Pakistan : refus officiel de la présence de militaires US en zone tribale

Bushmusharrafny Les Etats-Unis n'ont pas tardé à vouloir s'afficher comme les nouveaux maîtres protecteurs du Pakistan ... L'enjeu pourrait bien être encore une fois le pétrole et le transit des hydrocarbures.

Car il est vrai que le projet de gazoduc entre l'Inde, l'Iran et le Pakistan a une influence majeure sur l'échiquier énergétique mondial.

Le Pakistan a vertement réagi dimanche à des informations du New York Times selon lesquelles le gouvernement américain de George W. Bush envisageait des opérations militaires "clandestines" dans les zones tribales frontalières avec l'Afghanistan. Cette région du nord-ouest du Pakistan est le théâtre d'une insurrection de combattants islamistes proches des talibans et d'Al-Qaïda. Le scénario semble malheureusement rôdé, même si la fin demeure souvent incertaine ...

"Cela ne dépend pas du gouvernement américain, c'est le gouvernement du Pakistan qui est responsable de ce pays", a déclaré le général Waheed Arshad, porte-parole de l'armée. "Il n'y a pas d'opérations américaines, ni au grand jour ni clandestines, à l'intérieur du Pakistan. De telles informations sont sans fondement et nous les rejetons", a-t-il dénoncé.

D'après le site internet du New York Times (NYT), une proposition est discutée à Washington selon laquelle des agents de la CIA basés en Afghanistan pourraient faire appel à un soutien militaire direct pour mener des opérations anti-terroristes au Pakistan. Citant des sources anonymes du gouvernement américain, le quotidien affirme que la la CIA disposerait ainsi de pouvoirs élargis pour frapper des cibles au Pakistan.

Dans les zones tribales, dans les districts du Waziristan du Nord et du Sud, 90.000 militaires pakistanais font face à des combattants islamistes proches des talibans et d'Al-Qaïda. Des responsables américains sont convaincus que les mouvements d'Oussama ben Laden et des talibans afghans et pakistanais ont reconstitué leurs forces dans ces régions tribales pour déclencher des attaques de l'autre côté de la frontière, en Afghanistan, où les troupes afghanes et étrangères, surtout américaines, combattent une insurrection de talibans.

Les Etats-Unis, qui ont fait du président Musharraf depuis fin 2001 leur allié principal dans leur "guerre contre le terrorisme", auraient déjà déployé une cinquantaine de soldats au Pakistan, selon le NYT. Le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, Mohammad Sadiq, a qualifié l'article du NYT de "spéculatif". Tout ce qui laisse penser que des forces américaines seraient sur le sol pakistanais est "inacceptable", a-t-il ajouté.

Le vice-président Richard Cheney et la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice ont discuté de ces opérations, mais sans consulter le président Pervez Musharraf, à la suite de la mort de Benazir Bhutto dans un attentat suicide le 27 décembre, affirme le journal.

Le Waziristan du Sud est le fief d'un chef islamiste réputé proche d'Al-Qaïda, Baïtullah Mehsud. Islamabad l'a accusé d'avoir orchestré l'assassinat de Benazir Bhutto, ce qu'il a démenti.

En avril dernier, la chaîne de télévision américaine ABC avait diffusé un reportage sur l'organisation Jundullah (brigade divine) composée de membres d'une tribu de la province pakistanaise du Belujistan. Au mois de février la Jundullah a revendiqué un attentat à la bombe commis en Iran et qui avait coûté la vie à onze militaires de la Garde révolutionnaire.

Dans son reportage la chaîne ABC se référant à des sources au sein du gouvernement pakistanais indique que cette campagne secrète contre l'Iran avec recours à la Jundullah avait été décidée au cours de négociations menées au Pakistan entre le vice-président des Etats-Unis, Richard Cheney, et le président pakistanais, Pervez Musharraf.

ABC rappellait également qu'au mois de mars 2007 la télévision nationale iranienne avait accusé la CIA de former des membres de l'organisation Jundullah. Soulignant que le gouvernement des Etats-Unis n'accordait aucun soutien financier direct à l'organisation Jundullah pour perpétrer des attentats en Iran, des représentants de la CIA ayant requis l'anonymat ont seulement confirmé à ABC que Washington recourait aux services de la Jundullah uniquement pour combattre les terroristes d'Al-Qaïda.

"Certains anciens officiers de la CIA disent que cela rappelle l'utilisation par le gouvernement des Etats-Unis d'armées fantoches, financées par d'autres pays, dont l'Arabie saoudite, pour déstabiliser le gouvernement nicaraguayen dans les années 80", annonçait alors la chaîne de télévision.

En novembre dernier, l'Iran a annoncé qu'elle donnait à l'Inde trois à quatre mois pour rejoindre le projet de gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI). Des accords à ce sujet ont été récemment finalisés, mais uniquement entre Téhéran et Islamabad, contrairement à ce qui avait été initialement prévu. L'Inde a néanmoins laissé entendre qu'elle était toujours intéressée.

Le directeur exécutif de la société nationale d'exportation de gaz (NIGEC) Nosratollah Seifi s'est cependant dit optimiste sur une décision positive de New Delhi qui lui permettrait à terme de recevoir 30 millions de m3 de gaz naturel par jour. "Je pense que l'Inde rejoindra le projet d'exportation de gaz à cause de ses besoins pressants et importants en énergie", a dit le responsable, en mettant le délai sur le compte de questions énergétiques et politiques.

Les Indiens ont selon lui "des questions intérieures et nous les comprenons. Ils se posent des questions sur l'utilisation de l'énergie nucléaire (...) et il y a aussi des pressions de l'étranger", a dit M. Seifi ... pointant du doigt – certes sans les nommer – les Etats-Unis.

Les discussions sur ce projet de 7,4 milliards de dollars visant à fournir également du gaz iranien à l'Inde via le Pakistan grâce à un gazoduc long de 2.600 km ont commencé en 1994. Le débit du gazoduc Iran-Pakistan-Inde sera de 21,1 milliards de m3 de gaz naturel par an. Par la suite, ce débit sera multiplié par 2,5. Les parties espèrent mettre le pipeline en service en 2011.

Le projet a fait les frais des tensions entre l'Inde et le Pakistan, avant d'être remis sur la table début 2004 à la faveur de la relance du processus de paix entre les deux pays. L'absence d'experts indiens à certains rounds de négociations avait remis en cause la possibilité de conclure un accord tripartite. Selon les médias pakistanais, les Indiens s'étaient retirés des négociations en raison des désaccords avec le Pakistan sur le coût du transit du gaz iranien via le territoire pakistanais.

En septembre dernier, le ministre iranien du Pétrole par intérim, Gholamhossein Nozari, avait déclaré que Téhéran était prêt à signer un accord bilatéral avec le Pakistan sans attendre que l'Inde définisse sa position sur ce projet conjoint. L'Iran et le Pakistan se sont ainsi mis d'accord sur un système de révision du prix du gaz tous les trois ans.

L'Inde fait aussi l'objet de pressions américaines pour ne pas s'engager dans ce projet. Selon Washington, les Etats-Unis souhaitent avant tout faire payer à l'Iran les « frais » de son programme nucléaire controversé. Mais l'objectif pourrait bien être aussi d'empêcher l'Inde d'accéder à des ressources par ailleurs très convoitées...

De plus, New Delhi est d'autant moins encouragé à braver l'opposition des Américains que ces derniers lui ont proposé un accord de coopération dans le nucléaire civil.

L'Iran s'est dit décidé à livrer du gaz à l'Inde via le Pakistan mais des différents demeurent, relatifs au prix que New Delhi devrait payer à Islamabad pour le transit du gaz. Le vice-ministre iranien chargé du dossier, M. Ghanimifard a affirmé récemment que l'Iran était prêt à consentir à l'Inde les mêmes conditions qu'au Pakistan. "Les conditions d'un contrat avec l'Inde seront exactement les mêmes que celles convenues avec le Pakistan. Si les Indiens ne tardent pas trop, sur la base des conditions actuelles du marché, le prix ne changera pas", a-t-il précisé.

L'Inde importe plus de 70% de ses besoins en énergie et est à la recherche de nouvelles sources d'approvisionnement pour son industrie en forte croissance. Si elle rejoignait finalement le projet, le Pakistan en serait doublement bénéficiaire, car il recevrait lui-même du gaz et percevrait en même temps des droits pour le transport et le transit vers l'Inde.

Sources : AFP, Associated Press, Reuters

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