Le cours de l'uranium boosté par le nucléaire civil

Uranium4Les cours spot de l'uranium sont au plus haut depuis la fin des années 70. Le prix spot du combustible utilisé comme matière première pour le fonctionnement des réacteurs nucléaires vient de suivre sa plus forte progression hebdomadaire (+19%) pour atteindre 113 dollars la livre.

L'énergie nucléaire connaît en effet un nouvel engouement compte tenu de la flambée récente des prix des hydrocarbures tandis que certains gouvernements mettent en avant le fait qu'elle est moins génératrice de gaz à effet de serre.

UraniumouzbekistanAlors que les autorités françaises ont volontiers souligné que la production d'électricité d'origine nucléaire avait contribué à limiter la facture énergétique, les prix du combustible nucléaire poursuivent leur ascension et ont atteint 113 dollars la livre, selon Ux Consulting, un bureau d'analyse spécialisé sur le marché de l'uranium. Les prix spot de l'uranium sont ainsi passés de 9,50 dollars la livre fin 2002 à 36,25 dollars fin 2005 puis 60 dollars à la fin de l'année dernière.

Les prix pourraient encore augmenter en raison de la demande croissante des pays et des faibles disponibilités en combustible.

La vente aux enchères de 100 000 livres de yellowcake par le producteur texan Mestena Uranium s’est soldée par un nouveau record, 113 dollars la livre, 19 % de plus que le palier antérieur atteint la semaine précédente, la plus forte progression hebdomadaire dans l’histoire des cotations de l’uranium. Depuis le début de l’année,  la livre d’oxyde d’uranium s’est appréciée de 57%. En 12 mois la cotation a gagné 170% .
Avec un marché en déficit important, « les producteurs d’électricité sont prêts à payer toujours plus » selon les analystes. De plus, les inondations qui ont frappé les gisements géants de Cigar Lake (Cameco) et Ranger (Rio Tinto), accentuent les tensions du marché. Les 105 dollars par livre attendus pour 2008/2009 ont d'ores et déjà été dépassés. A noter également que les fonds d’investissement - malgré la part de marché minime qu’ils représentent – pourraient bien s'intéresser à cette matière première, ne pouvant alors qu’accentuer le phénomène de hausse.

Des années de sous-investissement dans l'exploitation d'uranium à cause de prix peu élevés et du lobby antinucléaire ont entraîné une pénurie de combustible dans le monde.

Mais désormais, plusieurs pays d'Europe, les Etats-Unis, la Russie, la Chine et même certains groupes environnementaux, comme Greenspirit, sont favorables au nucléaire notamment parce qu'il émet moins de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles. Les risques d'accidents nucléaires comme Tchernobyl et la crainte que l'uranium enrichi soit utilisé à des fins militaires ont certes freiné le développement de l'énergie nucléaire. Certains observateurs considèrent toutefois que l'uranium pourrait encore augmenter de 50 dollars par livre.

Actuellement 435 réacteurs nucléaires sont en fonctionnement dans le monde, dont 58 en France répartis sur 19 sites pour une capacité totale installée de 63.363 mégawatts.

La France est ainsi le deuxième producteur mondial d'électricité d'origine nucléaire après les Etats-Unis avec une production de 428,7 terawatts/heure d'électricité nucléaire l'année dernière, soit 78% de sa production totale d'électricité. Au niveau mondial, 28 réacteurs sont en construction, 64 planifiés, et quelque 158 projets sont en cours.

L'Inde et la Chine arrivent en tête des nouveaux projets de construction avec respectivement sept et cinq nouvelles centrales.

Les constructeurs des réacteurs qui entreront en service d'ici cinq à sept ans cherchent à s'assurer dès maintenant des prix pour leurs premiers chargements d'uranium.

"Ces premiers chargements devront intervenir alors que d'autres réacteurs tournent presque à plein régime - plutôt à près de 90% de leur capacité qu'à 70% - ce qui signifiera une augmentation de la consommation de combustible", préviennent les analystes.

Pour rappel, un nouveau réacteur a besoin d'environ 600 tonnes d'uranium pour le premier chargement. Il consomme ensuite 200 tonnes par an.

Pour 2006, la production d'uranium est estimée à 103 millions de livres (46.720 tonnes) tandis que la consommation a atteint 177 millions de livres (80 000 tonnes). Pour 2007, „la prévision pour la demande est d'environ 183 millions et celle de la production de 117 millions", note Alice Wong, vice-Présidente de Cameco Corp. "Depuis 1985, la consommation d'uranium a dépassé la production et la première progresse plus rapidement que la seconde", ajoute-t-elle.

La différence entre production et consommation a pu être comblée par les stocks et par le recyclage des armes nucléaires. Mais un traité entre la Russie et Etats-Unis pour convertir l'uranium militaire en uranium faiblement enrichi, expire dans six ans.

Le marché devrait être approvisionné d'une manière ou d'une autre mais la question reste de savoir à quel prix. Certains estiment toutefois que la réduction de l'offre pourrait bien s'aggraver, le déficit pouvant être difficilement comblé par l'accroissement des capacités.

L'échéance à laquelle le marché retrouvera l'équilibre dépend beaucoup de l'Australie et de l'autorisation donnée par Canberra à l'ouverture de nouvelles mines. L'Australie détient 40% des réserves mondiales d'uranium mais les exportations ne sont autorisées que depuis certains Etats - comme ceux de Western Australia ou du Queensland, particulièrement riches en minerai - en raison d'une réglementation datant du mouvement anti-nucléaire des années 70.

Les nouveaux approvisionnements pourraient venir d'Afrique avec la Namibiecomme a bien su l'anticiper Poutine - ainsi que du Canada, où le projet Cigar Lake de Cameco devrait être opérationnel en 2012. Le site devrait fournir à terme 18 millions de livres d'uranium par an, mais le projet prend actuellement du retard en raison d'inondations.

Alors que le délai de mise en exploitation d'une mine d'uranium est d'au moins dix ans, « la hausse des cours a encore de beaux jours devant elle », prédisent les analystes.

Sources : Reuters, Usine Nouvelle

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11 Commentaires

  1. 1

    Francis

    Les verts commencent à accepter le nucléaire car le développement actuel des biofuels est encore plus désastreu pour la planète (hausse des cours, pénuries alimentaires, déforestations massives, OGM etc.)

    Lire "A Lethal Solution" March 27, 2007
    We need a five-year freeze on biofuels, before they wreck the planet.

    www.monbiot.com/archives/2007/03/27/a-lethal-solution/

  2. 2

    Francis

    Tiens il me semble important de rappeler que le nucléaire ne concerne que quelques pourcents de la consommation énergétique de la France.
    Mais je n'ai pas retrouvé ce faible pourcentage ...

  3. 3

    Elisabeth

    J'essaie de retrouver l'info :)

  4. 4

    Benjamin

    De mémoire, je crois que la part d'électricité représente à peine 20% de la consommation d'énergie totale française; En sachant que prêt de 80% de cet électricité est nucléaire, cela nous donne un ratio d'environs 15% d'énergie d'origine nucléaire sur le bilan total des énergies consommées en France.

    Pour info, pouvez vous me dire ou il est possible d'acheter des valeurs "uranium"… Merci d'avance.

  5. 5

    Elisabeth

    Je vous tiens au courant

  6. 6

  7. 7

  8. 8

    Benjamin

    Merci...
    Ok, il faut placer sur le marché Canadien...

  9. 9

    Elisabeth

    oui, à priori ...
    la presse Candienne suit enormement les mines d'Uranium

  10. 10

    Misti

    Le plus important est de connaître la date à partir de laquelle la production atteint son maximum et commence à diminuer.

    Voir Fin de l'uranium, fin du nucléaire (débat)

    L'uranium est une ressource limitée dont le maximum de production mondiale se situe vers 2020 (hypothèse la plus probable) ou 2025-2030. C'est comme le "peak oil" pour le pétrole vers 2010 (ou un plateau de 2006 à 2010) avant une diminution de la production.

  11. 11

    Roger

    Une pénurie mondiale d'uranium se produira dès 2015, la production d'uranium atteindra son maximum en 2025 avant de diminuer, entraînant la diminution de la production d'électricité nucléaire. Aucune autre technologie nucléaire ne sera disponible avant 2040. Le prix de l'uranium a été multiplié par dix en quatre ans et le coût du combustible nucléaire prend une importance croissante dans le coût de l'électricité nucléaire.

    Lire : Pénurie et fin progressive de l'uranium


    L'uranium est une ressource limitée dont le maximum de production mondiale se situe vers 2025 (hypothèse la plus probable).

    La consommation mondiale d'uranium est de 67.000 tonnes par an, la production est de 42.000 tonnes. La différence de 25.000 tonne provient des stocks civils et militaires qui seront épuisés en 2015.

    Avec une baisse constante de leur coût, les énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque ...) progressent rapidement, de 30 à 60% chaque année selon les pays (moyenne sur dix ans) et sont la seule solution réaliste avec les économies d'énergie. Les moyens de stockage en grande quantité de l'électricité se développent aussi.

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