La Suisse signe un contrat de fourniture de gaz avec l'Iran

Calmyrey_iranLa Suisse, un pays neutre ? Pourquoi pas ... Fort de ce "postulat", deux sociétés suisse et iranienne ont signé lundi un contrat pour la fourniture de gaz iranien à la Suisse d'ici 2011.

La réponse des Etats-Unis ne s'est pas faite attendre : Washington a affirmé voir dans cet accord "un message négatif", alors que l'Iran est montré du doigt en raison de son programme nucléaire controversé.

Pour rappel, la Suisse gère les intérêts américains en Iran, depuis la rupture en 1980 des relations diplomatiques entre Washington et Téhéran.

La National Iranian Gas Export Company (NIGEC), société iranienne exportatrice de gaz, et la société EGL du groupe énergétique suisse Axpo ont signé lundi à Téhéran un contrat - d'un montant non précisé - portant sur l'exportation de gaz naturel iranien vers l'Europe.

La signature a eu lieu en présence du chef de la diplomatie iranienne Manouchehr Mottaki, et de son homologue suisse Micheline Calmy-Rey. "La Suisse est au milieu de l'Europe, elle a besoin de ressources", a affirmé cette dernière, justifiant sa démarche par le fait que son pays avait "besoin de diversifier ses sources d'approvisionnement en énergie".

Selon la presse iranienne, l'Iran et la Suisse étaient parvenus à une entente préliminaire sur la livraison de gaz du gisement iranien de Pars-Sud (Pars South) en septembre 2007.

Mme Calmy-Rey a pris soin de préciser que le contrat "se conforme au droit international et aux résolutions de l'ONU", lesquelles ont infligé des sanctions à l'Iran pour son refus de suspendre ses activités nucléaires sensibles. La ministre avait assuré, avant son départ pour Téhéran, que l'accord ne contrevenait pas aux directives américaines contre le commerce avec Téhéran. Elle a dit avoir informé Washington du contrat et de l'importance stratégique pour la Suisse et l'Europe des livraisons de gaz en provenance d'Iran.

Dans un communiqué de l'ambassade des Etats-Unis à Berne, les Etats-Unis ont dénoncé l'accord irano-suisse, le qualifiant de "message négatif" , et ce “au moment où l'Iran continue à défier les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU" sur son programme nucléaire.

Cet accord "viole l'esprit des sanctions" imposées à l'Iran par le Conseil de sécurité de l'ONU, a ajouté l'ambassade. "Nous sommes déçus et continuerons nos discussions avec la Suisse concernant la nécessité de maintenir la pression sur l'Iran pour qu'il remplisse ses obligations internationales" a -t-elle également précisé.

L'accord prévoit la fourniture par la NIGEC de 5,5 milliards de m3 de gaz par an au profit de EGL (Elektrizitaets-Gesellschaft Laufenburg). Ce gaz est principalement destiné à alimenter des centrales d'EGL en Italie. Il dépend cependant de la construction du gazoduc Trans Adriatic Pipeline (TAP), dont la décision finale d'investissement n'interviendra pas avant 2009, et surtout sur la capacité de l'Iran à alimenter ce dernier.

Le TAP, projet évalué à 2,3 milliards de francs suisses, doit acheminer du gaz naturel en provenance de la région de la Caspienne et du Moyen-Orient. Il passera par la Grèce et l'Albanie, d'où il traversera la mer Adriatique sur 115 km avant de rejoindre les Pouilles. Du sud de l'Italie, il remontera vers le reste de l'Europe.

Notons par ailleurs que la Libye est un important fournisseur d'hydrocarbures de la Confédération helvétique. Comme quoi, parfois, la “neutralité” autorise bien des choses ...

La quasi-totalité des importations suisses en provenance de Libye porte en effet sur le secteur des hydrocarbures. Ce pays était en 2003 le premier fournisseur de pétrole brut de la Confédération, puisqu’il représentait alors, près de 53% de ses importations en ce domaine (49% en 2001), suivi du Nigeria (32%), l’Algérie (10%) et l’Iran (8%).

En 2003, la Suisse a importé pour près de 600 millions de francs (770 millions en 2001) de pétrole. 35% de ce total l’a été sous forme de brut, le reste consistant en produits dérivés raffinés dans des pays européens voisins.

Sources : AFP, Ria Novosti, Secrétariat d'Etat à l'Economie suisse, tsr.ch

A lire également :

Suisse : la facture d'électricité pourrait grimper de 50% selon Axpo

 

3 Commentaires

  1. 1

    Algerino

    En meme temps on peut difficilement priver un pays de s'alimenter en energie...

  2. 2

    Rabah

    Je trouve anormal que la Suisse informe les Etats-Unis de sa décision ,ce n'est pas une république bananière ,chaque pays doit défendre es propres intérêts.

  3. 3

    Elisabeth

    Reponse de la Suisse aux USA
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    Gaz en Iran: Micheline Calmy-Rey se défend

    18 mars 2008 21:18


    Selon M.Calmy-Rey, il n'y a pas de faux signal donné à l'Iran


    Micheline Calmy-Rey a défendu mardi la légitimité du contrat gazier signé lundi à Téhéran. Face aux critiques américaines, elle a affirmé que la Suisse n'avait pas besoin d'autorisation pour assurer son indépendance énergétique.



    Comme à Téhéran lundi, la conseillère fédérale a mis l'accent mardi face à la presse sur le droit de la Suisse d'assurer ses intérêts stratégiques en matière énergétique. Elle a de plus mis en avant «une bonne collaboration entre la diplomatie et l'économie helvétiques».

    Pas de "faux" signal

    La cheffe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a assuré mardi qu'elle ne voyait pas en quoi le contrat signé par Electricité de Laufenbourg (EGL) et Téhéran «donne un faux signal» aux autorités iraniennes.

    Lundi, l'ambassade américaine en Suisse a jugé que la signature de ce contrat envoyait un «faux message», au moment où Téhéran «continue de défier les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU lui enjoignant de suspendre les activités d'enrichissement d'uranium».

    Parfaite légalité

    Micheline Calmy-Rey a rappelé mardi que cet accord ne viole ni les sanctions de l'ONU mises en place en raison du programme nucléaire iranien, ni les mesures prises par Washington contre la République islamique (Iran Sanctions Act).

    «Même si nous n'acceptons pas l'extraterritorialité de ces lois américaines», les juristes du DFAE et du SECO (Secrétariat d'Etat à l'économie) ont vérifié que le contrat ne les viole pas, a-t-elle souligné. L'Iran Sanctions Act, voté par le Congrès américain, autorise Washington à prendre des mesures contre les entreprises étrangères investissant dans le secteur des hydrocarbures de ce pays.

    Le contrat signé par EGL et la Société nationale iranienne d'exportation de gaz (NIGEC) permettra d'acheminer du gaz iranien en Italie via le gazoduc Trans-Adriatic Pipeline (TAP, 520 km), que l'entreprise zurichoise compte construire d'ici 2011.

    ats/tac

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