Géorgie : la Russie attaque la route du pétrole et du gaz

Btc_pipeline_map Souvenez-vous : en janvier 2006, déjà, la Russie s'affrontait avec la Géorgie, officiellement en raison de l'arrestation en Géorgie de quatre officiers russes pour "espionnage".

Mais il était déjà fort clair que la Géorgie constituait un enjeu de taille sur la route du transit du gaz et du pétrole.

Imaginez : d'un côté les champs d'hydrocarbures de la Mer caspienne, de l'autre la mer noire. Entre les deux, trois pays : l'Azerbaidjan, la Géorgie, l'Arménie et le BTC .... le pipeline Bakou, Tbilissi, Ceyhan (Turquie) qui achemine une grande partie des ressources énergétiques de la planète ... Telle est la réelle donne du conflit actuel.

L'armée russe a pris le contrôle de Tskhinvali, la capitale de la région séparatiste pro-russe d'Ossétie du Sud en Géorgie, a annoncé dimanche le porte-parole du ministère géorgien de l'Intérieur, Chota Outiachvil.

La Russie s'apprête par ailleurs à attaquer l'ouest de la Géorgie, près de la république séparatiste géorgienne d'Abkhazie, a affirmé dimanche le président du Parlement géorgien David Bakradze.

Moscou aurait pour sa part demandé à l'ONU de retirer ses observateurs du territoire situé entre la région séparatiste d'Abkhazie et celle de Zougdidi, dans l'ouest de la Géorgie.

La Géorgie avait annoncé auparavant le retrait de ses forces de la quasi-totalité de la région séparatiste d'Ossétie du Sud, tandis que la Russie lui imposait un blocus maritime pour l'empêcher de recevoir des armes et poursuivait ses raids aériens en territoire géorgien.

"Nous nous sommes retirés de presque toute l'Ossétie du Sud en signe de bonne volonté et de notre volonté d'arrêter la confrontation militaire", a ainsi annoncé le secrétaire du Conseil de sécurité géorgien Alexandre Lomaïa.

La Géorgie a demandé à "la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, de servir de médiateur avec les Russes, de transmettre notre message", a-t-il ajouté, Washington étant un allié de cette ex-république soviétique pro-occidentale.

Rappelons qu'en janvier 2006, le président géorgien Mikheil Saakachvili avait accusé la Russie d'être derrière les deux explosions survenues sur le principal gazoduc russe alimentant la Géorgie et l'Arménie. Considérant que la Géorgie avait été l'objet d'un grave sabotage de la part de la Fédération de Russie, il avait alors estimé officiellement que l’argumentation russe – qui évoquait notamment une éventuelle origine terroriste - était absolument inadéquate et contradictoire.

Les deux explosions s'étaient produites sur le tronçon principal et un embranchement secondaire du gazoduc Mozdok-Tbilissi, dans le Caucase russe, non loin de la frontière avec la Géorgie, selon le ministère russe des Situations d'urgence.

Le ministère russe des Situations d'urgence avait alors annoncé que la Russie avait interrompu dans la nuit de samedi à dimanche ses livraisons de gaz à la Géorgie après un incident impliquant le gazoduc reliant les deux pays.

La Géorgie dépend étroitement de la Russie pour ses livraisons de gaz, dont le prix a augmenté fortement pour presque doubler à 110 dollars les 1.000 m3 sur décision de Moscou à partir de janvier 2006. Les relations entre la Géorgie et la Russie se sont fortement dégradées depuis la prise de pouvoir à Tbilissi en janvier 2004 du président Mikhaïl Saakashvili, le gouvernement russe voyant d’un mauvais œil le pays quitter sa sphère d'influence ...

Le ministre géorgien des Affaires étrangères Gela Bezhuashvili avait déclaré en janvier 2006 que la Géorgie envisageait d’importer du gaz d’Iran, d’Azerbaïdjan et d’Asie centrale pour réduire sa dépendance énergétique après la forte augmentation du prix du gaz russe. Au cours d’une conférence de presse conjointe avec son homologue arménien Vardan Oksanian le ministre géorgien avait déclaré que dans quelques années, les deux pays devraient avoir réussi à importer le gaz de différents pays.

Le gazoduc que l'Arménie et l'Iran ont construit en dépit de l'opposition de Moscou et de Washington inquiète la Russie qui craint de perdre son monopole. Ce gazoduc pourrait à l'avenir être utilisé pour faire transiter le gaz iranien vers la Géorgie et l'Ukraine, deux ex-républiques soviétiques désormais pro-occidentales et qui dépendent de livraisons de gaz russes.

Mais, dans le cadre d'un accord conclu entre l'Arménie et la Russie, le géant gazier russe Gazprom a obtenu la prise de contrôle du gazoduc arméno-iranien qui devrait permettre notamment de renforcer les livraisons de gaz iraniens vers la Géorgie, affranchissant ainsi – désormais en théorie -ce pays des tarifs gaziers pratiqués par Moscou.

Cependant, Poutine semble avoir tout prévu  : ce gazoduc a en effet été construit, sous la pression des Russes, à des dimensions (diamètre de 70 cm) qui lui permettront de répondre aux seuls besoins en gaz de l'Arménie. Impossible dès lors de l'utiliser pour exporter du gaz en Géorgie ...

Laquelle Géorgie n'a pratiquement pas de ressources en hydrocarbure et en gaz ... mais dispose d'une façade maritime sur la mer Noire, mer ouverte la plus proche des principaux champs pétrolifères et gaziers de la mer Caspienne, évalués comme le 3ème gisement de pétrole mondial.

Pour sortir le pétrole de la Caspienne, il faut rejoindre une mer ouverte. L'URSS avait privilégié les sorties maritimes via le port russe de Novorossisk. Depuis son éclatement, les pays de la région se disputent le droit de transporter ce pétrole. La Russie veut continuer les exportations via ses ports et ses pipelines, tandis que la Géorgie cherche au contraire à héberger de nouveaux terminaux et souhaite que son territoire soit un lieu de passage des oléoducs.

Mais la mise en service du pipeline BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) pourrait "révolutionner" la région... ce qui est malheureusement peut-être le cas aujourd'hui. Long de plus de 1 700 kilomètres, il a été conçu pour permettre d'acheminer un million de barils par jour depuis la mer Caspienne jusqu’au port méditerranéen turc de Ceyhan, en passant par l’Azerbaïjan, la Géorgie et la Turquie. Il devrait à lui seul exporter autant que les 4 ports de la mer Noire où est embarqué le pétrole transitant par le système des oléoducs russes.

Ce pipeline est principalement financé par BP et soutenu par la Banque mondiale et par la Banque européenne. Le but du projet est de "sortir le pétrole de la Caspienne de l' étau russe". La stabilité des pays qu'il traverse et leurs liens "d'amitié" avec les grandes compagnies pétrolières ont beaucoup plus compté dans la définition précise de son tracé que les intérêts économiques à court terme des majors.

Le transport de pétrole et de gaz du Kazakhstan par des canalisations contournant la Russie et l'Iran est une "priorité stratégique" des Etats-Unis, pouvait-on lire en septembre 2006, dans un rapport de Richard Lugar, président du comité des affaires étrangères du Sénat des Etats-Unis, diffusé à Washington.

Dans ce document établi au vu des résultats de son voyage au Kazakhstan, en Azerbaïdjan et en Géorgie, le sénateur républicain indique : "En dépit de la poursuite de la recherche de moyens d'élargir les voies d'exportation via la Russie, la priorité stratégique des Etats-Unis est le travail avec le gouvernement et l'industrie privée du Kazakhstan pour mettre en place des itinéraires d'exportation vers l'Occident par la mer Caspienne et l'Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, en contournant les territoires soumis au contrôle de la Russie ou de l'Iran".

Le rapport du sénateur indique également que les réserves de pétrole du Kazakhstan vont, selon différentes estimations, de 9 à 40 milliards de barils et celles de gaz naturel de 67.000 à 196.000 milliards de pieds cubes.

A lire également :

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16 Commentaires

  1. 1

    HETHATO

    Et le génocide des Ossètes, les derniers héritiers des Scythes, par Saakashvili et ses assassins ? Un détail de le seconde guerre froide ?

    Les USA ont instauré des régimes autocratiques et corrompus à leur solde en Géorgie et en Ukraine. Maintenant, ils payent.

    Ce coup d'arrêt à l'invasion du monde par l'OTAN et ses maîtres de Pentagone est la meilleure nouvelle géopolitique depuis dix ans au moins.

    Les affairistes qui habitent en Europe (et se prétendent "Européens" alors qu'ils sont en fait des mondialistes) sont idéologiquement liés à Bush et à son pays. Mais leur industrie a besoin du gaz russe ! Bonne nouvelle... Il va falloir qu'ils reviennent au principe de réalité et choisissent, bien obligés, le camp de l'Europe, celui de l'alliance de la petite Europe de l'Ouest avec la Fédération de Russie dans une vraie Europe, de Brest à Vladivostok.

    Les troupes US vont bientôt devoir retourner dans leur chenil. Grand bien leur fasse.

  2. 2

    Elisabeth

    certes, certes, mais petit rappel tout de même (décembre 2006) :

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    – La Russie accuse la Géorgie d'entraver le retrait des bases russes

    Le ministère russe des Affaires étrangères a cette semaine accusé la Géorgie de s'opposer intentionnellement au retrait des bases militaires russes de cette république.

    "La violation de ses engagements par la Géorgie est patente, cela ne saurait être considéré autrement que comme une tentative intentionnelle pour entraver le fonctionnement normal de la base russe de Guioumri et aussi le retrait des bases russes de Géorgie. Le caractère démonstratif de ces actions montre que la partie géorgienne entend toujours attiser la tension dans les relations bilatérales", lit-on dans un communiqué.

    Tbilissi n'a pas répondu à la demande d'autorisation, déposée dans les délais requis, concernant la réalisation les 8-22 décembre de vols programmés à la base aérienne russe N°102 à Guioumri (Arménie). Une note a été remise à ce sujet à l'ambassadeur de Géorgie à Moscou, Irakliou Tchoubinichvili.

    "La partie russe a souligné que Tbilissi devait immédiatement mettre un terme au sabotage de l'Accord sur le transit des frets militaires et des personnels russes via le territoire géorgien en date du 31 mars 2006, qui est, comme on le sait, un volet important du paquet d'accords concernant le retrait des bases militaires russes de Géorgie", a fait remarquer le ministère russe des Affaires étrangères

    Conflit gazier Russie/Géorgie : aide de la Turquie ?

  3. 3

  4. 4

  5. 5

    Saakashvili

    Saakashvili est diplômé en droit de l’Université américaine de Columbia (1994) et titulaire d’un doctorat de sciences juridiques de l’Université George Washington (1995). C’est à cette époque qu’il développe de nombreux contacts dans la classe politique américaine ;

    80% des membres du nouveau gouvernement formé par Saakashvili après
    son élection triomphale à la Présidence de la République en janvier
    2004 ont étudié et/ou travaillé aux Etats-Unis ; la plupart d’entre eux pour la Fondation Soros et l’agence américaine d’aide au développement USAID, notoirement très liée au Département d’Etat ;

  6. 6

    europhilou

    Les tensions ne sont pas seulement en Ossétie, mais aussi en Abkhazie et ailleurs dans le Caucase où Moscou se prépare à organiser les JO de 2014.
    Un oeil sur la carte ?
    http://www.nouvelle-europe.eu/index.php?option=com_content&task=view&id=499&Itemid=55

  7. 7

    Marc Authier

    Les Russes ont bombargé les installations pétrolières de Poti. A Poti il y a British Petroleum. Dehors les sales impérialistes anglo-britanniques. C'est évident que les anglo-saxons, ces sales hypocrites, ont le même objectif que leur amis Adolf Hitler; mettre la main sur le pétrole du Caucase et à long terme démembrer la Russie. C'est évident.

  8. 8

    Elisabeth

    Peut-être, mais la volonté de Poutine , c'est de refaire l'URSS.

    N'oublions pas qu'en "agrandissant" la Russie, cela impose une nouvelle constitution ... qui pourrait notamment permettre le retour de Poutine comme Président

  9. 9

    Marc Authier

    Bravo Monsieur Poutine ! C'est cuireux en effet. On pleure pour le nettoyage ethnique au Kosovo et en Bosnie par les "méchants" Serbes. Mais quand il s'agit des Georgiens téléguidés par ces hypocrites puants colonialistes d'anglo-saxons, pas de problème. Deux poids deux mesures. La Russie devrait faire exploser le pipeline de British Petroleum et de Conoco Philips. Dehors les anglo-américains.

  10. 10

    Francis

    J'ai entendu sur A5 que Gazprom finance 80% de l'état russe.

  11. 11

    Elisabeth

    A lire absolument
    Poutine , parrain de toutes les Russies
    , j'en reparle

    http://www.russie.net/article4254.html

  12. 12

  13. 13

    Elisabeth

    Tout est dit dans cette video, sur l'enjeu associé à la Géorgie : le BTC mais aussi Nabucco

    "une nouvelle guerre de l'energie a commencé"

  14. 14

    Nabucco/Medvedev

    Medvedev tente de torpiller le projet de gazoduc européen Nabucco

    Le Figaro
    08/07/2008 |

    Le président russe était en tournée en Asie centrale du 3 au 6 juillet. Avec un objectif : mettre en échec Nabucco.

    Russes et Européens sont encore loin d'être «mat» sur l'échiquier gazier de la Caspienne. Mais chaque coup mérite la plus grande attention. Comme ceux qu'a joués, du 3 au 6 juillet, Dmitri Medvedev dans les capitales des ex-républiques soviétiques d'Azerbaïdjan, du Turkménistan et du Kazakhstan.

    Les 3,3 % des réserves mondiales d'or gris que recèle le bassin caspien se révèlent particulièrement stratégiques pour le futur géopolitique et économique de la Russie comme pour la sécurité énergétique de l'Europe, dépendante à 40 % de Gazprom.

    C'est à Bakou, le 3 juillet, que le successeur de Vladimir Poutine a joué son coup le plus audacieux pour mettre en échec le projet de gazoduc Nabucco, pierre angulaire de la stratégie européenne pour drainer le gaz caspien vers le Vieux Continent en contournant la Russie. C'est dans une capitale de l'Azerbaïdjan pourtant pro-occidentale qu'il a proposé à son homologue Ilham Aliev «d'entamer les discussions sur les conditions d'achat du gaz azéri.»

    Hausse des tarifs
    Gazprom est «prêt à en acheter autant qu'ils peuvent en vendre.» Au prix fort. À Bakou, Alexeï Miller, le patron du géant gazier, a annoncé une hausse des tarifs pour les Européens de 400 à 500 dollars les 1 000 mètres cubes, d'ici à la fin de l'année. Tout est fait pour priver Nabucco du gaz azéri. «Au début, en 2013, Nabucco ne transportera que 10 à 12 milliards de mètres cubes de gaz par an. Il devra venir d'Azerbaïdjan», confirme Reinhard Mitschek, le directeur de Nabucco Gas Pipeline, consortium de cinq gaziers européens et de Botas, le transporteur d'hydrocarbures turc.

    Le responsable de Nabucco se dit confiant. «Il y a assez de gaz dans la région pour les Russes, les Européens et les Chinois», répond-il aux pessimistes qui ne croient pas que Nabucco verra le jour, faute de gaz pour le remplir. «Contrer Nabucco a une signification géopolitique et économique pour la Russie qui ne veut pas de l'influence occidentale dans la région et entend maintenir l'Europe dans sa dépendance pour l'achat de gaz», estime Jonathan Stern, de l'Institut pour les études sur l'énergie, à Oxford.

    Malgré la politesse diplomatique affichée par le président azéri, il n'est pas sûr que Bakou accepte de céder aux Russes ses volumes supplémentaires. «Je doute que nous réorientions notre politique, estime la politologue Leila Alieva. Les hydrocarbures sont notre outil pour défendre notre indépendance, vis-à-vis de Moscou. Le couloir énergétique Est-Ouest est très important pour nous. »

    Au Turkménistan, le 4 juillet, la partie n'a pas été plus simple pour Dmitri Medvedev. Certes, l'ancien dirigeant de Gazprom n'a pas perdu de terrain vis-à-vis des Européens. Mais il n'a pu faire revenir le président turkmène sur sa demande de doubler les tarifs. Achkabad est en position de force. Gazprom n'aura bientôt plus le monopole sur l'exportation de son gaz. Le Turkménistan, qui veut tripler sa production d'ici à 2030, construit un gazoduc pour livrer 30 milliards de mètres cubes par an aux Chinois et ne dit pas non au projet occidental de gazoduc transcaspien, pour alimenter Nabucco.

  15. 15

  16. 16

    Francis

    Merci

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