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Chypre menacé d’un défaut de paiement … chantage à peine voilé pour le gaz de Leviathan ?

Enième  pression  sur le gouvernement chypriote  …  alors  que l’île  revêt  une importance stratégique  dans la course aux hydrocarbures  que mène  actuellement l’état d’Israël contre   Liban, Syrie, Égypte  et Turquie   ….   dans  le cadre de la bataille  menée autour  des  licences  d’exploitations des immenses champs gaziers  de  Leviathan ?  Cela  y ressemble …

En tout état  de cause, un responsable gouvernemental  chypriote  a indiqué  lundi  que Chypre risquait  de ne pas pouvoir rembourser des prêts dus en décembre et verser les salaires des fonctionnaires si un accord sur un plan de sauvetage n’est pas conclu rapidement avec la troïka formée par l’Union européenne (UE),  Banque Centrale  Européenne (BCE), Fonds monétaire international (FMI).

« Si dans les jours à venir l’Etat ne peut pas obtenir 250 à 300 millions d’euros, alors l’Etat cessera d’honorer des paiements », a ainsi  averti  un dirigeant du ministère des Finances, Christos Patsalides, à un comité parlementaire.

Ce dernier  ajoutant   que  le gouvernement chypriote ne  pourrait recourir  à aucun plan B en cas d’échec des négociations sur un plan d’aide avec la troïka, laissant  parallèlement  poindre la menace d’une  nouvelle dégradation de   la note de Chypre.

Précisons    qu’à l’heure actuelle, le  gouvernement   tente de puiser dans les fonds de pension et de prévoyance d’organismes semi-publics,   pour  tenter de  rassembler les  420 millions d’euros nécessaires pour couvrir ses besoins immédiats, 170 millions d’euros ayant déjà été obtenus auprès de sources extérieures.
A  la  demande  de la troïka, Nicosie, dont les besoins globaux dépasseraient les 17 milliards d’euros, s’est vue  contrainte de mettre  en œuvre  une série de mesures d’austérité, l’objectif  étant de réduire ses dépenses d’un milliard d’euro.  Un vaste  programme d’économies sur quatre ans représente 7,25% du Produit intérieur brut.

Mais  le nerf  de la guerre    pourrait  être  ailleurs  …

En novembre  dernier, rappelant   que Chypre était  un élément important de l’échiquier énergétique mondial  via notamment  son  implication  dans l’exploitation de l’immense champ gazier de Leviathan situé au large des côtes d’Israël – le dossier concernant également le Liban, la Turquie et l’Egypte ….  nous  indiquions parallèlement  que l’agence de notation Moody’s venait de menacer le pays d’abaisser les notes de trois banques chypriotes. Et ce, alors même que quelques heures auparavant  c’est la note du pays tout entier qui avait été placée sur la sellette. Cyprus Popular Bank, Bank of Cyprus et  Hellenic Bank faisant partie des établissements concernés.

La « menace » émise par l’agence de notation  était  « motivée » quant à elle – enfin officiellement – par les retards et des incertitudes qui entourent les négociations en vue d’un sauvetage financier de Chypre.

Précisons à toutes fins utiles que le pays, membre de la zone euro et actuel président de l’Union européenne, a demandé fin juin à bénéficier d’une aide, laquelle pourrait se chiffrer à plus de 10 milliards d’euros. Les finances du pays sont en effet grandement impactées par son adhérence à la situation qui prévaut en Grèce.

Toujours  en novembre  dernier, des représentants de l’Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne se sont entretenus avec les autorités chypriotes en vue d’obtenir un accord sur les concessions et engagements réclamés à Chypre en contrepartie d’une aide financière européenne. En cas d’issue favorable, Chypre deviendrait ainsi le quatrième pays de la zone euro à « bénéficier » d’une telle « assistance » après la Grèce, l’Irlande et le Portugal.

Le fin mot de l’histoire ? …. Rappelons qu’en décembre 2010 un accord a été signé entre Israël et Chypre en vue de faciliter et de poursuivre les recherches off-shore d’hydrocarbures – de part et d’autre – dans la partie orientale de la Méditerranée … de gigantesques réserves de gaz ayant été alors découvertes dans la zone.

Précisons également que le 8 septembre 2011, le Premier ministre turc déclarait à Al Jazzera, que la Turquie ne laisserait pas Israël jouir seule du gaz exploité dans les eaux chypriotes. Ce dernier jugeant « provocatrice » l’exploration au voisinage du gisement très prometteur de Léviathan. Parallèlement le Premier ministre Recep Erdogan menaçait d’envoyer sa flotte au voisinage du site aux frontières controversées, annonçant qu’il pourrait fournir une escorte navale à ses propres bâtiments d’exploration en Méditerranée chargés d’effectuer des forages sur des gisements d’hydrocarbures au large de la côte nord de Chypre. En septembre 2011, lors d’une conférence de presse, le Premier ministre turc avait réitéré l’opposition de son pays aux zones économiques exclusives fixées en 2010 dans le cadre d’un accord entre Chypre et Israël.

«Nous avons des approches différentes en matière de zones économiques exclusives dans la région telles qu’elles ont été annoncées. Sur ce point, et s’agissant de l’armée, nous surveillerons cette région avec l’aide d’avions, de frégates et de vedettes lance-torpilles» avait-il prévenu. Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, réagissait ainsi aux propos du président chypriote Demetris Christofias, lequel venait d’annoncer que les forages débuteraient prochainement au large des côtes sud-est de Chypre.

Le gouvernement chypriote grec – seul à ce jour à être reconnu par la communauté internationale – effectuait à cette date des travaux d’exploration sur le fabuleux gisement de Leviathan avec la compagnie américaine Noble Energy, et ce, dans le cadre de l’accord avec Israël. Rappelons que la partie turque, située dans le nord de l’île est uniquement reconnue par Ankara.

La Turquie avait également exhorté le gouvernement chypriote grec à cesser immédiatement ses explorations de gaz et prévenu que ses propres navires d’exploration en Méditerranée pourraient être accompagnés d’escortes militaires.

« La compagnie pétrolière turque TPAO va se déployer dans les eaux au nord de Chypre en raison d’un accord entre Ankara et la partie pro-turque de Chypre sur le tracé des frontières maritimes », avait parallèlement déclaré le ministre turc de l’Energie, Taner Yildiz. Au final, Ankara demandait aux responsables chypriotes de favoriser la collaboration de la Turquie, dans les projets énergétiques de Chypre.

Désormais, selon les contrôles de la commission gouvernementale israélienne mise en place pour gérer un fonds d’exploitation des ventes, les recettes prévues des gisements « Léviathan », « Tamar » et « Dalit » se monteraient à 100 voire à 130 milliards de dollars jusqu’en 2040. « Alors, quoi de plus normal que de voir les Turcs, les Libanais, les Syriens et les Palestiniens se réveiller pour réclamer leur part de propriété sur ces zones maritimes, qui n’avaient jusqu’alors attiré l’attention de personne ? » …. s’interroge la presse israélienne. Rappelant les propos du premier ministre Binyamin Nétanyaou, selon qui « les trésors de la mer Méditerranée sont les enjeux stratégiques les plus importants de l’État d’Israël ». Ajoutant que « la découverte de ce gaz appartient au peuple juif dans son intégralité », et que « Israël se doit d’en profiter. »

Une déclaration de guerre   en quelque sorte,  la bataille  économique sur la main-mise  des ressources  énergétiques faisant rage quant à elle.

L’action  des agences de notation et de la Banque centrale européenne – pilotée par Mario Draghi, ancien de Goldman Sachs – n’arrangeant  rien à l’affaire …

 

Elisabeth STUDER – www.leblogfinance.com – 17  décembre 2012 -

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5 commentaires

  1. el gringo 18 décembre 2012 à 23:45

    S&P d

  2. el gringo 19 décembre 2012 à 00:13

    Dette : Ath

  3. elisabeth 25 janvier 2013 à 21:32

    Fitch dégrade Chypre de deux crans supplémentaires à B, perspective négative

    PARIS – L’agence de notation financière Fitch a enfoncé vendredi un peu plus la République de Chypre en catégorie spéculative, en abaissant sa note de deux crans, de BB- à B, reléguant le pays à deux rangs seulement de la catégorie des pays considérés en défaut de paiement.

    Fitch, qui avait déjà abaissé de deux crans la note de Chypre à la fin novembre, considère que le soutien que l’Etat devra apporter aux banques chypriotes devrait être plus important que celui estimé jusqu’à présent.

    (©AFP / 25 janvier 2013 20h25)

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