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Un Quitaly plus probable qu’un Grexit selon des investisseurs

Elisabeth Studer Actualités, Economie 7 commentaires

Une première … bien inquiétante …. L’Italie s’avère plus « menacée » d’une sortie de la zone euro que la Grèce ! C’est en effet le résultat d’une enquête publiée mardi par le cabinet d’études allemand Sentix. Les investisseurs interrogés évaluent en effet à 9,9% la probabilité d’une sortie de l’Italie au cours des 12 prochains mois, contre 8,5% pour la Grèce.

C’est la première fois que l’Italie devance la Grèce depuis que l’enquête a débuté, en juin 2012. Ce nouveau sondage a été réalisé auprès de 1.039 investisseurs entre le 26 et 28 octobre.

Maigre soulagement : le pourcentage attribué à l’Italie est certes bien loin de la probabilité de 70% qui était attribuée à une sortie de la Grèce au cours de l’année 2012, soit au plus fort de la crise de la dette.

Mais il n’en demeure pas moins que sa situation est préoccupante.

A la fin octobre,  Fitch a abaissé de stable à négative la perspective de la note de la dette publique italienne, arguant de l’issue « très serrée » du référendum constitutionnel. L’agence de notation indique ainsi que la note qui demeure certes à l’heure actuelle à « BBB+ », pourrait être dégradée dans les prochains mois.

« L’incertitude politique et les risques à la baisse se sont accrus », affirme Fitch, qui estime qu’un échec du référendum sur une réforme constitutionnelle visant davantage de stabilité gouvernementale en Italie représenterait « un choc politique« . L’agence juge également que les révisions en hausse des prévisions de déficit budgétaire « réduisent la crédibilité des mesures de consolidation budgétaire ».

Si en avril dernier, lorsque l’agence avait rendu public sa dernière évaluation de la dette de l’Italie, le oui semblait l’emporter dans les sondages, ces derniers laissent désormais entrevoir que l’issue du référendum du 4 décembre prochain est loin d’être gagnée d’avance. Rappelons que les électeurs seront alors invités à dire s’ils approuvent la modification de la Constitution italienne qui prévoit de mettre fin au bicaméralisme parfait qui prévaut actuellement. Elle vise à réduire les pouvoirs du Sénat, qui ne pourra plus renverser le gouvernement (via la fin du vote de confiance), et à réduire le nombre de sénateurs (100 élus contre 315 aujourd’hui) qui seront élus non plus au suffrage direct mais par les conseils régionaux, désormais comptables de leurs propres dépenses. Autre mesure permettant à l‘État d‘économiser quelque 500 millions d’euros : les sénateurs ne devraient plus être rémunérés.

Le projet de loi constitutionnelle, proposé par  le chef du gouvernement italien et la coalition de centre-gauche Parti démocrate en 2014, a été approuvé par la majorité absolue des députés et des sénateurs, manquant de peu la majorité requise des deux tiers pour que le projet de loi soit adopté ; par conséquent, en vertu de l’article 138 de la Constitution, un référendum doit être organisé pour que cette réforme devienne une loi.

Si les électeurs disent oui à ce projet de loi, ce serait la plus importante réforme constitutionnelle entreprise en Italie depuis la monarchie. L’idée principale est de transformer le Sénat, qui aujourd’hui a les mêmes pouvoirs que l’Assemblée nationale italienne, en une chambre de notables désignés et non plus élus et non rémunérés.

Mais au final, donc, Matteo Renzi a commis l’erreur de lier son sort politique au résultat. Ce référendum s’est donc transformé en plébiscite pour ou contre lui. Le danger est si pressant que Matteo Renzi refuse de dire si oui ou non il démissionnera si le NON l’emportait. Il a même profité de sa présence à Washington et de sa visite à Barack Obama pour expliquer que si le non l’emportait, « ce ne serait pas une catastrophe pour l’Italie ».

Certains analystes n’hésitent pas à dire que le président du Conseil des ministres, Matteo Renzi, se retrouve exactement dans la position de David Cameron, l’ex Premier ministre britannique, avant la bataille du Brexit.
Les adversaires de Matteo Renzi – qui vont de l’opposition de droite au puissant Mouvement 5 étoiles en passant par une minorité de frondeurs au sein de son Parti démocrate – comptent sur un échec du référendum pour provoquer sa chute ou, du moins, affaiblir fortement sa position.

Moins de deux mois avant que les Italiens ne se rendent aux urnes, plusieurs économistes se sont d’ores et déjà alarmés. Dans une interview avec le journal allemand Die Welt, l’américain Joseph Stiglitz, ancien économiste en chef à la Banque mondiale et lauréat du prix Nobel d’économie, prédit même que le référendum italien « va provoquer un cataclysme » qui va pulvériser l’Union européenne.

Selon Stiglitz, l’Europe se dirige vers un «Italexit» ou Quitaly. Une situation qui selon lui peut être principalement attribué à l’euro et à la politique d’austérité allemande. Il estime que les Italiens sont de plus en plus déçus par l’euro, et qu’ils commencent à réaliser que l’Italie ne peut pas fonctionner dans l’euro ».

Sources : AFP, Euronews, France Inter, Die Welt

Elisabeth Studer –  3 novembre 2016 –  www.leblogfinance.com

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7 commentaires

  1. Elisabeth Studer 3 novembre 2016 à 21:58
  2. retrouvé le retour 4 novembre 2016 à 15:24

    « Selon Stiglitz, l’Europe se dirige vers un «Italexit» ou Quitaly. » et lui il se dirige où ? Vers le mur comme les copains !! :) Un nigaud de plus.
    Ce Monsieur est aligné directement sur les étoiles !!

  3. ES 4 novembre 2016 à 18:48

    un « nigaud » de la Banque mondiale … surement proche de Goldman Sachs … discours tout droit pour inquieter les marchés et faire chuter encore plus l’Italie …

  4. ES 4 novembre 2016 à 18:50

    En 2002, des parlementaires républicains américains, dont les deux futurs candidats à la présidentielle de 2008, John McCain et Ron Paul, dénoncent la politique des GSE (Governement Sponsored Enterprises) Fannie Mae et Freddie Mac, consistant à cautionner sur demande des Démocrates les crédits immobiliers aux ménages insolvables, ceci malgré le danger de défaillance du système bancaire que cela représente. Les deux organismes à caution publique mandatent Joseph Stiglitz pour répondre à ces attaques. Celui-ci publie un rapport15 qui conclut à leur quasi absence de risque de défaillance (1 sur 500 000 à 3 000 000), affirmant qu’ils disposent de suffisamment de capital16. Avec la garantie de l’État, le marché prospère provoquant la bulle immobilière des années 200017 et émet « des montants épiques de dette hypothécaire »18. Adossé aux produits dérivés, il sera directement responsable de la crise des subprimes de 200717.

  5. ES 4 novembre 2016 à 18:51

    Stiglitz a également joué de nombreux rôles politiques. Il a ainsi servi dans l’administration Clinton comme responsable du Council of Economic Advisers (trio de conseillers économiques) de 1995 à 1997. Il a par la suite été vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale de 1997 à 2000. Il n’en critiquera pas moins fortement cette institution par la suite, ainsi que le Fonds monétaire international.

  6. retrouvé le retour 4 novembre 2016 à 23:56

    Et wouiii, il va droit contre le mur et en plus sans attacher sa ceinture !! Le Brexit c’est trop et maintenant l’élection de Donald le canard boiteux trop trop !! Tout faux l’appareil de propagande à contre pieds !!

  7. retrouvé le retour 5 novembre 2016 à 10:44

    Ceux qui ne comprennent pas que tout transfert dans la zone $ risque d’être sans retour ne sont pas dangereux si ils perdent leurs billes. Mais comme encore une fois se sont nos banques qui « investissent » en fausse monnaie, la suite ne sera pas glorieuse.

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