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Barroso nouvelle recrue de Goldman Sachs … après Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos, l’Europe aux mains de la finance US ?

Le monde aurait-il enfin ouvert les yeux ? Nombreux sont les politiques qui poussent des cris d’orfraie à l’annonce de l’embauche de l’ex-président de la Commission européenne, José Manuel Barroso par la sulfureuse banque Goldman Sachs. Pourtant les passerelles entre ce monstre de la finance mondiale et les milieux politiques européens sont nombreuses. Certes, jusqu’à présent le passage était réalisé dans l’autre sens, s’agissant de hauts responsables de la banque placés par la suite à des postes stratégiques au sein des institutions européennes. La toile se tissant ainsi beaucoup plus discrètement.

Samedi, les critiques se sont multipliées à l’encontre de José Manuel Barroso tant en France qu’au Portugal.

Dans l’Hexagone, plusieurs voix de gauche, y compris au sein du gouvernement, ont protesté contre son embauche par Goldman Sachs, pointant notamment le rôle de cette dernière dans la crise des subprimes en 2008, rappelant qu’elle avait aidé, au début des années 2000, l’Etat grec à masquer ses déficits en vue de rester dans l’euro. Rappelons à cet égard que l’ancien premier ministre du Portugal de 2002 à 2004 a occupé la présidence de la Commission européenne de 2004 à 2014. “Desservir les citoyens, se servir chez Goldman Sachs: #Barroso, représentant indécent d’une vieille Europe que notre génération va changer”, a ainsi déclaré dans un tweet le secrétaire d’Etat français au Commerce extérieur, le socialiste Matthias Fekl.

Plus globalement, les eurodéputés PS français ont eux jugé “scandaleux” ce qu’ils considèrent comme un “nouveau pantouflage, qui ressemble fort à un conflit d’intérêt”. “Nous exigeons une révision des règles pour empêcher de tels recrutements d’anciens Commissaires européens”, ont-ils écrit dans un communiqué.

Au Portugal, l’indignation est également de mise au sein du le parti socialiste au pouvoir et de ses alliés de la gauche radicale. “Cette nomination montre que l’élite européenne dont fait partie Barroso n’a aucune honte”, a ainsi déclaré Pedro Felipe Soares, chef de file parlementaire du Bloc de gauche.

“Après avoir passé plus de trente ans dans la politique et le service public, c’est un défi intéressant et stimulant qui me permet d’utiliser mes compétences dans une institution financière mondiale “, a expliqué pour sa part M. Barroso à l’hebdomadaire portugais Expresso. Ajoutant : “si l’on reste dans la vie politique, on est critiqué pour vivre aux crochets de l’Etat, si l’on va dans le privé, on est critiqué pour tirer profit de l’expérience acquise dans la politique”. La Commission européenne a tenu quant à elle à rappeler que José Manuel Barroso n’avait enfreint aucune règle, rien n’obligeant les anciens membres de ladite Commission à rendre des comptes au delà d’un délai de 18 mois après la fin de leur mandat.

La presse française estime quant à elle cette nomination tombe au plus mal. “L’image de l’Union européenne qui n’est pas folichonne en ce moment, n’avait pas besoin de cela”, écrit ainsi samedi L’Obs. “C’est, au pire moment, un symbole désastreux pour l’Union et une aubaine pour les europhobes”, estime pour sa part  Libération, qui dénonce sur son site internet un “bras d’honneur à l’Europe”.

La présidente du parti d’extrême droite Front national, Marine Le Pen, a d’ailleurs estimé sur Twitter que la nouvelle n’avait “rien d’étonnant pour ceux qui savent que l’UE ne sert pas les peuples mais la grande finance”.

Mais avouons tout de même que les politiques français et portugais auraient pu ouvrir les yeux bien avant …

Ainsi en septembre 213, alors que certains restaient dubitatifs face à la politique menée par la Banque Centrale Européenne, cette dernière n’excluant pas de lancer une nouvelle opération de refinancement à plus long terme (LTRO) avec pour objectif – affiché – d’éviter que les taux du marché monétaire ne remontent à un niveau favorisant l’inflation, on était d’ores et déjà en droit de s’interroger … La pratique d’une telle politique en zone euro pouvant permettre au final de dessiner un arbre susceptible de cacher la forêt des difficultés financières US … Voire pourrait jouer en la faveur de la monnaie américaine via son impact sur la parité euro/dollar.

Or, avions-nous préciser, si Mario Draghi est avant tout connu du grand public à l’heure actuelle en tant que Président de ladite BCE, il n’en demeure pas moins un « ancien » de la sulfureuse banque Goldman Sachs, laquelle exerce un pouvoir majeur sur la finance US voire mondiale compte-tenu de ses tentacules déployées de part le monde. Autre élément de taille : les Etats-Unis se trouvaient alors de nouveau au pied du mur, ou plutôt de la falaise budgétaire, à quelques jours d’une échéance déterminante. Laquelle pourrait conduire le pays déjà en fort mauvaise posture économiquement et financièrement parlant à une nouvelle crise budgétaire.

Quelques jours auparavant, Barack Obama a ainsi estimé que l’intransigeance de ses adversaires républicains risquait une nouvelle fois de provoquer un catastrophique défaut de paiement. Delà à ce que la politique menée actuellement par la BCE … serve au final les Etats-Unis, il n’y a peut-être qu’un pas …

Pas totalement irraisonnable d’y penser quand on sait que Mario Draghi ne fut ni plus ni moins vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe durant la période 2002-2005.
Mieux encore : devenu « associé », il est chargé des  « entreprises et pays souverains ». Une fonction qui le conduit tout droit à remplir une mission de toute première importance. A savoir : multiplier le nombre d’acquéreurs d’une pilule supposée miracle mais devenue à terme très difficile à avaler : le produit financier dénommé « swap » … lequel aura notamment pour « avantage » de permettre de dissimuler en partie de la dette souveraine. Une « solution «  de toute première importance quand il s’agit d’afficher des comptes grecs en bien meilleure santé que dans la « vraie vie ».

En février 2010, alors que certaines rumeurs laissaient entendre que des banques américaines – et non des moindres – pourraient être derrière les spéculations visant la Grèce, le New York Times affirmait de son côté que des banques de Wall Street – telles que Goldman Sachs - auraient usé d’instruments financiers complexes en vue « d’aider » Athènes à dissimuler l’ampleur de sa dette. Des montages, précisait le journal, « de même ordre que ceux qui ont été à l’origine de la crise financière outre-Atlantique »
Selon le New York Times, citant « des personnes au courant de la transaction« , un montage élaboré par Goldman Sachs aurait ainsi permis en 2001 d’aider le gouvernement grec à emprunter des milliards. Un « soutien » qui serait intervenu quelques temps après l’adhésion d’Athènes à l’Union monétaire européenne. Sous la forme d’une transaction sur devises, et non d’un prêt, l’opération aurait pu ainsi être tenue éloignée des yeux du public. Une méthode qui en diminuant de facto le montant officiel des emprunts contractés par la Grèce aurait également trompé les régulateurs et les investisseurs sur la réalité de l’endettement du pays.
L’action de la banque américaine aurait donc permis à Athènes de respecter les règles édictées par Bruxelles en matière de déficit …. tout en continuant de vivre au-dessus de ses moyens. Goldman Sachs n’ayant rien d’un philanthrope, la banque aurait rémunéré ses « services » à hauteur de quelque 300 millions de dollars. C’est en tout cas ce qu’affirmait alors le NYT citant « plusieurs banquiers au courant de la transaction« . Moyennant le versement d’argent frais, le gouvernement grec aurait gentiment accepté de rétrocéder certains de ses revenus à venir, comme des taxes d’aéroports ou des recettes du loto.

Le journal précisait encore que début novembre 2009, une équipe de Goldman Sachs, dirigée par son président Gary Cohn, se serait rendue à Athènes en vue de lui proposer un autre montage financier, une sorte de méthode « miracle » pour s’affranchir à moyen terme du poids de la dette sociale. Le mécanisme n’ayant toutefois pas été retenu.
Certains affirmaient également alors que des banques US pourraient tirer les ficelles, histoire de plomber la zone euro. ….. et de pouvoir proposer à terme à la Grèce des emprunts à des taux prohibitifs.

Mieux encore, en novembre 2011, un article du Monde – lequel est loin d’être réputé comme un journal conspirationniste – confirmait mes « impressions » premières d’éventuelles « accointances » entre les nouveaux dirigeants italiens et grecs de cette période et les « grands » de ce monde … ou plutôt des financiers qui tirent actuellement les ficelles sur notre planète … et en tout premier lieu Goldman Sachs. Un article du Monde révélait en effet à cette date  que le nouveau président de la Banque centrale européenne  Mario Draghi,  le nouveau Président du conseil italien Mario Monti et le nouveau premier ministre grec  Lucas Papadémos  appartenaient à ce que l’on surnomme le   »gouvernement Sachs » européen.

Si Mario Draghi fut ni plus ni moins vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe durant la période 2002-2005, Mario Monti  était à cette date quant à lui  conseiller international de Goldman Sachs depuis 2005. Le journal italien « Il Fatto Quotidiano », repris par Courrier International, parlait même de ce fait de « gouvernement Napolitano-Monti-Goldman Sachs « , rappelant alors que depuis six ans, Mario Monti était conseiller pour la banque américaine en qualité de membre du Research Advisory Council du Goldman Sachs Global Market Institute.

Lucas Papadémos fut pour sa part gouverneur de la Banque centrale grecque entre 1994 et 2002. A ce titre, il a lui aussi collaboré à l’opération de falsification des comptes réalisée par Goldman Sachs.

Sources : Le Monde, AFP, Reuters, Courrier International, Il Fatto Quotidiano, Bloglibé, NYTimes

Elisabeth Studer – 09 juillet 2016 – www.leblogfinance.com

A lire également :
Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos : le nouveau trio infernal de Goldman Sachs ?

Portugal : quand l’austérité prônée par FMI et UE mène à des lois anti-constitutionnelles

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27 commentaires

  1. Elisabeth Studer 2 novembre 2016 à 00:36

    Barroso/Goldmans Sachs: pas d’infraction mais manque de jugement, pour le comité d’éthique de l’UE

    Bruxelles – L’ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso n’a pas violé les règles d’intégrité et de réserve de l’UE en acceptant un poste à la banque d’affaires Goldman Sachs, mais son choix peu judicieux, a estimé le comité d’éthique de l’UE dans un avis publié lundi.

    Sur la base des informations fournies par M. Barroso dans une lettre adressée au président (de la Commission) Juncker, et considérant le Code de conduite pour les commissaires, il n’y a pas d’éléments suffisants pour établir une violation du devoir d’intégrité et de réserve, conclut le comité, dont l’avis est non-contraignant.

    Il avait été saisi en septembre par la Commission elle-même face à la vague d’indignation déclenchée par l’arrivée de l’ex-chef de l’exécutif européen (2004-2014) chez Goldman Sachs, institution vilipendée pour son rôle supposé dans le déclenchement de la crise des subprimes et celle de la dette grecque.

    M. Barroso aurait dû être conscient et informé qu’en agissant ainsi, il déclencherait des critiques et risquerait de nuire à la réputation de la Commission, et de l’Union en général, soulignent les rapporteurs du comité dans leur avis.

    Le comité a bien considéré le fait que M. Barroso n’a pas fait preuve du bon jugement que l’ont pourrait attendre de quelqu’un qui a occupé un poste à haute responsabilité pendant de si longues années, mais n’a pas pu établir d’entorse au règlement.

    Il ne revient pas au comité de savoir si le Code est suffisamment strict, est-il encore précisé.

    La tempête médiatique est certainement une indication pertinente, mais pas suffisante en elle-même pour conclure que les règles éthiques ont été violées, poursuit le rapport, qui note que Goldman Sachs opère dans le respect des lois.

    Les nouvelles fonctions auxquelles le Portugais est appelé auront certainement un lien avec son précédent mandat à la tête de la Commission, reconnait le comité, d’autant que M. Barroso a dû s’atteler à réformer le secteur bancaire en pleine crise.

    Les règles imposent une période de refroidissement de 18 mois aux anciens commissaires, durant laquelle ils doivent demander une autorisation à leur ancien employeur pour rejoindre un groupe privé. Et cette période a été respectée, rappelle le comité.

    Plus d’un an et demi s’est en effet écoulé depuis le départ de Bruxelles de M. Barroso, en novembre 2014.

    La Commission européenne actuelle va maintenant se donner le temps d’examiner les conclusions du comité.

    Dans un souci de transparence, et comme nous l’avons promis, la Commission européenne a publié cette opinion sur notre site web. Nous allons maintenant (l’)examiner attentivement avant de prendre une éventuelle décision sur des mesures de suivi appropriées, a déclaré lundi le porte-parole en chef de l’exécutif européen Margaritis Schinas, lors d’un point presse.

    (©AFP / 31 octobre 2016 13h26)

  2. retrouvé le retour 2 novembre 2016 à 01:08

    “pas d’infraction mais manque de jugement”
    On verra, bientôt !! Encore un futur “immigré de Koblenz” ou mieux de Washington !!
    La bande des trois Bush, Blair et Barroso préparant un “nouveau Moyen Orient” !! Carcan pour ces Messieurs, Kouchner, madame Christine épouse Kouchner (qui bavase à la télé), Sarko, Juppé (Libye) Fabius (Syrie) etc ..

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