Le prix de l'électricité va augmenter de 10% à court terme, a assuré le patron d'Axpo - leader suisse de l'énergie - Heinz Karrer dans une interview publiée dans "Cash daily". Sur le marché prochainement libéralisé, la hausse pourra même atteindre 50% à moyen terme.
En février 2007, le Conseil fédéral - l'organe exécutif de la Confédération suisse - a décidé de réorienter la politique énergétique pour parer à la pénurie d'énergie attendue. La stratégie repose sur trois piliers: l'efficacité énergétique, les énergies renouvelables et les grandes centrales électriques.
Selon M. Karrer, ce renchérissement s'explique par la raréfaction du courant, la hausse des prix du charbon et du gaz ainsi que les taxes et les frais liés à lutte contre le CO2 sur l'électricité importée. A court terme, le patron d'Axpo prévoit des hausses de tarifs à un chiffre ou tout juste à deux. Mais à moyen terme, la facture pourrait être jusqu'à 50% plus lourde si l'on n'arrive pas à accroître les capacités de production en Suisse.
Le patron d'Axpo s'inquiète en particulier du fait que les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Beznau devront être remplacés en même temps et que les contrats de livraisons d'électricité conclus avec la France arrivent à terme. La Suisse manquera alors de 2000 mégawatts de courant. A partir de 2020, les contrats d’importation de courant avec Electricité de France (EDF) viennent en effet à expiration dans un volume de production permanent équivalent à deux centrales nucléaires (telles que Gösgen et Leibstadt). La solution serait alors – selon lui - d'opter en faveur d'une nouvelle centrale atomique.
L'Office fédéral de l'énergie (OFEN) affirmait déjà en février 2007 que la sécurité de l'approvisionnement de la Suisse était incertaine du fait de la dépendance vis-à-vis de l'étranger et des ressources fossiles limitées. Il mettait également en avant le fait que compte tenu du changement climatique global, les émissions de CO2 doivent être considérablement réduites. S'agissant de l'électricité, qui représente un quart de la consommation globale d'énergie, des problèmes d'approvisionnement sont effectivement attendus en raison de l'expiration imminente des contrats d'importation à long terme et de la durée d'exploitation limitée des centrales nucléaires existantes.
Les perspectives énergétiques 2035 élaborées pour le compte de l'OFEN montrent parallèlement qu'au vu de la croissance de la consommation d'énergie, les mesures adoptées jusqu'à présent en matière de politique énergétique s'avèrent insuffisantes pour faire face à la situation. Le Conseil fédéral a pour cette raison défini de nouveaux principes pour la politique énergétique.
La principale mesure visant à assurer l'approvisionnement énergétique futur de la Suisse est l'utilisation économe des ressources énergétiques. « Chaque kilowattheure économisé est meilleur marché et plus respectueux de l'environnement que la construction de nouvelles centrales électriques » affirme le Conseil. Chaque litre de mazout ou d'essence économisé diminue les émissions de gaz à effet de serre et la dépendance de la Suisse à l'égard de l'étranger, précise-t-il encore.
Le Conseil Fédéral souhaite également conserver sur le long terme la force hydraulique comme principale énergie renouvelable indigène pour la production de l'électricité. Elle doit néanmoins être développée modérément en prenant en considération les objectifs de protection des eaux et de l'environnement. La part des autres énergies renouvelables intervenant dans la production d'électricité doit être accrue de manière à ce que la Suisse dispose d'un mix énergétique économiquement optimal et largement diversifié en matière d'électricité, mais aussi de chaleur et de mobilité.
Malgré le renforcement des mesures d'efficacité énergétique et le développement de la force hydraulique et des autres énergies renouvelables, l'approvisionnement électrique présentera à partir de 2020 un déficit, qui doit rester aussi faible que possible, poursuit le Conseil. Ce déficit ne pourra être comblé que par des technologies traditionnelles permettant de produire de grandes quantités d'énergie et, en partie, par des importations d'électricité, affirme l'OFEN.
Le Conseil fédéral préconise les centrales à gaz à cycle combiné (CCC) uniquement comme stratégie transitoire pour faire face à la pénurie d'électricité. Si des CCC concluent des conventions d'objectifs en vue d'une exonération de la taxe sur le CO2, elles doivent compenser 100% de leurs émissions, la prise en compte des certificats à l'étranger devant être garantie dans la mesure où la compétitivité de la production indigène d'électricité par des CCC n'est pas restreinte par rapport à l'étranger.
Le Conseil fédéral continue par ailleurs à miser sur l'énergie nucléaire. Il estime qu'il est nécessaire de remplacer les centrales nucléaires existantes ou d'en construire de nouvelles. En vue d'éventuelles demandes de l'industrie électrique, le Conseil fédéral souhaite examiner si les procédures d'autorisation et de construction peuvent être raccourcies dans le cadre des bases légales en vigueur.
Le renforcement de la collaboration internationale, en particulier avec l'UE, constitue un autre pilier de la stratégie énergétique. Il faut par exemple engager dès que possible des négociations sur le rattachement au commerce européen de certificats CO2 affirme par ailleurs le Conseil Fédéral.
Sources : ATS, DETEC, Axpo
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