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Grèce : les pharmacies malades de l’ultra libéralisme voulu par la troïka

L’agence grecque du médicament a annoncé cette semaine l’interdiction temporaire d’exporter 73 types de médicaments. Objectif affiché : éviter toute pénurie découlant des restrictions financières imposées en Grèce à la suite du plan d’austérité drastique demandé par ses créanciers.

Cette crainte d’une pénurie de médicaments est en effet directement liée aux contrôles de capitaux imposés en Grèce depuis le 29 juin dernier, lesquels contraignent les transactions avec l’extérieur en vue de se prémunir contre une défaillance généralisée du système financier grec, et éviter des sorties massives de capitaux.

“Dans le but de protéger la santé publique, une mesure d’urgence interdit de manière temporaire l’exportation de 73 types de médicaments, a ainsi annoncé l’agence EOF dans un communiqué. ”Cette décision prend effet immédiatement et tant que cette mesure sera en vigueur, l’accumulation à des fins de stockage de ces médicaments sera interdite”, a-t-elle précisé. Parmi les médicaments concernés figurent des traitements du diabète et de l’asthme, ainsi que des vaccins (polio, hépatite, varicelle).

L’insuline, molécule indispensable au traitement des diabétiques est, avec les médicaments contre le cancer, celle qui fait le plus cruellement défaut dans le pays, selon Benaouda Abdeddaïm, envoyé spécial à Athènes pour BFM Business.
Cerise sur le gâteau, depuis l’instauration du contrôle des capitaux dans le pays, le 29 juin, les Grecs doivent obtenir la permission d’un comité pour tout achat de produits étrangers. Ce groupe réunissant un membre du Trésor, un de la Banque de Grèce, des syndicats et des banques privées, est chargé d’allouer les réserves aux importations prioritaires. Les responsables d’entreprises qui font venir de l’étranger certaines de leurs matières premières doivent contacter ce comité pour passer commande. Le principe est le même pour l’achat de médicaments, fabriqués pour la plupart hors du pays. Certes, les requêtes pour ce type de produits bénéficient d’un traitement prioritaire, mais le processus demeure long.

Déjà, en mars dernier, le journal Le Figaro faisait état d’une pénurie de médicaments en accélération. Ajoutant alors que pour tenter de servir leurs clients, la plupart des pharmaciens avaient recours à des plates-formes de réseaux sociaux et faisaient appel à ceux qui ont encore du stock.

Mais selon certains membres de la profession, il pourrait bien s’agir d’un cercle vicieux : la population n’ayant pas d’espèces pour payer ses médicaments, pas plus que les caisses d’assurance-maladie, les pharmaciens ne peuvent passer commandes, car il est indispensable de tout prépayer aux laboratoires pharmaceutiques pour une pharmacie grecque.

Les laboratoires – étrangers le bien plus souvent – n’acceptent d’envoyer leurs produits dans le pays qu’à condition qu’ils soient payés immédiatement, et en cash, et ce, au même titre que n’importe quelle entreprise étrangère. Désormais, ils ne livrent plus qu’au compte-goutte, puisque depuis plusieurs semaines maintenant, chaque Grec ne peut plus retirer que 60 euros de liquide par jour.

Certains pouvant bien évidemment en profiter pour créer un véritable marché parallèle de ces biens précieux produits … à moins que cela ne soit déjà fait … au plus grand bonheur des laboratoires pharmaceutiques et/ou intermédiaires qui pourraient ainsi relever leurs tarifs destinés à la clientèle la plus aisée … ou la plus nécessiteuse en terme de soins. A moins qu’une telle situation ne soit propice à une libéralisation du marché tant souhaité par la troïka et ses laboratoires pharmaceutiques … Ce qui semble être le cas …

En mars 2014, le journal La Tribune indiquait pour sa part que selon l’OCDE, la Grèce serait l’un des rares pays de l’UE fixant les prix pour les médicaments, comme l’aspirine, au niveau national et en limitant la distribution dans les établissements autorisés.

Ajoutant alors que la réglementation limite actuellement la propriété des officines aux pharmaciens, chaque diplômé ne pouvant par ailleurs n’en posséder qu’une seule. Les implantations sont elles aussi réglementées, ainsi que les heures d’ouverture. Au final, prévalait à cette date une législation assez stricte en la matière … de nature à éloigner la concurrence.

Mais relevait alors la Tribune, depuis que l’Union européenne aide financièrement la Grèce, la troïka (Commission européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne) a émis le souhait de voir la législation s’assouplir en la matière, et notamment réduire les restrictions sur la vente libre des médicaments, dans d’autres types de magasins, comme les supermarchés … histoire de s’y implanter plus facilement ? ….

La concurrence fait baisser les prix , ce qui permettra d’augmenter les ventes et donc de donner un coup de pouce à l’économie du pays, arguait alors la troïka. Mélangeant allègrement médicaments – parfois vitaux – et biens de consommation courante … dans la bataille.

Selon le site Quartz, relayé par la Tribune, les pharmaciens grecs estimaient alors qu’il s’agirait d’une véritable “menace existentielle” pour une grande majorité d’entre eux. Une telle modification des règles se traduirait selon eux par la fermeture de quelque 11.000 pharmacies et de nombreuses pertes d’emploi.

Mercredi15 juillet, emboîtant le pas aux principales administrations, les pharmacies grecques sont restées fermées, leurs propriétaires souhaitant ainsi protester contre la déréglementation du secteur, prévue par les nouvelles mesures imposées par la troïka …. Lesquelles devraient autoriser la vente de médicaments hors ordonnance par les supermarchés, et permettre l’ouverture de pharmacie par des non-diplômés, dès lors qu’au moins un des salariés de l’établissement a fait des études de pharmacien.

Sources : EOF, AFP, Le Figaro, La Tribune, BFM, Quartz

Elisabeth Studer – 19 juillet 2015 – www.leblogfinance.com

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5 commentaires

  1. retrouvé le retour 20 juillet 2015 à 12:07

    C’est l’été les vacances, le soleil doux ou d’aoüt, ES est partie en laissant involontairement une adresse.

    L’Ouganda ex-Idi Amin dada fait chauffer un coup d’état militaire pour que cet ex-petit royaume Tutsi puisse parler enfin anglais, et faire parti du Commonwealth comme ces copains du Rouanda !! Combien de mort à prévoir pour mettre cette merde US en place? Pas de garantie non plus pour la suite avec la crise qui se met en place tranquillement sur le sol US. Les règlements de compte ne vont pas se limiter à l’Afrique !!

    http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/445520/burundi-a-deux-jours-de-la-presidentielle-les-pourparlers-sont-interrompus

  2. Elisabeth S 20 juillet 2015 à 12:21

    pas partie, pas laissé d’adresse ….

  3. retrouvé le retour 20 juillet 2015 à 21:15

    Désolé, ça devait-être une erreur !! ;)

  4. Elisabeth Studer 20 juillet 2015 à 21:25

    certes, j’aurai pu partir en Crète … mais j’ai flairé que cela pouvait etre un mauvais plan ….

  5. retrouvé le retour 21 juillet 2015 à 11:58

    Non je pensais Afrique pas trop loin !!

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