L'Iran veut "reconsidérer" un très important projet gazier avec le groupe pétrolier français Total portant sur une usine de liquéfaction de gaz à South Pars, dans le Golfe, a indiqué le ministre iranien du Pétrole cité lundi par le Financial Times.
Réponse du berger à la bergère ? peut-être. Mais au fond qui est le berger, et qui est la bergère ?
Les propos pour le moins "agressifs " - voire même qualifiés d'extrémistes - de la France envers l'Iran n'auraient-ils pas pour objectif final d"amadouer" Téhéran sur les conditions du contrat concernant l'exploitation de l'un des plus grands champs gaziers du monde, en usant de la méthode du"chantage" qui semble plaire à Nicolas Sarkozy, faisant fi de la voie diplomatique.
Où la réponse de l'Iran sur les contrats passés au Total est-elle à considérer au contraire comme la réponse aux réelles invectives de Paris ? La méthode Coué devient contagieuse, car face à ces propos pour le moins belliqueux, mieux vaut garder la tête froide.
Le projet portant sur plusieurs milliards de dollars doit "être reconsidéré", a assuré Gholam Hossein Nozari expliquant que les prix que Total souhaitait pratiquer pour la vente du GNL (gaz naturel liquéfié) qui sortira de l'usine sont trop élevés. Les prix proposés à Téhéran par Total vont forcer l'Iran "à étudier la faisabilité d'un nouveau plan", a-t-il ajouté selon le quotidien économique.
"Pour l'instant, nous n'avons pu prendre de décision finale d'investissements, parce que nous sommes en train de ré-étudier le projet et les coûts, mais je n'ai pas de commentaire à faire sur ce qu'a dit M. Nozari", a indiqué à l'AFP une porte-parole du groupe Total.
Le ministre iranien a également remis en cause une des clauses prévue dans le projet, selon le FT, selon laquelle Total récupèrerait pour lui-même 5 millions de tonnes de GNL. Ceux-ci "doivent être remis sur le marché" et ne pas aller au pétrolier français, a estimé le ministre.
L'Iran avait donné jusqu'à juillet à Total pour faire une nouvelle proposition de prix pour pouvoir finaliser ce projet, selon le FT. Total de son côté a fait valoir que les investissements nécessaires avaient considérablement augmenté depuis les premières négociations. "Le coût de ce projet a beaucoup augmenté, et on est train de revoir la copie pour faire baisser les coûts", a expliqué la porte-parole.
L'"affaire" intervient alors que le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a affirmé dimanche que Paris avait "demandé" à de grandes entreprises françaises dont Total, de ne "pas répondre aux appels d'offres" en Iran en raison de la crise autour du programme nucléaire de ce pays. Interrogée à ce sujet, la porte-parole de Total n'a pas souhaité non plus faire de commentaires, affirmant toutefois que "pour prendre une décision d'investissement, on prendra en compte la situation internationale".
L'Iran avait annoncé en février 2006 qu'il allait signer des contrats avec le géant anglo-néerlandais Shell, le français Total et l'espagnol Repsol pour développer des projets à Pars. "Les contrats seront probablement signés" dans les prochains jours, avait alors déclaré Akbar Torkan, le directeur général de la compagnie publique Pars Oil and Gas Company (POGC), en charge du champ pétrolier. Les contrats concernent les phases 11 et 13 du gisement et sont destinés à la production de gaz naturel liquéfié (GNL) pour l'export.
Total était prévu pour travailler sur la phase 11, avec un projet appelé Pars GNL, tandis que Shell et Repsol devaient travailler sur la phase 13, avec un projet appelé Persian GNL. Les compagnies devaient collaborer avec la Compagnie nationale iranienne de pétrole (NIOC). L'investissement pour chaque phase était alors estimé entre 1.2 et 1.5 milliard de dollars.
En mars 2006, Gaz de France avait reconnu être en discussion avec Total et les autorités iraniennes pour prendre une participation dans le projet d’importance majeure de production de gaz naturel liquéfié Pars GNL. Des pourparlers étaient alors en cours sans être finalisés néanmoins. Des lettres d'intention auraient été signées en décembre 2005 entre les différentes parties dans le but de parvenir à un accord global d'ici l'été 2006.
En août 2006, Gaz de France avait laissé sous entendre qu'il pourrait rejoindre à la fin de la même année un consortium constitué de la compagnie nationale pétrolière iranienne, du pétrolier français Total et du malaisien Petronas, pour l'exploitation de l'un des plus importants site offshore de gaz naturel au monde - South Pars - que l'Iran partage avec le Qatar.
La participation de GDF dans South Pars approcherait les 10 %, pour un investissement de 300 millions de dollars. Le gisement Iranien est situé à la frontière de l'Iran et du Qatar. Il devrait produire près de 10 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an à partir de 2010. L'investissement s'élèverait à 300 millions de dollars et un contrat de 330 millions de dollars serait signé pour l'achat de 2,6 milliards de mètres cubes de gaz par an sur vingt ans. Détenant les deuxièmes réserves mondiales de gaz, l'Iran viendrait diversifier les sources d'approvisionnement de Gaz de France, confronté notamment au déclin des champs de la mer du Nord.
Au Moyen-Orient, c'est le Qatar qui dispose actuellement du plus grand gisement de gaz du monde, le North Dome, encore peu exploité (au rythme d'extraction actuel, il tiendrait plus de 500 ans). Le pays peut aisément devenir le premier fournisseur mondial de GNL, la production doit presque tripler d'ici 2012.
En mars 2007, Christophe de Margerie, le patron du groupe pétrolier français Total, avait été déféré au pôle financier du palais de justice de Paris à l'issue de sa garde à vue dans le cadre d’une affaire de corruption. Les policiers financiers appartenant à la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) avaient alors interrogé le haut dirigeant sur le contrat signé en 1997 par Total avec la société pétrolière nationale iranienne NIOC ... concernant le gisement de gaz en mer, Pars-Sud ou Pars South (dans le Golfe).
Quatre autres cadres et anciens cadres dirigeants de Total également placés en garde à vue - le directeur financier Robert Castaigne, le patron de la filière gaz Philippe Boisseau, l'ancien responsable pour Total de Pars-Sud (ou Pars South) Michel Naylies et l'ancien cadre du groupe Patrick Rambaud - avaient été remis en liberté par la suite.
Total aurait versé plus de 40 millions de francs suisses (30 millions d'euros) à divers intermédiaires de Téhéran, afin d'obtenir des permis d'exploration pétrolière en Iran. C'est en tout cas ce qu'affirme un rapport de 5 pages, adressé récemment par le procureur fédéral de Lausanne, Patrick Lamon, au juge d'instruction français Philippe Courroye.
Mais ce n'est pas tout ...
En 1975, la société française nationalisée Cogéma et le gouvernement iranien ont fondé la Sofidif (Société franco–iranienne pour l’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse), possédant respectivement 60% et 40% des parts. En retour, la Sofidif a acquis une part de 25% dans Eurodif, ce qui donnait à l'Iran sa part de 10% dans Eurodif.
Le Shah d'Iran avait alors prêté un milliard de dollars US (et encore 180 millions de US$ en 1977) pour la construction de l'usine Eurodif, en vue d'obtenir l'autorisation d'acheter 10% de la production d'uranium enrichi du site. Suite à la révolution islamique de 1979, l'Iran suspend ses paiements et réclame le remboursement du prêt en faisant pression sur la France.
En avril 1979, le premier ministre Raymond Barre inaugure l'usine d'Eurodif. Dans le même temps, l'Ayatollah Khomeiny rompt le contrat de fourniture de centrales nucléaires passé avec la France. Mais il confirme l’actionnariat dans Eurodif de l’Iran qui possède toujours alors 10% des parts de cette usine. Mais la France refuse de laisser l'Iran exercer son statut d'actionnaire d'Eurodif.
En 1981, après la mise en service de l'usine Eurodif, l'Iran réclame 10% de la production d'uranium enrichi auquel ils ont contractuellement droit, ce que la France refuse. De 1981 à 1991, le régime des mollahs est soupconné d'avoir perpétré plusieurs assassinats, prises d’otages et attentats meurtriers.
Le 17 novembre 1986, après plusieurs attentats meurtriers à Paris, et l'enlèvement de journalistes français (Jean-Paul Kauffmann, Michel Seurat, …) retenus en otage au Liban par des groupes liés à l'Iran, la France rembourse 330 millions de dollars, mais refuse de fournir toute livraison d'uranium enrichi. Le même jour se produit l'assassinat de Georges Besse, le fondateur d’Eurodif. En décembre 1987 a lieu un 2e versement officiel de 330 millions de dollars par la France à l'Iran.
Le 6 mai 1988, entre les deux tours de l'élection présidentielle, les otages français sont libérés. Le premier ministre Jacques Chirac assure dans un accord avec l'Iran des « garanties politiques sur l'octroi sans restrictions par le gouvernement français de licence d'exportation d'uranium enrichi » et le rétablissement du statut d'actionnaire de l'Iran dans Eurodif sous la condition du retour des derniers otages du Liban.
En septembre 1989, le président François Mitterrand confie à François Scheer la formalisation d'un accord définitif de règlement du contentieux franco-iranien. Finalement un accord est trouvé en 1991 : la France remboursa plus de 1,6 millard de dollars. L’Iran est rétabli dans son statut d’actionnaire d’Eurodif via un consortium franco-iranien nommé Sofidif, avec le droit de prélever 10% de l’uranium enrichi à des fins civiles.
De source diplomatique française, on indique désormais que « l'Iran est bien membre d'Eurodif. Mais en l'absence de centrale nucléaire civile opérant en Iran, il n'y a pas de livraison d'uranium enrichi. »
A la lecture de ces « précisions », on comprend mieux alors les termes mêmes de l'Iran répondant aux invectives guerrières de Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy, l'agence Irna allant même jusqu' "à regretter l'époque où, selon elle, la France «résistait face aux États-Unis impérialistes et critiquait leur position». Cette «volonté d'indépendance face à la première puissance de l'Occident n'était pas limitées à une personne ou un parti, et il n'y avait pas de différence si le président était socialiste, gaulliste, communiste ou extrémiste de droite», a encore déploré l'agence iranienne.
En restant posé, voire même courtois, on peut se demander quelles mouches ont piqué Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, qui auraient peut-être mieux fait de se taire .... A moins que le but – purement interne à la France, encore une fois – soit justement de sortir quelques « affaires » qui pourraient embarrasser les gouvernements – certes de droite – précédents.
Mais à force d'agiter le cocotier, les noix de coco risquent de tomber. Ce qu'on pourrait presque appeler la « patience » de l'Iran pourrait avoir ses limites...
Sources : AFP, Reuters
A lire également :
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. Sarkozy pour des sanctions additionnelles contre l'Iran
. Sarkozy: gaz contre nucléaire avec l'Iran, sans Eurodif ?
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13 Commentaires
1
Certains medias moins renseignés que le blog finance ;) tentent de donner une image arrierée des iraniens (peut-être pour préparer l'opinion à des décisions non cautionables), mais c'est un peuple cultivé et tolérant(pour la grande majorité d'entre eux)avec une réelle économie et une histoire millénaire. J'espère qu'ils n'auront pas à subir d'attaques et que leurs dirigeants vont savoir eviter la confrontation.
18 septembre 2007 à 10:122
L'Iran semble visiblement vouloir éviter la confrontation et faire la distinction entre la France, les françasi, Nicolas Sarkozy, Kouchner et l'UMP
Preuve d'intelligence ... de leur côté
18 septembre 2007 à 10:313
Oui c'est vrai que je m'attendais à une reaction plus vive du côté iranien.
18 septembre 2007 à 13:28J'espère que le durcissement de la position française ne vient pas d'info sur une décision d'attaque imminente des Etats-Unis. Je crois que le quotidien arabophone Al Qods al arabi a fait une analyse qui leur laisse penser que la décision est déja prise.
En même temps vu que le peuple americain condamne l'action en Irak, je ne vois pas comment le gouvernement pourrait faire passer une 2eme guerre...
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dans les chenils, comme tout le monde le sait, il existe de nombreuses races de chien
avant il y avais le toutou blair, maintenant il y a le caniche sarkozy
ce gars j'ai jamais pu le blairer (eheh), ou chirac a dis non, sarkozy baisse son froc et dis oui, et comme il aime ca, il passe ses vacances aux states
18 septembre 2007 à 13:575
ce n'est pas très constructif je l'admet, mais au moins ca a le mérite de dire clairement ce que je ressens pour notre cher président
18 septembre 2007 à 14:106
Un chien suit son maître , sarko outrepasse les desiderata du maitre , de + les USA doivent être bien contents que TOTAL ait des difficultés en Iran, car ils convoitent mine de rien Pars South, comme tout le monde
de là que Bush ait "taquiné" Sarko, en usant de son "énergie" à ses dépens selon la méthode des arts martiaux, pourquoi pas ?
18 septembre 2007 à 14:297
"je ne vois pas comment le gouvernement pourrait faire passer une 2eme guerre..." et la financer , à moins qu'elle serve de test grandeur réel pour la "fameuse" bombe
+ action rapide
qui peut faire une "estimation" du cout ? carburants avions, etc ...
18 septembre 2007 à 14:458
SARKOZY est un agent sioniste operant pour Israel.La france est en dangers.
24 septembre 2007 à 10:459
Iran développera Pars sans Total si nécessaire
26 septembre 2007 à 21:20Mercredi 26 septembre 2007 / 18h47
Mardi, le directeur général de Total, Christophe de Margerie, avait déclaré le projet de South Pars dans l'impasse en raison des difficultés pour trouver un accord avec la compagnie pétrolière nationale iranienne.
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La "menace"se précise contre Total et Sarkozy, qui est désormais nommé sur le dossier
27 septembre 2007 à 11:3411
@Elisabeth :
Total n'est pas demandeur aux conditions actuelles : Margerie a annoncé en mai dernier qu'ils se donnait 6 mois pour prendre une décision... c'est à dire au moment où les mollahs seraient moins gourmands !
Or, les mollahs ne tempèrent pas leurs appétits car ils n'ont plus le choix. Les mollahs SONT les demandeurs dans l'affaire car ils recherchent désespérement des investisseurs (pourquoi croyez vous que les Chinois aient signé leur LNG avec Woodside ?)
Donc, c'est tout sauf une situation de menace. Les mollahs jouent la provocation dans l'espoir d'impressionner -mais Margerie a donné sa réponse !
Ici comme sur beaucoup de sujets, votre analyse est pauvre. svp, faîtes preuve d'humilité....
27 septembre 2007 à 12:1212
@E&P: Total n'est pas edmandeur sur l'un des plus grand champs gazier de la planete? Même avec des conditions plus contraignantes je pense que si on mettait de côté la géopolitique, Total voudrait conserver à tout prix une participation dans ce champs, c'etait une de leur fierté il me semble
27 septembre 2007 à 12:5313
Si la Chine est là ... c'est qu'il doit y avoir un intérêt
http://www.leblogfinance.com/2006/12/liran_et_la_chi.html
PS : si j'étais de TOTAl ou plutot important actionnaire de Total, je ferai tout pour minimiser le pb ...
27 septembre 2007 à 17:22Ajoutez un commentaire
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