Air France : réactions face à la demande des syndicats d'arrêt des expulsions

Paris_bamako_expulsion Un nouvel air souffle désormais pour les syndicats. Comprenant que c'est la loi des marchés boursiers qui régit en tout premier lieu désormais les stratégies des grands groupes côtés en bourse, ils tiennent à interpeller directement les actionnaires pour tenter de les faire réagir contre des mesures de l'entreprise, voire l'éthique et les valeurs mises en avant (ou non !) par celle-ci.

Ainsi lors du comité central d'entreprise d'Air France du 5 juillet, les élus ont adopté à l'unanimité une motion dans laquelle ils demandent aux actionnaires d'Air France "de se prononcer pour l'arrêt des expulsions" sur les vols de la compagnie.

Les récents évenements qui ont eu lieu à Roissy sur un vol Paris-Bamako d'Air France ont très certainement poussé les syndicats à monter d'un ton.

Alors que le comité central d'entreprise d'Air France a adopté le 5 juillet une motion demandant "l'arrêt de l'utilisation des avions du groupe Air-France KLM pour les  expulsions d'étrangers", un porte-parole d'Air  France a affirmé mercredi qu'il n'appartenait pas la compagnie “de remettre en cause de telles décisions prises dans le cadre d'un Etat de droit". "Seul le commandant de bord peut, après consultation avec l'exploitant,  refuser l'embarquement à tout passager dont il estime qu'il mettrait en danger  la sécurité du vol ou la continuité de la mission", a ajouté ce porte-parole de la compagnie.

"Les élus demandent aux actionnaires de se prononcer pour l'arrêt de l'utilisation des avions du groupe Air-France KLM pour les expulsions d'étrangers qui nuisent à l'image de la compagnie et à la sécurité des vols", précise la motion adoptée par les 12 élus du comité central d'Air France. "C'est une manière d'alerter les actionnaires qui sont là pour gagner de  l'argent sur un problème qui est aussi commercial. Les expulsions sont très mauvaises pour l'image de marque d'Air France, notamment en Afrique", a déclaré Philippe Decrulle, élu CGT du CCE. L'assemblée générale annuelle des actionnaires d'Air France doit avoir lieu à Paris jeudi.

Interrogé au cours d'une visite à Bobigny (Seine-Saint-Denis) sur les problèmes que posent les expulsions sur les vols Air France, le ministre de l'Immigration M. Hortefeux a répondu que "plus de 60% des raccompagnements se font sans escorte" policière, indiquant que “4,6% des 6.000 expulsions par voie aérienne, intervenues entre janvier et mai 2007, ont présenté des "difficultés", estimant que cela était "extraordinairement minoritaire". Brice Hortefeux a précisé qu'il "n'avait pas reçu de remarques d'Air France sur ce sujet". "Dès lors que je serai saisi de propositions et de remarques d'Air France, j'aurai naturellement à coeur de les étudier", a-t-il ajouté.

Lorsqu'il y a escorte dans les expulsions par voie aérienne, "généralement ce sont des policiers qui sont formés", a-t-il par ailleurs affirmé. Le cabinet du ministre de l'Immigration, de l'identité nationale et du Co-développement a précisé que "6.000 éloignements" avaient été enregistrés en 2006, dont "2.223 avec escorte".

Innovant dans le domaine, l'Assemblée Générale des actionnaires de la Compagnie Air Canada, réunie le 30 mai 2006, a adopté une résolution proposée par les représentants du personnel visant à ne plus procéder par vols commerciaux à des expulsions. Une Commission a été mandatée. Les deux parties, Air Canada, et la Canadian Border Services Agency (équivalent Canadien du Ministère de l’Immigration) sont tombés d’accord. Il ne sera plus procédé à des expulsions sur les vols commerciaux d’Air Canada et de ses filiales.

La CGT et l’Ugict-CGT sont intervenues quant à elles à plusieurs reprises en Session du CCE, du CE.OA, pour demander l’arrêt de ces reconduites à bord d’avions Air France. Le devoir de la direction d’Air France devrait être, comme elle a su le faire en 1998, d’imposer un moratoire sur le transport d’expulsés, selon le syndicat.

"Le PDG d'Air France [Jean-Cyril Spinetta, NDLR) n'est pas indifférent à ces  problèmes. Si des actionnaires l'interpellent, ça peut avoir une incidence. Le ras-le-bol des employés de la compagnie est de plus en plus perceptible. Il y a de plus en plus de vols annulés et de passagers qui terminent devant le tribunal parce qu'ils ont pris fait et cause pour le reconduit", a poursuivi  l'élu CGT.

En mai, un vol Air-France de Paris à Bamako au Mali a été annulé après l'intervention de passagers contre une expulsion. Et depuis plusieurs mois, le Réseau éducation sans  frontières (RESF) dénonce la multiplication des poursuites contre des passagers qui se sont opposés à des expulsions.

Cette affaire, qui a conduit à l'annulation du vol du 26 mai pour Bamako place Air France devant ses responsabilités, estime RESF : “rien, aucune loi, aucun règlement n'oblige une compagnie aérienne, privée de surcroît à accepter des voyageurs contraints sur ses vols, menottés, parfois bâillonnés, attachés à leur siège et tabassés quand ils protestent”, précise l'association.

"Les clients de la compagnie ne prennent pas non plus des billets Air France pour être menacés par la police quand ils s'élèvent contre des scènes choquantes, et, pour certains d'entre eux, évacués de force de l'avion, molestés, placés en garde à vue et poursuivis comme le sont Kadidja et François Auguste traînés en justice et menacé de 5 ans de prison et 18 000 € d'amende pour n'avoir pas toléré les conditions inhumaines imposées aux reconduits. Les passagers d'Air France achètent des billets pour se déplacer dans des conditions normales de sécurité et de confort. Ils veulent voyager dans un avion, pas dans un fourgon cellulaire volant. » précise encore RESF.

Association comme syndicats essaient donc de démontrer à présent que l'attitude actuelle d'Air France pourrait nuire à son image de marque et à son chiffre d'affaires... Le mot boycott n'est pas encore prononcé, mais la menace plane ... notamment en Afrique.

"Lorsque la  République nous demande notre concours pour exécuter les décisions prises dans le cadre d'une légalité incontestable, je ne vois pas au nom de quel motif on le  refuserait", déclarait en novembre 2006 le PDG d'Air France.

Source : AFP, Syndicat Air France, RESF

 

5 Commentaires

  1. 1

    Elisabeth

    mercredi 11 juillet 2007

    Immigration /Expulsions: des avions spécialement affrétés?
    LEXPRESS.fr
    Les syndicats Air France-KLM demandent l'arrêt des expulsions d'étrangers sur leurs lignes. Mais affréter des avions spéciaux est une solution difficilement envisageable, selon le syndicat majoritaire UNSA-Police.

    En 2006, les syndicats CFDT, SUD-Aérien et le Syndicat des pilotes d'Air France (SPAF) s'associaient déjà à l'action du Réseau éducation sans frontières (RESF) contre les reconduites aux frontières à bord d'avions de la compagnie Air France-KLM. A l'origine de l'émoi, une lettre datée du 14 septembre 2006 du directeur général de la police nationale, Michel Gaudin, au président d'Air France, Jean-Cyril Spinetta, à travers laquelle il semonçait les pilotes ayant refusé l'embarquement d'expulsés à bord de leur avion. Michel Gaudin y louait en revanche "l'action d'un commandant de bord qui, après une intervention énergique en cabine, a permis que le vol se déroule sans incident".

    Pourtant, "les fonctionnaires de police aux frontières sont absolument tenus par la loi d'obéir au commandant de bord, observe Pierre Willem, chargé de communication de l'UNSA-Police, syndicat majoritaire. Selon le droit aérien, il est seul responsable de la sécurité des passagers".

    "Bien sûr, des avions spécialement affrétés serait la solution idéale, mais il faudrait non seulement trouver les compagnies qui accepteraient de collaborer, mais aussi que l'on ne soit pas contraint de remplir l'appareil", affirme Franck Fiévez, policier aux frontières (UNSA). "Le ministère de l'Intérieur a envisagé ce type de reconduites groupées. Il a dû y renoncer en raison du coût financier, trop important", explique de son côté Pierre Willem, chargé de communication du même syndicat.

    A l'UNSA, on ne croit pas beaucoup au pouvoir de persuasion des élus syndicaux sur Jean-Cyril Spinetta. En novembre dernier, le patron d'Air France invoquait à l'antenne d'Europe 1 la "légalité incontestable des décisions du ministère de l'Intérieur."

  2. 2

    Anonyme

    Pour une fois : ALLEZ LES SYNDICATS!!!!
    Le vol Paris-Bamako (voir le lien), c'est une HONTE pour la France d'aujourd'hui.

  3. 3

    DAVID

    Bonjour,

    Oui, bien évidemment, il est inadmissible qu'une compagnie comme la vôtre se charge des expulsions tapageuses ! alors qu'attendez-vous pour suggérer les avions militaires ? La parade du 14 juillet est là chaque année pour nous rappeler qu'ils existent !, le rôle de l'armée étant de préserver la souveraineté nationale, de défendre notre territoire de toutes les menaces et assaillants et de les repousser hors de nos frontières. Notre territoire nécessite d'être épuré...

  4. 4

    valerie

    http://afp.google.com/article/ALeqM5gmzJ1iLBFFKjHF_sgFuv-TkByUmg

    "Les policiers escortant les immigrés en situation irrégulière lors de leur expulsion par avion bénéficient des "miles" accordés par les compagnies aériennes à leurs clients fidèles, a-t-on appris mercredi au ministère de l'Intérieur, confirmant une information du Canard enchaîné."

  5. 5

    Effroyable

    Décès de la compagne d'un sans-papiers qui s'est immolée par le feu

    La femme qui s'est immolée samedi devant la maison d'arrêt du Mans pour protester contre l'expulsion de son compagnon sans-papiers est décédée dimanche matin au centre hospitalier de Tours, a-t-on appris auprès de l'hôpital.


    Josiane Nardi, 60 ans, a été grièvement blessée après s'être immolée devant la maison d'arrêt du Mans (Sarthe) en présence de journalistes pour protester contre l'expulsion de son compagnon sans-papiers menacé d'expulsion vers l'Arménie.

    La victime, brûlée au troisième degré sur la quasi-totalité du corps, a été emmenée à l'hôpital du Mans puis transférée dans un état "très grave" à l'unité "grands brûlés" de l'hôpital de Tours, selon la préfecture.

    Elle avait donné rendez-vous en début de matinée à des journalistes de la presse locale pour attirer l'attention sur le sort de son compagnon avant de s'asperger le corps d'essence et d'y mettre le feu.

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    lire la suite Le président du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), Mouloud Aounit, a fait part dimanche de son "effroi" et appelé "à un urgent sursaut des consciences". "Ce geste de désespoir absolu, qui malheureusement en appellera d'autres, est un insoutenable révélateur des ravages de cette brutale, cruelle et inefficace politique du chiffre" en matière d'immigration, a estimé M. Aounit dans un communiqué. "Ce drame doit non seulement nous interpeller mais appeler à un urgent sursaut des consciences devant cette politique de criminalisation de l'immigration", a-t-il ajouté, rendant "coupable et comptable l'ensemble du gouvernement des dégâts de cette politique".

    Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste, a jugé dimanche que "l'inhumanité commence à se banaliser", après l'immolation samedi d'une femme, devant la maison d'arrêt du Mans où son compagnon immigré sans papiers était incarcéré. "Avec la politique actuellement menée par le gouvernement à ce sujet, les drames n'empêchent pas que d'autres drames se produisent", a écrit M. Dray dans un communiqué reçu dimanche. "L'inhumanité commence à se banaliser et à s'installer comme quelque chose de régulier. Cela suffit : on ne peut plus continuer comme ça", ajoute le député socialiste.

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