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L’Iran met la pression sur les Etats-Unis pour pouvoir acquérir des Airbus et Boeing

L’Iran redouble d’efforts en vue de pouvoir développer sa flotte aérienne civile. Alors qu’en juin dernier, Téhéran avait déclaré qu’il se préparait à lancer un hub financier sur l’île de Qeshm, afin de faciliter les transactions financières overseas du pays, les autorités iraniennes ont demandé dimanche aux Etats-Unis de lever les derniers obstacles empêchant l’exportation vers la république islamique d’avions de ligne. Des transactions qui demeurent freinées à l’heure actuelle par le maintien de sanctions américaines prises à l’encontre de l’Iran en guise de représailles pour son programme nucléaire controversé.

Depuis la levée des sanctions internationales à l’été 2015, Téhéran a indiqué qu’il souhaitait renouveler et développer sa flotte commerciale aérienne, prévoyant dans un premier temps d’acheter plus de 200 appareils auprès des constructeurs Airbus et Boeing pour une somme équivalent à 50 milliards de dollars au prix catalogue. Mais les négociations avec les deux constructeurs sont tributaires d’un feu vert du département américain du Trésor – de nombreux composants américains entrent dans la production des appareils – qui se fait attendre. Les adversaires de l’accord avec Téhéran au sein du Congrès Us redoutent en effet que des avions civils ne soient utilisés à des fins militaires, dans le transport de troupes notamment.

« Nous négocions avec tous ces grands noms. Il y a beaucoup d’obstacles mais je suis certain que puisque nous avons respecté toutes les règles et régulations internationales, ces problèmes seront tous réglés », a déclaré le ministre iranien des Routes et du Développement urbain, Abbas Akhoundi, lors d’une conférence mondiale sur l’aviation organisée à Téhéran.
Selon son adjoint, le vice-ministre Asghar Fakhrieh Kashan, les licences d’exportation pourraient être accordées dans les prochaines semaines par l’administration américaine. Initialement attendues pour la fin août, elles ont été repoussées d’un mois. Cet accord permettrait l’acquisition par l’Iran d’appareils construits par Boeing, d’Airbus et ATR. Au total, les autorités iraniennes estiment qu’il leur faudra au moins 400 avions pour renouveler et accroître leur flotte commerciale, dont 250 sur les dix prochaines années.

L’Iran et Airbus peinent à obtenir l’autorisation des autorités américaines pour l’achat de plus d’une centaine d’appareils auprès du constructeur aéronautique. Boeing pourrait quant à lui devoir affronter de telles difficultés pour pouvoir vendre ses avions à la compagnie IranAir.

Malgré la levée en janvier dernier des sanctions économiques prises à l’encontre de l’Iran compte-tenu de sa volonté de poursuivre son programme nucléaire controversé, les entreprises mondiales se plaignent toujours des difficultés à commercer avec le pays, en raison de craintes persistantes d’éventuelles actions punitives américaines à l’encontre de ces transactions.

La restriction des banques US d’opérer une quelconque transaction en dollar avec l’Iran constitue un obstacle majeur freinant tout particulièrement les affaires avec Téhéran. De telles mesures découragent en effet les entreprises internationales de s’attaquer au marché iranien, les paiements en dollars étant susceptibles d’obtenir l’aval du système bancaire américain.

A maintes reprises l’Iran a réitéré ses critiques envers les Etats-Unis pour leur volonté de maintenir les restrictions relatives au dollar. En juin dernier, Mohammad Javad Zarif, le Ministre des Affaires Etrangères iranien a ainsi  déclaré que Washington devait faire davantage en vue d’encourager les banques à traiter avec l’Iran, le vice-ministre iranien des Transports Asghar Fakhrieh Kashan indiquant pour sa part que l’accord entre Téhéran et le constructeur européen attendait toujours l’autorisation des Etats-Unis.

« Nous avons discuté avec Airbus des canaux pour le financement qui ont été définis. Des banques sont prêtes à apporter le financement, mais Airbus a du retard pour obtenir l’autorisation des Etats-Unis » pour conclure le contrat, avait ainsi déclaré M. Kashan, espérant que l’aval serait obtenu « d’ici fin juin ». Airbus doit en effet obtenir l’accord de l’OFAC (Bureau américain pour le contrôle des avoirs étrangers) qui dépend du Trésor US, plus de 10% des composants des Airbus étant d’origine américaine.

Selon le site spécialisé Aviation Daily, John Leahy, directeur commercial d’Airbus, s’est récemment inquiété des dangers menaçant l’accord. « Nous devons avoir un système bancaire international fiable » pour éviter que l’accord ne soit compromis, a-t-il ainsi déclaré à Aviation Daily. Ajoutant que la question du financement devait être résolue dans les prochains mois, faute de quoi il n’y aura pas d’accord. Selon lui, « les banques sont très timides » pour faire des affaires avec l’Iran, notamment par crainte de mesures punitives américaines. Le vice-ministre iranien des Transports avait quant à lui rappelé que le protocole d’accord était de type location-vente et que les fonds devaient provenir de financements bancaires.

Mais si en vue de pouvoir vendre des appareils sur le marché iranien, Boeing et Airbus doivent certes obtenir des licences d’exportation de la part des autorités américaines, leurs appareils utilisant des technologies US, si l’on en croit des experts du secteur, même en cas d’obtention de ces précieuses licences, la mise en oeuvre des contrats devrait prendre du temps en raison des incertitudes sur le financement, les entreprises iraniennes restant pour l’instant privées de tout accès au système financier américain.

En avril dernier, le président exécutif du conseil d’administration du constructeur aéronautique canadien Bombardier, Pierre Beaudoin, s’est rendu en Iran, en vue notamment de discuter  de la création d’une compagnie aérienne privée dans le sud du pays. À Téhéran, M. Beaudoin a ainsi rencontré des responsables de l’Autorité de la zone franche de Qeshm, alors que directeur de cette région, Hamid Reza Momeni, avait préalablement déjà déclaré qu’il souhaitait équiper l’île d’une compagnie aérienne privée.

Si la zone franche avait déjà indiqué qu’elle souhaitait mettre en place une compagnie privée régionale cette année, le  porte-parole de la région, Morteza Sheikhzadeh, avait  confirmé en avril dernier à Radio-Canada qu’il y avait une « compréhension de base pour la création d’une compagnie aérienne privée à Qeshm ».

Sources : Reuters, PressTV.IR, Bloomberg, AFP, Radio-Canada

Elisabeth Studer – 18 septembre 2016 – www.leblogfinance.com

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4 commentaires

  1. Elisabeth Studer 19 septembre 2016 à 11:05

    on en reparle
    ——————
    Airbus : l’Iran aurait trouvé un accord avec une société de leasing

    Airbus : l’Iran aurait trouvé un accord avec une société de leasing
    Publié le 19/09/2016 à 09h42
    (Boursier.com) — L’arrivée d’Airbus en Iran semble se préciser. En dépit des nombreux obstacles (notamment américains) empêchant l’exportation d’avions de ligne vers la république islamique, Téhéran aurait trouvé un accord de financement de 10 milliards de dollars avec une société de leasing. Bloomberg, qui cite le ministre iranien des transports, Asghar Fakhrieh Kashan, ne précise pas le nom ni la nationalité du groupe en question, mais indique que l’accord devrait être officialisé dans les prochains jours. Les autorités iraniennes estiment qu’il leur faudra au moins 400 avions pour renouveler et accroître leur flotte commerciale, dont 250 sur les dix prochaines années.

  2. Elisabeth Studer 23 novembre 2016 à 22:06

    Washington donne son feu vert à la vente d’Airbus en Iran
    Le Trésor américain a octroyé à Airbus une autorisation indispensable pour cette vente. Même si Airbus est un groupe européen, les produits vendus à l’Iran équipés à plus de 10% de matériels américains doivent recevoir le feu vert des Etats-Unis.
    Les Etats-Unis ont accordé à Airbus une seconde licence pour la vente d’appareils à l’Iran permettant à l’avionneur de poursuivre les négociations sur la finalisation de l’accord conclu en janvier, a indiqué mardi Airbus.

    « Nous confirmons que nous avons reçu notre seconde licence de l’OFAC (l’Office pour le contrôle des avoirs étrangers qui dépend du Trésor américain, ndlr) dans le cadre du protocole d’accord signé en janvier 2016 à Paris », a indiqué à l’AFP Airbus interrogé à la suite d’informations de presse. « Cela nous permet de poursuivre les négociations avec Iran Air sur la finalisation de l’accord d’acquisition », a ajouté le constructeur précisant qu’il ne ferait aucun autre commentaire sur ces négociations.

    Protocole d’accord pour 118 appareils
    En septembre une première licence avait été accordée à Airbus pour la vente de 17 moyen-courriers A320 et des long-courriers A330. La seconde licence couvre le reste de la commande, selon une source proche du dossier. La compagnie nationale iranienne Iran Air avait signé en janvier un protocole d’accord avec Airbus pour l’achat de 118 appareils pour un montant de 10 à 11 milliards de dollars. Pour sa part, Boeing avait conclu en juin un protocole d’accord pour la vente de près de 110 appareils. Les deux sociétés devaient obtenir l’accord du Trésor américain pour finaliser les contrats.

    En vertu de l’accord conclu en juillet 2015 sur le programme nucléaire iranien avec les grandes puissances, une partie des sanctions économiques imposées à l’Iran a été levée depuis mi-janvier, permettant notamment une reprise de ses exportations de brut et une accélération de ses échanges commerciaux avec l’UE.

    Les licences accordées par l’OFAC vont permettre d’entamer la modernisation de la flotte aérienne de l’Iran, même si aucun calendrier n’a été donné pour les livraisons des appareils.

    (Avec AFP)

  3. ES 11 décembre 2016 à 19:43

    Iran Air et Boeing signent leur plus gros contrat depuis près de 40 ans

    ajoute communiqué de Boeing

    TÉHÉRAN (awp/afp) – La compagnie nationale Iran Air et l’avionneur américain Boeing ont signé dimanche à Téhéran leur plus gros contrat depuis près de 40 ans, portant sur l’achat de 80 appareils destinés à remplacer une flotte iranienne vieillissante.

    Ce contrat, le plus important depuis la révolution islamique de 1979 en Iran, porte sur l’achat de 50 Boeing 737 et de 30 Boeing 777 long-courriers, selon le PDG de la compagnie nationale, Farhad Parvaresh, cité par l’agence de presse officielle Irna. Ils « seront livrés à Iran Air sur une période de dix ans », a-t-il précisé.

    La signature de ce contrat, après plusieurs mois de négociations, intervient en pleine procédure de renouvellement à Washington de certaines sanctions américaines contre l’Iran pour dix ans. Le maintien des sanctions a été voté par la Chambre des représentants et le Sénat, et doit encore être approuvé par le président sortant Barack Obama.

    En septembre, Boeing et Airbus avaient toutefois obtenu le feu vert des Etats-Unis pour vendre des avions neufs à l’Iran.

    La valeur du contrat est de 16,6 milliards de dollars (15,7 milliards d’euros), selon Irna qui a précisé que la signature entre représentants de Boeing et d’Iran Air avait eu lieu en présence du ministre iranien des Transports, Abbas Akhoundi.

    « L’accord d’aujourd’hui va permettre de soutenir des dizaines de milliers d’emplois américains directement liés à la production et la livraison des 777-300ER » et « près de 100.000″ dans le secteur aéronautique à plus long terme, a estimé pour sa part la direction de Boeing dans un communiqué.

    Le ministre iranien des Transports a indiqué que l’acquisition des ces nouveaux avions permettrait d’ajouter « 50.000 sièges » à la flotte iranienne, « première étape importante » de sa « modernisation ».

    L’Iran doit également conclure un contrat avec Airbus, concurrent européen de Boeing, portant sur l’achat d’une centaine d’appareils, car le pays aura besoin de 400 à 500 avions de ligne dans la prochaine décennie, selon l’Organisation iranienne de l’aviation civile.

    Outre Boeing et Airbus, l’Iran a déjà annoncé la commande de 40 avions au groupe français ATR, 50 au brésilien Embraer, 20 autres au japonais Mitsubishi.

    - Accord nucléaire décisif -

    Airbus et Boeing avaient entamé des négociations avec l’Iran juste après la conclusion de l’accord nucléaire de juillet 2015 entre Téhéran et six grandes puissances, dont les Etats-Unis.

    Cet accord historique a permis d’alléger dès janvier l’embargo économique international contre l’Iran.

    Mais le renouvellement du régime des sanctions américaines – qui a lieu tous les dix ans depuis 1996 – a provoqué la colère à Téhéran où l’ensemble des plus hauts dirigeants ont promis de répondre de façon « très dure », sans toutefois indiquer de quelle manière.

    Parmi eux, le guide suprême d’Iran, Ali Khamenei qui, en juin, s’était demandé si l’achat de nouveaux avions était vraiment « une priorité » pour son pays dont l’économie stagne et où le chômage frappe environ 11% de le population active, en majorité des jeunes.

    Si les Etats-Unis ont suspendu les sanctions anti-iraniennes liées au nucléaire, ils en imposent d’autres liées au non-respect des droits de l’Homme par Téhéran, à son soutien au « terrorisme » et à son programme de missiles balistiques.

    Les dirigeants iraniens estiment que le renouvellement des sanctions américaines va à l’encontre de l’esprit de l’accord de 2015, par lequel Téhéran a limité son programme nucléaire en échange d’une levée partielle de sanctions imposées par les Etats-Unis et d’autres pays.

    Les sanctions américaines pénalisent le secteur bancaire iranien ainsi que les industries de l’énergie et la défense. De ce fait, les retombées économiques de l’accord nucléaire ont été beaucoup moins prometteuses qu’espéré par l’Iran.

    bur-stb/iw/az

  4. Elisabeth Studer 22 décembre 2016 à 16:40

    L’Iran conclut une méga-commande ferme de 100 avions Airbus

    Paris – La compagnie nationale Iran Air a conclu jeudi une commande ferme de 100 appareils du constructeur Airbus pour un montant d’environ 20 milliards de dollars au prix catalogue et indiqué que les livraisons commenceraient début 2017, a annoncé l’avionneur européen.

    La commande, qui fait suite à un engagement signé en janvier à Paris, couvre 46 moyen-courrier A320, 38 long-courrier A330 et 16 A350, selon un communiqué d’Airbus. Un porte-parole du groupe a précisé que ce contrat représente environ 20 milliards de dollars au prix catalogue.

    L’accord de janvier portait sur 118 appareils dont 12 A380, pour un montant global évalué à plus de 25 milliards de dollars. Le volet sur les A380 a été abandonné car l’aéroport de Téhéran n’est pas aménagé pour ce très gros porteur, selon une source proche du dossier.

    Nous espérons que ce succès signale(ra) au monde que les objectifs commerciaux de l’Iran et de ses homologues sont mieux atteints avec la coopération internationale, a déclaré Farhad Parvaresh, patron d’Iran Air, cité dans le communiqué.

    Notre accord global inclut l’entraînement des pilotes, la gestion des opérations aéroportuaires et du trafic aérien. Il représente une étape significative dans la modernisation du secteur iranien de l’aviation commerciale, a de son côté déclaré, le patron d’Airbus, Fabrice Bregier.

    Iran Air et l’avionneur américain Boeing ont signé le 11 décembre à Téhéran leur plus gros contrat depuis près de 40 ans, portant sur l’achat de 80 appareils destinés à remplacer une flotte iranienne vieillissante. Ce contrat a une valeur de 16,6 milliards de dollars.

    Le pays aura besoin de 400 à 500 avions de ligne dans la prochaine décennie, selon l’Organisation iranienne de l’aviation civile.

    En septembre, Boeing et Airbus avaient obtenu le feu vert des Etats-Unis pour vendre des avions neufs à l’Iran. Ils avaient entamé sans attendre des négociations juste après la conclusion de l’accord nucléaire de juillet 2015 entre l’Iran et six grandes puissances, dont les Etats-Unis.

    Cet accord historique a permis d’alléger dès janvier dernier l’embargo économique international contre l’Iran.

    dlm-pan/fka/blb/mr

    AIRBUS GROUP

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