Le Livre blanc sur la Défense, présenté mardi par Nicolas Sarkozy, se traduira pour les industriels par moins de frégates commandées au groupe naval DCNS et un probable étalement des commandes de Rafale à Dassault.
Il devrait néanmoins faire des “heureux” dans le domaine spatial.
Si le Livre blanc définit des priorités stratégiques, il fixe également des objectifs en termes de matériels: 250 chars Leclerc, 650 blindés de combat type VBCI, 300 avions de combat - Rafale et Mirage 2000-D modernisés - ou encore un total de 18 frégates de premier rang.
En conséquence, le groupe DCNS, détenu à 75% par l'Etat et 25% par Thales, ne devrait recevoir commande que de 11 frégates multi-missions FREMM sur les 17 initialement prévues.
La décision de construire ou non le deuxième porte-avions (PA2) a été reportée à 2011-2012. Le coût du navire, évalué à 3,5 milliards d'euros est susceptible d'affecter d'autres programmes majeurs. De plus, les délais de construction n'auraient de toute façon pas permis son entrée en service d'ici à 2015, date de la prochaine immobilisation pour 18 mois du Charles-de-Gaulle.
"Il y aura moins de FREMM que prévu, pas de décision sur le deuxième porte-avion avant 2012, donc à court terme tout ceux qui sont dans le naval perdent quelque chose", résume Etienne de Durand, directeur des études de sécurité à l'IFRI.
La perte - plus de 3 milliards pour le porte-avion et 500 millions par frégate - s'avère d'autant plus importante pour DCNS que le groupe dépend encore fortement de la commande publique. Mais il n'y aura "pas de plan social", assure un porte-parole du groupe: "on va rapatrier dans nos établissements l'activité qui devait être sous-traitée".
En ce qui concerne les avions de combat, l'objectif est de 300 appareils en comptant des Mirage 2000-D modernisés, ce qui laisse peu de place aux 294 Rafale initialement prévus.
Chez Dassault Aviation "on n'y voit pas une suppression" de certains appareils mais plutôt "un étalement du programme". Le constructeur obtient d'autres sujets de satisfaction par ailleurs. Il vient en effet de s'allier à Thales et l'espagnol Indra pour concurrencer EADS sur le marché des drones MALE (moyenne altitude longue endurance) de surveillance, une des priorités du Livre blanc.
Pour les appareils de transport, les avions A400M et les hélicoptères NH-90 restent des priorités. EADS devrait en tirer profit ... si les appareils arrivent à l'heure prévue.
En armement terrestre, les 650 VBCI (Véhicule blindé de combat d'infanterie), sur les 700 prévus, constituent une réduction moindre que ce que pouvait craindre son fabricant, le groupe public Nexter.
"Ca semble très raisonnable", commente Jean-Patrick Baillet, directeur des opérations de Nexter. Mais il faudra attendre pour savoir si "les cadences de production seront maintenues ou si le programme sera étalé" dans le temps, nuance-t-il.
Le Livre blanc veut également porter l'accent sur les satellites de renseignement et de détection des lancements de missiles. Le chef de l'Etat a annoncé mardi un "effort massif d'investissement" sur le renseignement, notamment d'origine spatiale, considéré comme l'une des nouvelles priorités stratégiques de la politique de défense française. Selon le schéma retenu, les crédits consacrés au satellites militaires, qui ont atteint 380 millions d'euros en 2008, devraient être doublés d'ici 2020.
Ces programmes devraient profiter aux deux grands fabricants européens du domaine spatial : Astrium, filiale d'EADS qui assure aussi la maîtrise d'oeuvre de la fusée Ariane 5, et Thales Alenia Space (détenu par Thales à 67% et l'italien Finmeccanica à 33%).
"Je vous ai fixé une ligne, une stratégie. A vous de la mettre en forme maintenant. On est à un tournant (...) on ne peut pas se tromper, on est au XXIe siècle, on ne peut pas faire la guerre du XXe", a également estimé Nicolas Sarkozy, rappelant qu'il n'y avait à ses yeux "pas de diplomatie sans capacité militaire derrière".
Si le président s'est engagé à consacrer 200 milliards pour l'équipement des armées d'ici 2020, pour l'instant, "les détails ne sont pas donnés parce que les arbitrages précis seront rendus dans les mois qui viennent avec la procédure budgétaire", explique Etienne de Durand. La future loi de programmation militaire (LPM), définie pour la période 2009-2014 devrait permettre de traduire les objectifs d'équipement en crédits.
Source : AFP, Reuters
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