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Pentagone : baisse des effectifs de l’US Army pour mieux financer drones et autres armements ?

La guerre passerait-elle désormais par la guerre économique, les réseaux téléphoniques et internet … et non par les combats de terrain ? Une batterie de drones pouvant également s’avérer plus « efficace » et plus discrète qu’un groupe de militaires ? Qui sait … A moins que le discours officiel US ait avant tout pour objectif de ne pas trop effrayer Union européenne, Russie et Chine …

Quoiqu’il en soit, le Pentagone a annoncé lundi par la voix du Secrétaire à la Défense Chuck Hagel, qu’il souhaitait réduire les effectifs de l’armée de Terre américaine de manière drastique. Le chiffre évoqué correspond à leur plus bas niveau depuis 1940.

« Nous avons décidé de réduire encore les effectifs d’active de l’US Army pour atteindre 440.000 à 450.000 soldats », a ainsi indiqué Chuck Hagel en présentant les priorités budgétaires pour 2015. Si l’on en croit un responsable de la Défense, la cible devrait être atteinte en 2017.

Reste que le scénario demeure un des plus favorables, alors que parmi les autres options envisagées depuis ces derniers mois figurait l’éventualité d’un effectif réduit jusqu’à 380.000 soldats. A noter également que si à l’heure actuelle, l’US Army compte 520.000 hommes, décision avait d’ores et déjà été prise de ramener ses effectifs à 490.000 hommes. Si, après la Guerre froide, une chute sensible avait pu être enregistrée, les effectifs étaient par la suite passés de 479.000 hommes en 1999 à 566.000 soldats en 2010, le 11 septembre et les conflits en Afghanistan et en Irak justifiant cette hausse.

Mais la guerre pourrait donc être avant tout économique et technologique, et appuyée par des opérations navales et aériennes … C’est en tout cas ce qui pourrait ressortir des propos du secrétaire à la Défense. Lequel a en effet indiqué que les Etats-Unis n’allaient « plus dimensionner » ses effectifs « pour des opérations de stabilisation », ajoutant qu’une « armée de cette taille est trop grande par rapport aux besoins » de la « stratégie de défense » US.

Le chef du Pentagone a toutefois tenu à préciser que ces « réductions permettront d’assurer que l’armée de Terre reste bien entraînée et clairement supérieure en termes d’armes et d’équipements ». Ces effectifs permettront selon lui « de vaincre de façon décisive une agression ennemie sur un théâtre d’opérations, tout en assurant la sécurité du territoire et en fournissant suffisamment de troupes pour soutenir des opérations navales et aériennes sur un autre théâtre d’opérations. »

Les effectifs de la Garde nationale (355.000 pour sa composante terrestre) et de la réserve (205.000 hommes), fortement impliqués en Irak seront quant à eux respectivement amputés de 20.000 et de 10.000 hommes. La taille du corps d’élite des Marines, actuellement fort de 190.000 hommes, devrait passer à 182.000 soldats.

Des annonces qui font suite à un accord voté en décembre 2013 par les démocrates et les républicains du Congrès prévoyant un budget maximum de 496 milliards de dollars pour la Défense en 2015.

Reste que l’emploi de militaires ne fait pas vivre directement les lobbies de l’armement, lesquels sont plus enclins à œuvrer pour des dépenses boostant leurs chiffres d’affaires … C’est ainsi que le Pentagone compte ajouter une liste de courses de 26 milliards supplémentaires en vue de moderniser certains équipements. Ces derniers n’ayant pas encore trouvé leur financement selon le ministre.

Alors qu’on aurait pu croire que le shutdown US  aurait pu impliquer des coupes sombres dans certains secteurs que d’aucun jugerait non prioritaire – telles que les dépenses militaires hors du territoire américain – il n’en est rien. A moins justement, que la priorité actuelle des Etats-Unis soit de mettre en œuvre des politiques ultra-sécuritaires, sous couvert de lutte contre le terrorisme. Voire même, de faire régner le chaos ici ou là pour tenter de stopper des multinationales concurrentes dans leur quête effrénée vers des ressources minières et pétrolières. Tout en justifiant de nouvelles dépenses militaires par la menace terroriste … à la plus grande joie des lobbies de l’armement US.

En tout état de cause, le général à la tête de l’Africom – le commandement de l’armée américaine qui coordonne les activités militaires américaines sur le continent africain - déclarait en novembre dernier  que le Pentagone n’envisageait pas de supprimer le Centcom américain pour l’Afrique.

« Nous allons examiner cela plus tard mais pour l’heure, les Etats-Unis estiment qu’avoir un centre de commandement à part entière pour l’Afrique permet d’améliorer l’efficacité de notre soutien militaire au département d’Etat », a ainsi déclaré le général David Rodriguez lors d’une conférence de presse. Rejetant au final les spéculations sur d’éventuelles coupes budgétaires susceptibles de faire revenir l’Africom à son état antérieur de sous-commandement du Commandement U.S. Européen.

S’exprimant parallèlement, la secrétaire d’Etat adjointe pour l’Afrique, Linda Thomas-Greenfield avait alors ajouté que les Etats-Unis étaient « plus directement engagés, mieux coordonnées », de « manière plus directe mais également plus stratégique » que par le passé.

Depuis sa création en 2007, l’Africom, dont le commandement est basé à Stuttgart en Allemagne, a étendu son rôle en Afrique, axant progressivement ses priorités vers la lutte contre les groupes islamistes armés et l’entraînement de troupes alliées dans la région.

Constitué de quelque 1.500 personnes, sa mission consiste – officiellement – à protéger et à défendre les intérêts sécuritaires des Etats-Unis à travers le renforcement des capacités de défense des Etats et des organisations africaines. Il mène des opérations militaires, afin – nous dit-on – « de dissuader et de vaincre les menaces transnationales et de fournir un environnement sécuritaire favorable à la bonne gouvernance et au développement ». Son budget annuel s’élève à 296 millions de dollars sans compter les dépenses de Camp Lemmonier à Djibouti, une des principales bases américaines du continent.

Officiellement l’Africom œuvre  pour un partenariat fructueux entre les Etats-Unis et 53 nations d’Afrique et pour l’instauration d’espaces de sécurité et de stabilité sur le continent. Des missions qui pourraient être loin d’être totalement désintéressées … compte-tenu des richesses dont les régions « sécurisées » sont dotées. Ces dix dernières années, l’armée américaine a tissé un réseau logistique à travers toute l’Afrique de l’Est notamment, avec des accès sécurisés à des ports et aéroports stratégiques.
Selon le Financial Times, « la militarisation de la politique américaine après le 11 septembre est controversée depuis longtemps » , étant « considérée dans la région comme une tentative des États-Unis de renforcer leur contrôle sur les matières premières et de contrecarrer le rôle commercial exponentiel de la Chine. »

 - Installation d’une base militaire US au Niger

Comme le 11 septembre aura ouvert la voie à une surveillance accrue, au nom de la chasse aux terroristes, l’activisme des rebelles touaregs et des djihadistes maliens ainsi que les opérations des terroristes sévissant en Algérie auront semble-t-il  permis de justifier l’installation d’une base militaire US en Afrique via l’Africom, et plus particulièrement au Niger. Le tout assorti d’envois de drones pour pouvoir surveiller l’Afrique du Nord et le Sud Algérien. Une information en effet relayée par le quotidien américain New York Times et confirmée par Reuters.

«L’ambassadrice des Etats-Unis au Niger, Bisa Williams, s’est adressée à Mahamadou Issoufou, président nigérien, qui a immédiatement accepté sa demande», avait ainsi  précisé en janvier 2013 une  source proche du dossier. Le chef de l’Etat  nigérien ayant préalablement exprimé sa volonté de mettre en place «une relation stratégique à long terme avec les Etats-Unis».

Selon le NY Times, des drones Predator seront ainsi chargés d’effectuer des missions de surveillance dans la région «afin de combler le manque d’informations plus détaillées sur un certain nombre de menaces régionales dont celles relatives aux groupes terroristes activant dans le nord du Mali et au flux de combattants et d’armes en provenance de Libye».
L’Africom envisagerait par ailleurs l’établissement d’une base de drones au nord-ouest de l’Afrique afin nous dit-on d’augmenter les missions de surveillance des groupes extrémistes. Si les drones de surveillance seraient dans un premier temps non armés, des responsables militaires américains n’excluent pas toutefois le recours à des tirs de missiles «en cas d’aggravation de la menace».

« Les drones seront positionnés dans le nord du Niger, dans la région désertique d’Agadez, à la frontière avec le Mali, l’Algérie et la Libye », avait par ailleurs indiqué une source proche du dossier à l’agence Reuters. «Cela est directement lié à l’intervention militaire au Mali, mais il pourrait aussi donner à l’Africom une présence plus durable pour les missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR)», ont justifié quant à eux les militaires US, précisait  pour sa part le NY Times.

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com   – 24 février 2014

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4 commentaires

  1. retrouvé le retour 25 février 2014 à 07:38

    Pendant qu’au Moyen Orient on rejoue à guichet fermé la fable du « chat de la belette et du petit lapin », les choses sérieuses se jouent plus loin. Les maquettes de l’aéromodélisme rebaptisé pompeusement drônes, qui sont rêvées comme des instruments permettant de ne pas se salir les mains avec le sang du voisin que l’on assassine ne seront d’aucune utilité;

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/02/24/97001-20140224FILWWW00371-usa-accord-nucleaire-avec-le-vietnam.php.

  2. retrouvé le retour 1 mars 2014 à 18:59

    La seule présence des maquettes téléguidées d’observation sur les champs de bataille ouverts en catimini ( rebaptisées drones pour faire nouveau ) Montre l’échec relatifs des visions satellitaires. Le plus grave pour notre porte feuille se sont les dépenses qui vont avec!!

  3. Elisabeth Studer 2 mars 2014 à 22:56

    samedi, 01 mars 2014 16:04
    L’ouverture d’une nouvelle base aérienne des Etats-Unis, en Roumanie

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    L’ouverture d’une nouvelle base aérienne des Etats-Unis, en Roumanie

    IRIB- Vendredi 28 février, les Etats-Unis ont, officiellement, inauguré une nouvelle base aérienne, en Roumanie.

    Cette base jouera un rôle crucial, dans le retrait des forces américaines de l’Afghanistan. « La base Mihail Kogalniceanu, située à proximité de la mer Noire, sera utilisée, en tant que centre de transfert des forces américaines », a déclaré le général John Ocaner, responsable des affaires logistiques. « D’ici 2014, entre 20.000 et 30.000 effectifs des forces américaines seront transférés de l’Afghanistan, dans cette base », a-t-il affirmé, lors de la cérémonie d’inauguration de cette base. Les Etats-Unis ont déployé quelque 34.000 forces, en Afghanistan, et envisagent de retirer, d’ici la fin de cette année, la plupart de leurs forces militaires, ainsi que leurs équipements. La base Mihail Kogalniceanu joue un rôle important dans cette perspective. Selon les prévisions, les Etats-Unis envisagent de retirer la plus grande partie de leur contingent militaire d’Afghanistan, et ce, alors que le traité de sécurité Kaboul-Washington n’est pas encore signé et que Barack Obama a menacé de retirer toutes ses troupes de ce pays, en cas de la non-signature de ce traité par le président afghan. Etant donné que pour retirer leurs forces, le besoin d’une base tremplin, sur la route de l’Europe, se faisait sentir, les Etats-Unis ont convaincu le gouvernement roumain d’autoriser l’ouverture d’une nouvelle base, dans ce pays. Par ailleurs, les Américains ont entamé, depuis des mois, la construction d’une base, appelée «Doslo», en Roumanie, pour déployer le système anti-missiles de l’OTAN et des Etats-Unis. Cette base serait vitale, pour les systèmes anti-missiles de l’OTAN. Elle sera opérationnelle, d’ici fin 2015. Les Etats-Unis investiront 134 millions de dollars sur cette base, construite, il y a 60 ans, avec l’aide de l’ex-Union soviétique. Cette base restera sous le commandement de la Roumanie, où seront déployés, en tout, 500 soldats, dont 200 américains. La Roumanie fait partie des pays qui ont adhéré à l’OTAN. Ce pays, à côté des autres pays de l’Europe de l’Est, notamment, la Bulgarie, la Pologne ainsi que les 3 républiques baltes, souhaitent renforcer leurs coopérations avec les militaires américains. On peut dire que cette tendance s’explique pour deux raisons : primo, la phobie historique de ces pays vis-à-vis de l’ex-Union soviétique, et, actuellement, de la Russie, qui les a amenés à, non seulement, adhérer l’OTAN, pour se serrer les coudes, mais encore, à chercher à établir avec les Etats-Unis, en tant que principal pays de cette Organisation, des relations et des coopérations militaires. Secundo, des pays, comme la Roumanie, espèrent pouvoir jouir des aides militaires étrangères des Etats-Unis, appelées «FMS». Dans le même temps, bien que, dans la donne actuelle, les Etats-Unis veuillent utiliser cette nouvelle base, pour le transfert de leurs militaires, en Europe, cependant, après le retrait de leurs troupes, ils envisageront, certainement, de nouvelles utilisations de cette base. En tout état de cause, il est certain que la position géographique de cette base, en raison de la proximité de la Roumanie de la mer Noire, facilitera l’accès des avions et forces militaires américaines à cette mer.

  4. Elisabeth Studer 27 mai 2014 à 23:35

    Afghanistan: la présence des troupes dépendra de la signature du traité

    Washington – Barack Obama a officialisé mardi une présence de troupes américaines en Afghanistan jusqu’à fin 2016, mais prévenu que ce calendrier dépendrait de la signature du traité bilatéral de sécurité (BSA) par le futur président afghan.

    Lors d’une intervention depuis la Maison Blanche, le président des Etats-Unis a indiqué avoir décidé de maintenir 9.800 militaires américains en Afghanistan à l’issue de la mission de combat de l’Otan à la fin de l’année, avant un retrait complet deux ans plus tard, soit juste avant la fin de son second mandat.

    Mais, a-t-il souligné, nous ne maintiendrons cette présence militaire après 2014 que si le gouvernement afghan signe l’accord (…) que nos deux gouvernements ont déjà négocié.

    Cet accord est essentiel pour donner à nos soldats l’autorité dont ils auront besoin pour remplir leur mission, tout en respectant la souveraineté afghane, a ajouté M. Obama.

    Le président Hamid Karzaï, qui est en fin de mandat, a refusé de parapher le BSA, au grand déplaisir de Washington. Toutefois, les deux candidats qualifiés pour le second tour de la présidentielle afghane du 14 juin, Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah, ont annoncé qu’ils le signeraient.

    M. Obama a relevé ces engagements et fait part de son espoir d’y parvenir.

    Plus largement, M. Obama a dit vouloir tourner la page de plus d’une décennie pendant laquelle notre politique étrangère a été surtout consacrée aux guerres en Afghanistan et en Irak.

    Le président, qui doit évoquer mercredi ses priorités de politique étrangère lors d’un discours à l’académie militaire de West Point (New York, est), a espéré que ce nouveau chapitre de la politique étrangère américaine nous permettra de rediriger certaines des ressources que nous économiserons en mettant fin à ces guerres pour répondre de façon plus agile à une menace terroriste en évolution.

    Je pense que les Américains ont compris qu’il était plus difficile de mettre fin aux guerres qu’à les déclencher, a ajouté le président, qui s’était fait un nom sur la scène politique nationale en 2002 en s’opposant aux projets de son prédécesseur républicain George W. Bush d’envahir l’Irak.

    Alors que l’Irak reste la proie de graves violences et que le doute plane sur la viabilité du pouvoir central afghan après le départ des forces de l’Otan, M. Obama a aussi concédé que l’Afghanistan ne sera pas un endroit parfait, et ce n’est pas aux Etats-Unis de le rendre ainsi.

    Toutefois, les Etats-Unis tiendront toujours leurs engagements vis-à-vis des amis et partenaires qui prennent leurs responsabilités, et nous ne laisserons jamais à Al-Qaïda le sanctuaire dont (la nébuleuse extrémiste) jouissait avant le 11-Septembre en Afghanistan, a encore promis le dirigeant américain.

    (AFP / 27 mai 2014 21h26)

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