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Chypre : arrêt des négociations avec Total/Novatec, le gaz de Leviathan monnaie d’échange de l’aide de la troïka  ?

Hasard  de calendrier ?

Alors  que nous  laissions entendre ici-même  que  les licences d’exploitation   de   l’immense champ gazier de Leviathan  au large d’Israël  pourraient  être « monnayées » d’une  certaine manière via    la notation de la dette  souveraine de  Chypre et  l’accord d’un prêt de la Banque centrale européenne et du FMI,  le gouvernement chypriote  a  annoncé mercredi  soir avoir mis fin aux négociations en cours avec un consortium franco-russe, lequel  s’était vu attribuer une licence d’exploration de gaz dans ses eaux territoriales.

Une  annonce  qui intervient  alors que lundi  dernier,  un responsable gouvernemental chypriote a indiqué que Chypre risquait de ne pas pouvoir rembourser des prêts dus en décembre et verser les salaires des fonctionnaires si un accord sur un plan de sauvetage n’est pas conclu rapidement avec la troïka formée par l’Union européenne (UE), la Banque Centrale Européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI).

« Si dans les jours à venir l’Etat ne peut pas obtenir 250 à 300 millions d’euros, alors l’Etat cessera d’honorer des paiements », avait ainsi averti un dirigeant du ministère des Finances, Christos Patsalides, à un comité parlementaire.

Ce dernier ajoutant que le gouvernement chypriote ne pourrait recourir à aucun plan B en cas d’échec des négociations sur un plan d’aide avec la troïka, laissant parallèlement poindre la menace d’une nouvelle dégradation de la note de Chypre.

Précisons  qu’en octobre  dernier,  le gouvernement  chypriote  avait annoncé avoir accordé quatre licences d’exploration de gaz dans ses eaux territoriales, dont une au groupe pétrolier français Total et une autre à un consortium franco-russe.

Mais  mercredi, le porte-parole du gouvernement Stefanos Stefanou  a  indiqué   que les négociations avec les candidats retenus pour le bloc 9 – un consortium alliant la branche ENP de Total et le russe Novatec   – avaient cessé.

« Le gouvernement a décidé de mettre fin aux négociations directes car elles se sont avérées insatisfaisantes », a  ajouté  M. Stefanou sans donner de plus amples détails. Ajoutant  toutefois  que les  autorités allaient  désormais négocier l’attribution du bloc 9 avec un consortium établi entre  le groupe  pétrolier italien ENI et le sud-Coréen Kogas, lequel consortium s’était vu attribuer les blocs 2 et 3 en octobre  dernier.
La compagnie française Total demeure toutefois toujours dans la course en ce qui concerne l’exploitation du bloc 11. Le gouvernement ayant parallèlement décidé de négocier avec elle l’attribution du bloc 10, lequel n’a pas encore été mis aux enchère.

Précisons  qu’en mai dernier, dix consortiums et cinq groupes  pétroliers, dont le français Total, le malaisien Petronas et l’américain ATP  s’étaient porté candidats   dans le  cadre d’enchères portant sur 12 blocs des 13 blocs d’exploration pétrolière et gazière au large de Chypre.

Rappelons qu’en décembre 2010 un accord a été signé entre Israël et Chypre en vue de faciliter et de poursuivre les recherches off-shore d’hydrocarbures – de part et d’autre – dans la partie orientale de la Méditerranée … de gigantesques réserves de gaz ayant été alors découvertes dans la zone.

Précisons également que le 8 septembre 2011, le Premier ministre turc déclarait à Al Jazzera, que la Turquie ne laisserait pas Israël jouir seule du gaz exploité dans les eaux chypriotes. Ce dernier jugeant « provocatrice » l’exploration au voisinage du gisement très prometteur de Léviathan. Parallèlement le Premier ministre Recep Erdogan menaçait d’envoyer sa flotte au voisinage du site aux frontières controversées, annonçant qu’il pourrait fournir une escorte navale à ses propres bâtiments d’exploration en Méditerranée chargés d’effectuer des forages sur des gisements d’hydrocarbures au large de la côte nord de Chypre.

En septembre 2011, lors d’une conférence de presse, le Premier ministre turc avait réitéré l’opposition de son pays aux zones économiques exclusives fixées en 2010 dans le cadre d’un accord entre Chypre et Israël. Le gouvernement chypriote grec – seul à ce jour à être reconnu par la communauté internationale – effectuait à cette date des travaux d’exploration sur le fabuleux gisement de Leviathan avec la compagnie  américaine Noble Energy, et ce, dans le cadre de l’accord avec Israël. Rappelons que la partie turque, située dans le nord de l’île est uniquement reconnue par Ankara.

Désormais, selon les contrôles de la commission gouvernementale israélienne mise en place pour gérer un fonds d’exploitation des ventes, les recettes prévues des gisements « Léviathan », « Tamar » et « Dalit » se monteraient à 100 voire à 130 milliards de dollars jusqu’en 2040.

Elisabeth STUDER – www.leblogfinance.com – 19  décembre 2012 -

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9 commentaires

  1. elisabeth 25 janvier 2013 à 21:32

    Fitch dégrade Chypre de deux crans supplémentaires à B, perspective négative

    PARIS – L’agence de notation financière Fitch a enfoncé vendredi un peu plus la République de Chypre en catégorie spéculative, en abaissant sa note de deux crans, de BB- à B, reléguant le pays à deux rangs seulement de la catégorie des pays considérés en défaut de paiement.

    Fitch, qui avait déjà abaissé de deux crans la note de Chypre à la fin novembre, considère que le soutien que l’Etat devra apporter aux banques chypriotes devrait être plus important que celui estimé jusqu’à présent.

    (©AFP / 25 janvier 2013 20h25)

  2. ES 18 juin 2013 à 23:41

    Le président chypriote critique les termes du plan de sauvetage

    NICOSIE – Le président chypriote Nicos Anastasiades a sévèrement critiqué les termes du plan de sauvetage européen imposé en mars à Chypre, dans une lettre aux dirigeants de l’eurozone dans laquelle il demande de l’aide pour préserver la plus grosse banque de l’île.

    Dans cette lettre envoyée la semaine passée, M. Anastasiades accuse les dirigeants de l’eurozone d’avoir traité l’île injustement.

    Le président conservateur indique que les ponctions sur les dépôts bancaires — une mesure sans précédent dans l’eurozone — imposées sur les plus gros comptes des deux principales banques de l’île avaient été mises en oeuvre sans une préparation consciencieuse.

    Aucune distinction n’a été faite entre les dépôts à long terme générant des rémunérations élevées et l’argent circulant sur des comptes courants, comme les fonds de roulement des sociétés, a-t-il dit.

    Cela a représenté une perte significative en fonds de roulement pour les entreprises, a-t-il dénoncé.

    M. Anastasiades a indiqué que les restrictions sur les flux de capitaux, imposées en mars pour éviter une fuite d’argent et toujours en place malgré des assouplissements importants, gênaient sérieusement la bonne marche des entreprises.

    Des mesures artificielles comme les restrictions sur les retraits de capitaux peuvent sembler empêcher une panique bancaire à court terme, mais elles ne feront qu’agacer les déposants si elles persistent.

    Plutôt que de créer la confiance dans le système bancaire, elles l’érodent chaque jour un peu plus, souligne-t-il.

    En contrepartie d’un prêt de 10 milliards d’euros fourni par l’Union européenne et le Fonds monétaire international, l’île a dû accepter de réduire drastiquement son secteur bancaire, en restructurant la première banque de l’île, Bank of Cyprus (BoC), et en liquidant la deuxième, Laïki.

    Les dépôts au-delà de 100.000 euros dans ces deux banques ont été très largement ponctionnés.

    M. Anastasiades a dénoncé le fait qu’au terme du plan de sauvetage, la BoC, qui va récupérer ce qui reste de Laïki après sa liquidation, va se retrouver sous le poids de dettes qui menacent son rôle de premier prêteur de l’île.

    Il a indiqué que ce passif inclue neuf milliards d’euros accordés en 2012 à Laïki dans le cadre du programme de soutien exceptionnel à la liquidité (ELA) de la Banque centrale européenne dans des circonstances qu’il a jugées très contestables.

    Son commentaire est une allusion claire à la décision de la Banque centrale européenne de continuer à fournir de l’aide à Laïki alors déjà en pleine tourmente.

    M. Anastasiades a indiqué que la prise en charge par BoC des dettes de Laïki a augmenté sensiblement la vulnérabilité de ses propres structures de financement.

    Il a ajouté que son ministre des Finances Haris Georgiades avait écrit aux chefs de mission de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) le 19 mai au sujet des problèmes rencontrés par la BoC mais n’avait pas encore reçu de réponse.

    Je souligne l’importance systémique de la BoC, pas seulement en terme de système bancaire mais aussi pour l’ensemble de l’économie, a dit le président.

    Le succès du plan approuvé par l’Eurogroupe (les ministres des Finances de l’eurozone) et la troïka dépend de l’émergence d’une Boc forte et viable, a-t-il ajouté.

    Le Financial Times a rapporté mardi qu’il était probable que les ministres des Finances de la zone euro discutent de la lettre de M. Anastasiades lors de leur prochaine réunion jeudi.

    Mais le quotidien indique, citant un haut responsable de la zone euro, que les dirigeants étaient perplexes vis-à-vis de cette lettre, et pourraient ne pas répondre favorablement à la demande d’aide de Chypre.

    AFP / 18 juin 2013 22h36

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