GAZPROM fait frissonner l'Italie ...

Gasprom_1 Pour la 3ème journée consécutive Gazprom est dans l'incapacité de fournir à l'Italie l'intégralité de sa commande de gaz. Le groupe a reconnu ne pas être en mesure de pouvoir subvenir complètement aux besoins en hausse des pays européens comme l'Italie en raison notamment du froid qui règne en Russie.

Eni a estimé à 12,2% les volumes de gaz commandés non livrés par la Russie jeudi, soit 2,3% des besoins italiens. S'il n'y a pas de risque de black out, la décision de relancer le nucléaire a néanmoins été prise au terme d'une réunion de crise avec les trois grands groupes énergétiques italiens.

Parallèlement,  la Sardaigne vient d'exprimer le souhait de voir le projet de deuxième gazoduc reliant l’Algérie à l’Italie suivre une accélération dans son lancement. Le gazoduc Galsi transporte le gaz sans aucun transit de l’Algérie vers l’Europe. L'algérien Sonatrach et ENI détiennent en commun le gazoduc Enrico Mattei d’une capacité de 27 milliards de mètres cubes et envisageraient de la porter en deux étapes à 33,5 milliards de mètres cubes

I – Situation en Italie

Environ 6,8% des quantités commandées mercredi n'avaient pas été livrées, correspondant à 1,3% de la consommation italienne. Mardi, les pertes correspondaient à  5,4% du volume commandé à la Russie, soit 1% de la consommation.

Une série de mesures d'urgence pour faire face à la hausse de la demande de gaz ont déjà été mises en place mardi. ENI a du puiser dans ses réserves et les livraisons de gaz aux industriels ayant un contrat prévoyant une clause de suspension pourraient être interrompues.

L'administrateur délégué du groupe de gaz et d'électricité Edison, a toutefois estimé que cette situation critique du gaz durerait "au moins encore deux ans". La mise en place d'un nouveau terminal de regazification, à Rovigo  en 2008 et le renforcement des capacités de transport permettront alors de diversifier les sources d'approvisionnement.

II – Dépendance énergétique de l'Italie

Les importations d'énergie représentent 85% de la consommation de l'Italie. Le pétrole et ses dérivés représentent 45% de cette consommation et le gaz naturel 34%.

Les menaces sur les fournitures de gaz, ainsi que le renchérissement des prix du pétrole ont conduit les dirigeants italiens à relancer le débat sur le nucléaire. Cette source d'énergie a été abandonnée à la suite d'un référendum organisé en 1987, après la catastrophe de 1986 à Tchernobyl en Ukraine. Les quatre centrales nucléaires italiennes avaient été alors fermées.

Les Italiens ont encore en mémoire le black-out du 28 septembre 2003, lorsqu'une défaillance dans l'approvisionnement de l'électricité achetée en Suisse avait plongé toute la péninsule dans le noir.

III  – Baisses de production russes

Gazprom doit faire face à une envolée de la consommation intérieure à cause d'une vague de froid qui s'est abattue sur le pays. Les températures étant descendues jusqu'à -30 à Moscou, les Russes consomment 40% de gaz en plus que d'habitude. Gazprom livrant  en priorité les autotochnes, ne peut assurer alors ses exportations. Selon la presse russe, du  16 au 18 janvier, Gazprom aurait même livré aux consommateurs russes 750 millions de mètres cubes de gaz à titre supplémentaire. Mercredi, était annoncée une hausse de 40% de ses fournitures sur le marché intérieur et de 7% sur le marché extérieur

En raison de l'accroissement de la consommation d'énergie électrique provoqué par la baisse des températures, les restrictions sur la production d'électricité ont été levées dans la plupart des centrales nucléaires russes. A l'heure actuelle, 27 réacteurs de centrales nucléaires sont en fonctionnement, leur charge totale constituant  20.048 mégawatts.

Plusieurs pays européens ont également constaté une baisse des livraisons, comme la Hongrie (-20%), l'Autriche (-10%), la Croatie (-10%), la Slovaquie, la Finlande, et la Serbie-Monténégro (-25%). Gazprom, qui produit 20% du gaz mondial, est en effet au maximum de ses capacités. Certaines voix en Europe se sont déjà élevées pour dénoncer une trop grande dépendance, comme celle du dirigeant de Suez, Gérard Mestrallet.

IV – Position autrichienne et UE

L'UE s'est voulue rassurante jeudi, jugeant que les baisses de livraison de gaz par Gazprom n'étaient pas majeures et ne menaçaient pas pour l'instant l'alimentation des foyers européens, les réductions pouvent être gérées par les compagnies gazières nationales.

De telles réductions d'approvisionnement, "en cas de force majeure", sont prévues dans les clauses des contrats qui lient Gazprom à ses clients européens, a rappelé le porte-parole de l'UE, les opérateurs gaziers nationaux sont donc préparés à de telles situations.

A ce titre, les baisses de volumes livrés mercredi ne constituent "pas des réductions majeures", la situation n'ayant pas de caractère, s'étant déjà produite plusieurs hivers..

La Russie reste le principal fournisseur de gaz pour les pays européens, a rappelé jeudi le ministre autrichien de l'Économie et du Travail, qui préside actuellement le Conseil Énergie de l'UE. Selon lui, le gaz naturel russe restera la clé de voûte du ravitaillement en gaz européen, mais la diversification des sources d'approvisionnement doit être recherchée.

Gazprom a assuré le groupe pétro-gazier autrichien que les fournitures de gaz à l'Autriche allaient revenir à la normale dans les prochains jours, une baisse de presque 10% des fournitures de gaz à l'Autriche ayant été observée. Le ministre autrichien a par ailleurs précisé que ces variations ds les livraisons ne pouvaient pas être considérées comme une violation des engagements de Moscou.

V – Accord Eni / Algérie pour un gazoduc

La Sardaigne a renouvelé son adhésion au lancement rapide des travaux du gazoduc qui permettra à la région de bénéficier de l’apport du gaz naturel. Une délégation du ministère de l’Energie et des Mines doit ainsi séjourner en Sardaigne durant la première semaine du mois de février prochain pour la mise en œuvre du projet.

La déclaration du président de Sardaigne survient après celle de ENI,  qui au moment de la crise Russie-Ukraine sur le gaz avait déclaré que le groupe, associé à Sonatrach dans le premier gazoduc qui relie les deux pays (gazoduc Enrico Mattei), allait avancer le plan d’augmentation des capacités du pipeline.

Sonatrach et ENI détiennent en commun le gazoduc Enrico Mattei d’une capacité de 27 milliards de mètres cubes et envisageraient de la porter en deux étapes à 33,5 milliards de mètres cubes, avec 3,2 milliards à compter de 2008 et 3,3 milliards à compter de 2012. ENI souhaite anticiper sur le calendrier et faire avancer à 2009 ou 2008, la deuxième étape programmée pour 2012.

 

6 Commentaires

  1. 1

    Elisabeth

    La Russie en état de guerre
    20/01/2006 13:44 MOSCOU, 20 janvier - RIA Novosti.

    A peine Vladimir Poutine eut-t-il proclamé la Russie superpuissance énergétique que le pays a dû réduire l'exportation d'hydrocarbures à cause de la situation extraordinaire qui s'est créée dans son propre système énergétique, selon le quotidien Gazeta.

    Les froids qui n'ont pas encore atteint leur point critique ont contraint le gouvernement à utiliser les réserves stratégiques de combustible, ce qui a lieu ordinairement en temps de guerre ou lors de calamités naturelles comparables à une guerre.

    Si les froids d'hiver qui ont sévi pendant la campagne de Finlande en 1939 ont dissipé la légende de l'invincibilité de l'Armée Rouge, en 2006, le vent arctique peut mettre en pièces le projet ambitieux de transformation de la Russie en superpuissance énergétique.

    Aujourd'hui, de même qu'au début de la Seconde Guerre mondiale, il s'est avéré tout à coup que la Russie ne peut pas se chauffer. Son secteur énergétique n'a pas les réserves nécessaires pour protéger ses citoyens contre les froids rigoureux.

    Vladimir Poutine a promis récemment au monde d'assurer les livraisons stables de matières énergétiques.

    Aujourd'hui, les énergéticiens russes parlent de l'insuffisance des capacités de réserve pour chauffer les immeubles d'habitation, les écoles et les entreprises industrielles du pays.

    Le monopole RAO EES (Electricité de Russie), a introduit des restrictions sur l'approvisionnement en électricité des consommateurs de la région de Moscou.

    Le système énergétique de la capitale ne tient qu'à un cheveu, une banale panne dans les réseaux thermiques ou électriques suffit pour provoquer des coupures de courant en chaîne dans la Région centrale de la Russie.

    Les énergéticiens soulignent qu'ils ont affaire, pour la première fois, à l'insoumission des clients qui ne débranchent pas leurs ouvrages du réseau en dépit des ordres des dispatchers de RAO.

    On se souvient du temps de guerre non seulement en raison de la fermeture de dizaines d'écoles dans la région de Leningrad ou de l'émeute des consommateurs contre les dispatchers de RAO, mais aussi en apprenant la décision prise jeudi par le gouvernement russe de puiser dans les réserves stratégiques de combustible destinées à ne servir qu'en cas de guerre.

    60000 tonnes de mazout (environ 10 convois de cent citernes chacun) ont été prélevées jeudi sur les réserves stratégiques pour chauffer Saint-Pétersbourg.

    Au total, le gouvernement prévoit d'envoyer près de 250000 tonnes de mazout pour apporter une aide urgente aux énergéticiens qui luttent contre le froid.

    Il est significatif que la nécessité d'utiliser les réserves stratégiques militaires est apparue après les rapports triomphalistes du gouvernement sur la préparation totale du secteur énergétique pour l'hiver 2005-2006.

  2. 2

    Elisabeth

    ROME, 20 jan 2006 (AFP)

    Les livraisons russes de gaz à l'Italie ont à nouveau été insuffisantes vendredi avec un manque estimé à 3 millions de mètres cubes soit 0,8% de la consommation italienne, a annoncé le groupe pétrolier et gazier Eni.

    L'Italie a commandé 74 millions de mètres cubes et 3 millions ne seront pas délivrés, correspondant à 0,8% de la consommation, a précisé le groupe. L'Italie est contrainte pour la quatrième journée à compenser ce manque avec ses réserves.

    Le ministre de l'Industrie, Claudio Scajola, va se rendre dans les prochains jours à Moscou pour rencontrer son homologue russe compétent en la matière, a indiqué le ministre de l'Intérieur, Giuseppe Pisanu, en marge d'une rencontre avec le ministre russe de l'Intérieur.

    Un déplacement dans la capitale russe est prévu le 27 janvier, a confirmé le ministère de l'Industrie, sans pouvoir indiquer qui sera son interlocuteur.

    M. Scajola a annoncé par ailleurs qu'il s'apprêtait à prendre trois décrets pour économiser le gaz. Selon l'agence Ansa, l'un concernerait l'élargissement du nombre de clients industriels prêts à une interruption de leur approvisionnement en gaz en échange de réductions de tarifs.

    Un autre décret sera soumis mardi en conseil des ministres et prévoit d'autoriser du fioul à la place du méthane dans les centrales à cycle combiné, indique l'agence.

  3. 3

    Marie Phoenix

    L'Italie n'a pas d'énergie nucléaire.

    Le kw, le plus cher d'Europe, est entres autres importé de France. Il est trois fois plus cher que nous, en France. Les factures vous surprendraient, et les italiens souvent n'ont pas de lave-vaisselle, de sèche-linge, ou de chauffage dans le sud. Tout ces objets gourmands sont trop onéreux à faire fonctionner. Les lumières ne restent pas allumées dans les pièces où il n'y a plus personne, et les chauffe-eau éteints quand on s'absente qqs jours.

    Le chauffage (essentiellement au fioul ou au gaz) EST REGLREMENTE, et la loi autorise les immeubles à être chauffés SEULEMENT quelques heures par jour.

    Les copriopriétés votent les horaires. Souvent, on chauffe de façon suivante : de 7 heures à 9 heures et de 18 heures à 22 heures. Pour pouvoir se lever le matin, et pour passer la soirée en famille sans grelotter au retour du travail ou de l'école. Le reste du temps c'est aux occupants de pallier s'ils ont froid, avec un chauffage d'appoint. Le pays a presque un climat du Sud, mais il y a quelques semaines "frisquettes" à passer avec stoïcité.

    Espérons pour les Italiens que pendant ces quelques semaines les plus froides de l'année, où ils sontdéjà confrontés à un chauffage insufisant, le pays puisse recevoir les livraisons de gaz dont il a besoin.

  4. 4

    Elisabeth

    Merci Marie pour ces informations extremement interessantes et quelque part surprenantes pour un pays si proche de nous !

    le pb est donc + important encore ...
    et relance le débat de la dependance energétique et du nucléaire .

    Merci encore de ce témoignage .

  5. 5

    Benoit

    le probleme ne se résume pas à un simple débat entre pro/anti nucléaire, et la dépendance énergétique n'est qu'une conséquence d'un grand mal italien:

    IL EST IMPOSSIBLE D'Y CONSTRUIRE UNE INFRASTRUCTURE sans subir une fronde d'écolos et autres opposants locaux.

    Mélange de Syndrome Not In My Backyard et de clientélisme électoral, il suffit de constater le mal qu'ont les industriels pour y implanter un terminal GNL, une centrale à cycle combinée de taille décente, un TGV vers Turin...

    Resultat: un sous investissement chronique et des infrastructures qui ne resistent pas aux secousses (cf le grand blackout).

  6. 6

    Elisabeth

    Centrica n'a reçu aucune proposition de Gazprom, son action bondit

    LONDRES, 2 fév 2006 (AFP)

    Centrica a indiqué n'avoir reçu aucune proposition de rachat de la part du groupe russe Gazprom, qui a annoncé jeudi examiner un projet d'acquisition du distributeur de gaz britannique, dont l'action a gagné jusqu'à 25% à l'action Centrica à la Bourse de Londres.

    "Nous ne sommes au courant d'aucune approche et nous ne commentons pas les spéculations du marché", a indiqué un porte-parole de Centrica à AFX, filiale d'informations financières de l'AFP.

    Un dirigeant de Gazprom avait indiqué auparavant que le groupe russe examinait un projet d'acquisition du britannique.

    "Cette question est en train d'être analysée et étudiée. Aucune décision n'a été prise", avait déclaré le vice-président de Gazexport, filiale d'exportation de Gazprom, Alexandre Chkouta, cité par l'agence russe Interfax.

    L'action Centrica a grimpé jusqu'à 337,50 pence à l'annonce de la nouvelle, ce qui représente un gain de 25% par rapport à la clôture de la veille.

    A 15H20 GMT, le titre gagnait encore 7,31% à 289,75 pence, valorisant le groupe à 10,5 milliards de livres (15,4 mds EUR).

Ajoutez un commentaire

Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.

elle ne sera pas publiée