  1. Elisabeth Studer 30 juin 2017 à 01:07

    Dette US: l’Etat fédéral peut tenir jusqu’en octobre
    29/06/2017 à 22:54

    Le déficit budgétaire américain sera plus important que prévu en 2017, a affirmé jeudi le Bureau du budget du Congrès (CBO) qui estime par ailleurs que le gouvernement peut tenir jusqu’en octobre avant un relèvement du plafond de la dette. Le déficit de l’Etat fédéral devrait atteindre 693 milliards de dollars pour l’année fiscale en cours qui se termine en septembre, soit 109 milliards de plus que celui de 2016 et 134 milliards de plus que la précédente projection du CBO. Cette instance estime par ailleurs, dans un nouveau rapport, que le gouvernement peut tenir jusqu’à « début, voire mi-octobre » sans emprunter davantage et menacer les Etats-Unis d’un défaut de paiement.
    Ce délai est un peu plus long que ce qu’avait estimé récemment le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, évoquant une date-butoir en septembre. La limite d’endettement des Etats-Unis a été atteinte en mars dernier à 19.800 milliards de dollars et seul le Congrès a la prérogative d’autoriser un relèvement de ce plafond. Sur l’accroissement du déficit budgétaire, le CBO relève que les recettes fiscales vont être moins fortes que prévues. Elles vont représenter 17,3% du produit intérieur brut en 2017 au lieu des 17,8% anticipés. Les recettes générées l’impôt sur le revenu vont ainsi connaître un recul équivalant à 0,2% du PIB, un repli que le CBO ne s’explique pas pour l’instant.
    A cela s’ajoute un recul de même ampleur des sommes versées par la Réserve fédérale (Fed) au Trésor. Conformément à son statut, la Fed reverse au budget de l’Etat fédéral le total de son bénéfice, diminué entre autres des dividendes versés aux douze banques de réserve régionales constituant le système de réserve fédéral. La réduction de son versement en 2017 reflète l’impact de la hausse des taux d’intérêts qui renchérit la rémunération des réserves et autres instruments financiers, affirme le CBO. Au total, les recettes de l’Etat vont augmenter de 1% alors que ses dépenses vont gonfler de 5% en 2017.
    Enfin le rapport du CBO projette une croissance économique de 2,2% cette année et de 2% en 2018, tandis qu’à politiques égales, elle devrait s’affaisser à 1,5% en 2019 et 2020. L’administration Trump, quant à elle, assure qu’avec une réforme des impôts, de l’assurance santé et une levée des règlementations, la croissance peut atteindre durablement 3% dans les années qui viennent. « Nous croyons que nous pouvons atteindre 3%. Ce n’est pas cette année, ni l’année prochaine. Cela prendra du temps à s’enclencher », a affirmé le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin jeudi à la Maison Blanche, apparaissant plus mesuré qu’à l’ordinaire. « Notre projection pour la période de 10 ans est de 2,9% ce qui, je crois, est très prudent », a-t-il expliqué, car « le président et moi croyons qu’on peut faire plus que 3% », a-t-il ajouté.

  2. retrouvé le retour 30 juin 2017 à 13:29

    Il est bien certain que l’équipe qui rame en sous sol et gère les possibilités de dette US commence à « faire dans sa culotte » et cherche des solutions inédites. QE + solutions inédites = ??
    Pourquoi pas une bonne confrontation pour essayer de piquer le pétrole aux Russes, quand on est réduits à vendre à perte des hydrocarbures de schistes pour déstabiliser le marché ?

  3. retrouvé le retour 30 juin 2017 à 22:27

    La presque totalité des statistiques financières de propagande véhiculées sur les USA sont fausses depuis des années !
    Il est donc particulièrement stupide de chercher à mesurer cette machine de propagande comme le fait le FMI

  4. Elisabeth Studer 1 juillet 2017 à 00:34

    le FMi semble désormais s’essoufler à vouloir le faire …

  5. retrouvé le retour 1 juillet 2017 à 07:21

    Un « essoufflement » c’est possible, mais une si grosse machine à rêve, un si beau Disneyland financier va continuer sur ses rails vers le butoir.

  6. retrouvé le retour 12 août 2017 à 18:31

    Trop fort ce Trump qui est lui un vrai amerloque !! Pas comme ses prédécesseurs aparatchiks !!
    Tout le monde semble douter depuis le début les capacités d’un pays qui « crève de fin » a tirer des missiles balistiques, mais pas lui !!
    Comme ce pays propose de faire une démonstration de tir à 50 km de l’île de Guam piquée à l’Espagne, il semblerait raisonnable de ne pas trop menacer et de bien regarder pour en déduire quelque chose d’utile !! C’est juste pour montrer.
    On ne sait jamais il ne s’agit peut-être que de propagande !!

  7. retrouvé le retour 19 août 2017 à 19:42

    « Donald Trump sacrifie son conseiller Steve Bannon »
    Le Figaro et le Monde signalent encore des sacrifices humains !!! On va finir par chercher une autre solution égorger des animaux !!!

    ES une bonne adresse:
    http://oaba.fr/

  8. Joney 19 août 2017 à 21:41

    It is altogether true as initial time time of Donald Trump look some uncertainty but later on definitely it will work will
    Hmrc Login

  9. retrouvé le retour 20 août 2017 à 08:49

    « look some uncertainty » Danse avec les ânes et en plus sur un volcan !!

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