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Quand Getty Images passe au main de la pieuvre Carlyle

Elisabeth Studer Actualités, Economie 9 commentaires

Information passement totalement inaperçue ou presque … et pourtant, elle a une importance majeure. A l’heure ou photos et videos peuvent changer la face du monde … on pourrait même s’effrayer de savoir que la très célèbre agence Getty Images est désormais tombée dans le giron de Carlyle …. le  trop célèbre fonds d’investissement lié notamment  à Ben Laden Group et à Oliver Jean Sarkozy.

Quand on sait que Carlyle détient aussi une part non négligeable dans l’opérateur télécoms historique français mais également planétaire … à savoir Orange – France Telecom … on peut imaginer avec effroi ce que l’alliance – plus ou moins volontaire – des trois pourrait engendrer …

Le spécialiste de l’image photo et vidéo Getty Images va en effet être racheté à la société d’investissement Hellman & Friedman pour 3,3 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros) par ses fondateurs et dirigeants, lesquels sont associés au fonds Carlyle pour l’opération.

La nouvelle a été officialisée le 15 août dernier par un communiqué commun … en plein congés d’été, ce n’est pas un hasard …

L’accord prévoit notamment la participation du président et cofondateur de Getty, Mark Getty, ainsi que de la famille Getty et d’autres membres de l’encadrement du groupe, dont le directeur général et cofondateur Jonathan Klein.

« Nous exploiterons les ressources financières de Carlyle et son réseau mondial pour aider Getty Images à franchir une nouvelle étape dans l’innovation en termes de produits et à croître au niveau mondial », promet Eliot Merrill, directeur de Carlyle, cité dans le communiqué. Ben voyons … De quoi glacer le dos …

« Nous sommes ravis de collaborer avec Carlyle (…) et d’amener notre entreprise vers une nouvelle étape de développement et de croissance », s’était félicité de son côté Jonathan Klein. « En 17 ans, nous avons bâti une entreprise qui a révolutionné son secteur, avec l’innovation comme moteur. J’ai confiance dans le fait que le partenariat entre Getty Images et le groupe Carlyle permettra à l’entreprise de continuer à être couronnée de succès », a quant lui déclaré Mark Getty.

En mai dernier, le Financial Times avait laissé entendre pour sa part que Hellman & Friedman avait fait appel à différentes banques en vue de piloter une éventuelle vente ou introduction en Bourse du fonds photographique Getty Images.

Désormais, la part du fonds Carlyle dans la société dépasse légèrement les 50%, ce qui lui donne le contrôle de Getty Images.…

Un revirement de stratégie, alors qu’en 2008, la société d’investissement avait payé 2,4 milliards de dollars pour cette fois-ci retirer de la cote le spécialiste de l’image photo et vidéo.

Depuis sa fondation en 1995 à Seattle (Etat de Washington, nord-ouest des Etats-Unis), Getty Images s’est imposé comme la première agence photographique ciblant prioritairement des clients non-médias. Mais elle a acquis ces dernières années ses lettres de noblesse sur le marché de l’information de presse. La société compte l’Agence France-Presse parmi ses partenaires.

« George Bush père et fils, Frank Carlucci, l’ex-directeur adjoint de la CIA, John Major, l’ex-premier ministre britannique, George Soros, Olivier Sarkozy et tous leurs semblables se frottent les mains : le fonds d’investissement américain Carlyle, connu comme étant lié au complexe militaro-industriel américain, continue à étendre son empire » s’alarme quant à lui le SNJ-CGT (Acrimed).

Ce dernier rappelant que depuis 2002, Getty et l’AFP sont partenaires suite à un accord de délégation de couverture dans le cadre d’un contrat signé « sous l’ère Eveno.

De son côté, Carlyle gère les placements de 1400 investisseurs par le biais de 99 fonds d’investissement et de 63 fonds dites « véhicules » : fondé en 1987 avec 5 milliards de dollars, il avoue en gérer aujourd’hui 156 ; et il investit dans tous les secteurs, notamment celui de la défense.

Objectif affiché : créer de « la valeur » nous dit-on, ou plus exactement générer des profits pour investisseurs et actionnaires. Au détriment des salariés … tels ceux de France Telecom pour lesquels Nicolas Sarkozy (demi-frère de Jean-Oliver …) s’est refusé de mettre en œuvre un plan social. Politique et budget de l’Etat « obligent » …

Le SNJ-CGT (Acrimed) rappelle par ailleurs qu’en juin 1999, le groupe Carlyle avait injecté 26,5 millions dans le Figaro.

Il s’était également fait connaitre du grand public en en 2002 avec le scandale de l’Imprimerie nationale, achetée 85 millions en 2003 à l’Etat et revendue quatre ans plus tard 376,5 millions (après des travaux pour un montant de 120 millions).

Autre belle opération pour Carlyle souligne encore le SNJ-CGT : « le rachat de la presse professionnelle de Vivendi en 2002 et la revente à la découpe (le groupe Moniteur à Sagard en 2004, La France agricole en 2005, le groupe GISI à ETAI ainsi que le groupe Tests à Nextradio en 2007) ».

Toujours selon le syndicat des journalistes, Getty Images a « réussi à complètement déréguler le marché de la photographie de presse, notamment en commercialisant des photos libres de droits (photos d’amateurs), se spécialisant dans la photo dite d’illustration et de magazine et en cassant les statuts sociaux ».

Au final, souligne le SNJ-CGT, les « salariés de Getty et les reporters-photographes ont raison d’avoir toutes les craintes pour leur avenir et celui de leur profession ».

Pour le SNJ-CGT, « il serait temps pour l’AFP de rompre son accord avec Getty Images et son nouveau propriétaire à l’éthique et aux principes peu scrupuleux ».

Prévenant que sans cela, les « les dérives déontologiques » et de choix de « couverture », dénoncés régulièrement par les photojournalistes, « risquent de s’accentuer ».

« Au détriment d’une information complète et sourcée auquel a droit chaque citoyen » prévient au final le syndicat.

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9 commentaires

  1. Elisabeth Studer 28 septembre 2012 à 11:02

    Regardez bien la photo, plus de journalistes

  2. ES 28 septembre 2012 à 11:07

    1 policier
    1

  3. fractale 29 septembre 2012 à 15:14

    Article interessant,merci pour toutes ces infos

  4. ES 9 mai 2014 à 11:46

    En 1989, Frank Carlucci, ancien patron de la CIA et ancien secrétaire à la Défense de Ronald Reagan, prend les rênes de Carlyle. Il en fait une entreprise d’investissements prospère qui, aujourd’hui, compte plus de 91 milliards de dollars de fonds propres et 415 000 employés dispersés dans 68 pays. Une machine qui ne connaît pas les frontières.

    Sous l’autorité de Carlucci, le groupe Carlyle montre qu’il sait y faire. Nous l’avons vu à l’oeuvre en France. En 2003, profitant du démantèlement de l’Imprimerie nationale, il acheta ses bâtiments pour la somme de 85 millions d’euros. Quatre ans plus tard, il les revendait pour 376 millions d’euros à l’État français pour y installer le futur ministère des Affaires étrangères. Presque cinq fois plus cher !

    Déjà, en 1999, le groupe s’était manifesté à l’attention des Français. Avançant un milliard d’euros au « Figaro », il menaçait de prendre le contrôle de 40% des parts du journal si cette somme ne lui était pas remboursée d’ici 2009.

    Au Château, alors habité par Jacques Chirac, on s’inquiétait de voir une entreprise américaine s’emparer « du » média de la majorité de droite.

    Dans la place, mais minoritaire, le groupe Dassault est alors chargé de régler l’affaire par Chirac. Son « vieil ami » Serge Dassault, croit le Président, lui restera fidèle, dans le combat qui déjà s’annonce contre Nicolas Sarkozy. Il se trompe. Serge a choisi l’autre camp, celui qui, dans la discrétion, prépare l’avènement de Sarkozy à la Présidence.

    Le groupe Dassault, par tranche, prend donc le contrôle de la Socpresse, maison-mère du « Figaro ». Commence alors l’éviction des journalistes gênants : trop gaullistes, souverainistes ou indépendants d’esprit. Puis viendra le scandale « Clearstream » (1), orchestré de l’étranger, pour mettre Dominique de Villepin hors jeu. Opération réussie. Sarkozy est élu.
    Carlyle continue, par ailleurs, de sévir. Certes, il y a des accrocs. Par exemple, la découverte par la presse, parmi les investisseurs du groupe, de membres de la famille Ben Laden. Mais à l’occasion des guerres d’Irak et d’Afghanistan, par le biais des compagnies d’armement qu’il contrôle (18 milliards de dollars investis dans la Défense), le groupe Carlyle engrange de juteux bénéfices. Il est même le premier à envoyer des mercenaires à Bagdad.

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