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Canada : Trudeau secoue l’Alberta, plaidant pour une fin progressive des sables bitumineux

Alors que le secteur du schiste bitumineux revient en force aux Etats-Unis – nous y reviendrons – le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a déclaré vendredi que le Canada, sixième producteur mondial de pétrole, devait “mettre un terme progressivement” à l’exploitation des sables bitumineux d’Alberta. Il intervenait lors d’une assemblée publique à Peterborough, en Ontario. Justin Trudeau a en effet entamé cette semaine une série de discussions publiques qui se tiendront d’un bout à l’autre du pays. Le Premier ministre est « mis sur le gril » par des intervenants aux questions aussi précises que directes.

Concédant qu’on ne pouvait déclarer un moratoire sur les sables bitumineux du jour au lendemain, Justin Trudeau s’est toutefois montré favorable à une fermeture progressive des mines. Il a par ailleurs ajouté que le Canada devait préparer la transition “pour rompre” sa “dépendance aux énergies fossiles“. Mais selon lui, “cela prendra du temps”.

Interrogé sur sa décision prise fin novembre 2016, d’autoriser l’augmentation de la capacité de deux oléoducs dans l’Ouest du pays, le Premier ministre canadien qu’ ”on ne peut pas choisir entre l’environnement et l’économie“. Vaste sujet qui pourraient faire réagir plus d’un écologiste … Il est vrai que la modernisation des deux pipelines devrait accroître de près d’un million de barils par jour la capacité d’exportation du pays. Ce qui est loin d’être négligeable. Selon Justin Trudeau, on peut concilier la lutte contre le réchauffement climatique et la croissance économique. Il ne précise pas toutefois quelle est sa méthode miracle pour y parvenir …

Pour rappel, conformément à ses engagements pris lors de l‘Accord de Paris – ratifié par le Canada -
de réduire les émissions canadiennes de gaz à effet de serre, le Premier ministre canadien a annoncé cet automne la mise en place d’une taxe nationale sur le carbone, laquelle sera effective en 2018, appuyé pour cela par l’Alberta, province où est concentrée l’industrie pétrolière.

Le gouvernement néo-démocrate a également présenté un projet de loi pour fixer un plafond de 100 mégatonnes de gaz à effet de serre émis annuellement par l’industrie des sables bitumineux.

Les propos de Justin Trudeau ont immédiatement provoqué l’ire du chef de l’opposition, Brian Jean. “Si M. Trudeau veut fermer les sables bitumineux d’Alberta, et ma ville d’origine, qu’il soit averti : il devra d’abord me passer dessus et sur les quatre millions d’habitants de l’Alberta“, a lancé dans un communiqué le député conservateur de Fort McMurray, capitale pétrolière du pays. Brian Jean soutient par ailleurs que cette industrie fournit des milliers d’emplois bien rémunérés et qu’elle permet de soutenir les services gouvernementaux à travers le pays. Sous entendu : l’exploitation des sables bitumineux permet de financer une partie du budget de l’Etat canadien,

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a affirmé quant à elle que l’industrie pétrolière de sa province était là pour rester. Sans mentionner directement Justin Trudeau, elle s’est toutefois faite rassurante en rappelant que de nouveaux projets d’oléoducs avaient été approuvés par le gouvernement fédéral, ajoutant que les sables bitumineux allaient renforcer l’économie de la province pour les générations à venir. La première ministre a également déclarer travailler à faire de l’Alberta «le producteur de pétrole et de gaz le plus progressiste et le plus durable au monde».

Le chef intérimaire des progressistes-conservateurs, Ric McIver, s’est dit pour sa part déçu que le premier ministre s’en prenne à la source de «milliers d’emplois qui permettent à des Canadiens à travers le pays de payer leur hypothèque».

Le chef du Parti libéral de l’Alberta, David Swann, a quant à lui invité Justin Trudeau à préciser ses propos. «Dans le climat économique actuel à l’international, l’industrie n’a pas besoin d’encore plus d’incertitude quant à son avenir », a-t-il déclaré. Ajoutant : « nous avons besoin que notre premier ministre soutienne l’industrie, le moteur économique du pays, mais aussi qu’il s’exprime clairement.»

Conciliant, il a accordé à Justin Trudeau le « droit au bénéfice du doute », lui offrant « une chance de clarifier ses remarques», rappelant « les récentes approbations d’oléoducs » faites récemment par le Premier ministre.

Reste que les sables bitumineux sont fortement critiqués en raison des coûts qu’ils induisent et des conséquences néfastes de leur extraction sur l’environnement. Présent sous forme sablonneuse dans le sous-sol de la forêt boréale, le pétrole est produit au terme d’un long processus polluant et énergivore.

A noter que ce type de production de pétrole ne s’avère rentable qu’en présence d’un prix du baril élevé. Compte-tenu du contexte actuel, en octobre et en décembre dernier, Shell puis Statoil, ont décidé de se désengager des sables bitumineux canadiens. Le marché du travail de l’Alberta a d’ores et déjà été fortement secoué par une de ses importantes de la chute du prix du pétrole.

Rappelons qu’il y a deux ans et demi, le baril de brut léger américain valait plus de 100  dollars US , avant que les cours pétroliers ne commencent leur déclin. En janvier et en février 2016, ce même baril de pétrole (le WTI pour Western Texas Intermediate) est passé sous la barre des 30 dollars  US.

L’Association canadienne des entreprises de forage pétrolier (CAODC) indique même que 2016 est l’année où il s’est foré le moins de puits en 39 ans. C’est la pire année d’activité depuis que la CAODC a commencé à recueillir les données, en 1977.

« Nous croyons que le pire est passé dans le secteur énergétique, mais peut-être pas encore dans le marché de l’emploi », estimait en décembre dernier l’économiste Todd Hirsch, observant l’existence d’un délai entre la fluctuation des prix du pétrole et les mises à pied dans l’industrie.

Le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley prévoit par ailleurs que l’Alberta sera dans le rouge à la hauteur de 10,8 milliards de dollars dans les prochains mois. Bien que les revenus du gouvernement aient augmenté récemment, en raison de la remontée des prix du pétrole, la province maintient les barèmes de son dernier budget et base ses calculs en supposant que le baril de pétrole vaille 45 $US.

Le Conference Board du Canada estime que l’incendie qui a ravagé la région en mai 2016 a réduit la production de pétrole de 1,2 million de barils par jour pendant deux semaines, ce qui a engendré des pertes approximatives de 985 millions de dollars du PIB réel de l’Alberta.

Sources : AFP, Presse canadienne

Elisabeth Studer – 14 janvier 2017 – www.leblogfinance.com

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25 commentaires

  1. retrouvé le retour 15 janvier 2017 à 14:45

    Quand on commence a “pomper” ce genre de merde, ça veut dire que l’on n’est pas loin des dernières mesures d’Adolf qui ayant du abandonner Bakou à pépé Staline cherchait a transformer le charbon en pétrole !!
    Le problème des déchets de ces “ersatz” c’est pour les Allemands de demain, la pollution des nappes d’eau fait peur!! à certains endroits on peut croire que l’on est en présence de pétrole brut !! :(
    Les attaques ” démocratiques” US et autres esclaves des Usa contre la Russie ne sont destinées qu’à une chose attaquer un jour ce pays pour les carburants fossiles.

  2. ES 2 novembre 2017 à 21:30

    Les banques continuent à financer massivement les sables bitumineux

    Trente-trois grandes banques ont accordé “plus de 115 milliards de dollars de financement” à des entreprises actives dans la production et le transport de sables bitumineux entre 2014 et fin septembre 2017, déplorent jeudi une douzaine d’ONG.

    Les financements qu’elles ont accordés à ce secteur sur les trois premiers trimestres de 2017 “sont déjà 50% supérieurs à ceux engagés en 2016″, affirment-elles dans un rapport publié à quelques jours de la 23e conférence de l’ONU sur le changement climatique, la COP23, qui s’ouvre lundi à Bonn.

    Les sables bitumineux sont décriés pour le coût économique et environnemental de leur extraction. Présent sous forme sablonneuse dans le sous-sol, le pétrole est produit au terme d’un long processus polluant et énergivore.

    “Beaucoup de grandes banques” avaient pourtant “exprimé leur soutien” à l’accord de Paris par lequel la communauté internationale s’est engagée à limiter à 2°C la hausse de la température mondiale par rapport à l’ère pré-industrielle, rappellent les ONG.

    Mais malgré ce soutien affiché, elles “continuent de financer le secteur des sables bitumineux à des niveaux bien supérieurs à ceux nécessaires pour respecter l’objectif climatique de 1,5°C à 2°C”, ajoutent-elles.

    Banktrack, Rainforest Action Network, Les Amis de la Terre France, Oil Change International figurent parmi les signataires du rapport.

    Sans surprise, les quatre banques les plus impliquées sont canadiennes (TD, RBS, CIBC, Bank of Montreal), ce pays étant engagé dans l’exploitation de sables bitumineux dans l’Ouest de son territoire. Elles sont suivies par des banques américaines et britanniques.

    Les sables bitumineux sont “très émetteurs de gaz à effet de serre, extrêmement coûteux à produire et difficilement reliés aux marchés”, rappellent les ONG.

    Ils font aussi “partie des énergies fossiles les plus dévastatrices pour le climat et les populations autochtones”, accusent-elles.

    Sur les 33 banques citées, “seules cinq ont commencé à restreindre certains financements aux projets de sables bitumineux et seules trois ont également pris des engagements portant sur les entreprises du secteur”, affirme le rapport.

    Les ONG appellent les grandes banques privées toujours impliquées dans le financement des sables bitumineux à suivre l’exemple de BNP Paribas et d’ING, “seules banques internationales à avoir adopté des politiques d’exclusion portant non seulement sur les projets mais aussi sur les entreprises du secteur”.

    (©AFP / 02 novembre 2017 18h36)

  3. retrouvé le retour 17 mars 2018 à 09:11

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/522908/les-ministres-melancon-et-kelley-s-excusent-aupres-des-premieres-nations?utm_source=infolettre-2018-03-17&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

    Les indiens du Quebec font flèches de tout bois !! Mais d’où vient donc ce pétrole de l’Alberta me semble-t-il !! :)
    Enfin comme il s’agit de critiquer le père Couillard c’est bon !!
    Mais il faut remarquer que Trump le vrai amerloque a fait dégager son pipe !! Sans mettre de gants pour les indiens situés aux US !!

  4. retrouvé le retour 24 août 2018 à 10:35

    https://www.ledevoir.com/politique/quebec/535178/magasiner-son-parti-politique

    On espère un peu moins de chefs étoilés pour le Québec !! On n’a pas besoin en cuisine électorale de cette voie lactée de suces pipes de St Claude !!! Genre le bien nommé Couillard.

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