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Arabie saoudite / Ali al-Nouaïmi, ministre du pétrole limogé : effet boomerang de la guerre du baril ?

Dans le cadre d’un large remaniement de son gouvernement, le roi Salmane d’Arabie saoudite vient de limoger le ministre saoudien du pétrole Ali al-Nouaïmi par décret royal. Une décision annoncée par la télévision d’Etat d’Arabie saoudite El-Ikhbariya.

Un événement d’autant plus important qu’il s’agissait de l’homme le plus influent au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Lequel cartel tente actuellement de trouver un consensus en vue au minium de geler la production pétrolière pour tenter d’enrayer la chute du prix du baril, l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, poursuivant quant à elle depuis près de deux ans une politique ayant conduit à un effondrement des cours du pétrole sur les marchés internationaux. M. Nouaïmi a été remplacé par Khaled al-Faleh, nommé ministre de l’énergie, de l’industrie et des ressources minières, par décision du roi Salmane.

Si de prime abord, il convient de parler de limogeage, le Financial Times avait rapporté en janvier dernier – se basant sur des sources industrielles – que Ali al-Nouaïmi aurait fait savoir dès le début de l’année 2016 qu’il souhaitait partir à la retraite à l’occasion du remaniement ministériel de mai.

“Ali al-Nouaïmi reste l’homme le plus puissant au monde dans le domaine pétrolier”, avait écrit le magazine américain Forbes en 2014, le classant au 50e rang des personnalités les plus puissantes de la planète. Né en 1935, il a étudié à l’université de Stanford avant de devenir en 1983 président du géant pétrolier Aramco,  la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures. Il avait été nommé ministre du pétrole en 1995 et conservé son poste malgré les deux remaniements ministériels majeurs opérés par le roi Salmane depuis son accession au trône en janvier 2015.

Reste que Ali al-Nouaïmi vient peut-être de faire les frais de la guerre ouverte déclenchée en 2014 contre les Etats-Unis et le Canada pour éviter que ces deux pays ne raflent des parts de marché à l’Arabie saoudite,  conflit doté d’une arme redoutable : la chute du prix du baril. Mais, au final, le conflit aura fortement déstabilisé son pays au niveau financier, le conduisant à adopter des mesures drastiques.

A la fin de l’année 2014, le ministre saoduien s’était même dit prêt à laisser chuter le baril jusqu’à 20 dollars. Dans un discours on ne peut plus franc, le ministre saoudien de l’Énergie avait déclaré lors d’un entretien avec l’Agence de presse officielle saoudienne que « ce n’est pas dans l’intérêt des producteurs de l’Opep de réduire leur production, quel que soit le prix». Ajoutant même : «qu’il soit de 20 dollars, 40 dollars, 50 dollars ou 60 dollars, cela n’a pas de sens». Mais le puissant ministre avait alors clairement désigné les adversaires des pays de l’Opep dans cette guerre des prix du baril : les États-Unis.

Le 27 novembre 2014, la décision des douze États membres de l’Opep de ne pas réduire le volume de production avait brutalement accéléré la chute du cours du baril, entamée depuis la mi-juin. Certains analystes laissaient alors entendre que les États-Unis et l’Arabie s’étaient entendus pour nuire à deux adversaires communs particulièrement dépendants des recettes pétrolières: la Russie et l’Iran.

Mais des experts avaient quant à eux parallèlement indiqué qu’un prix du baril durablement bas serait dommageable pour les compagnies américaines et canadiennes, lesquelles effectuent souvent des forages à des coûts supérieurs à 60 dollars le baril. Un expert pétrolier canadien avait ainsi indiqué que les projets les plus chers d’exploitation de sables bitumineux au Canada avaient des seuils de rentabilité proches des 100 dollars, tandis que la plupart des barils saoudiens coûtent moins de 20 dollars à extraire.

Or, Ali al-Nouaïmi avait déclaré pour sa part que si le royaume saoudien réduisait sa production le prix du baril remonterait et que «  les Russes, les Brésiliens et les producteurs de pétrole de schiste américains prendront » la part de marché de l’Arabie saoudite. Tout était dit …

La préservation de la part de marché semble ainsi  avoir été dès le début l’objectif crucial de la bataille qui fait rage sur le marché pétrolier, actuellement en surproduction. Une situation que l’arrivée de nouveaux volumes issus de l’exploitation des schistes bitumineux ne ferait qu’accroître et contre laquelle Ali al-Nouaïmi semblait vouloir lutter coûte que coûte. Une réaction urgente semblait de mise pour le royaume saoudien dès 2014 alors que la production de brut des seuls États-Unis avait augmenté de 2 millions de barils par jour en à peine deux ans.

En maintenant le cours à 60 dollars voire beaucoup plus bas, les Saoudiens espéraient alors contraindre les nord-américains à fermer des puits non rentables et geler des projets trop chers. Une politique menée par l’Arabie saoudite qui aura toutefois montré ses limites et pourrait avoir coûté son portefeuille à Ali al-Nouaïmi.

Car, dans le cadre du remaniement de son gouvernement, le roi d’Arabie saoudite a également dissous le ministère de l’électricité et de l’eau, une décison prise alors que la réduction des subventions de l’Etat dans ces deux services publics avait suscité quelques remous dans le royaume, lequel est engagé désormais dans une politique d’austérité en raison de la chute de ses revenus pétroliers.

A noter également que le 25 avril dernier, le   vice-prince héritier Mohammed ben Salmane a annoncé dans le cadre d’un vaste plan visant à réduire sa dépendance du pétrole l’intention de son pays de vendre en Bourse une partie du géant pétrolier Aramco et de se doter d’un fonds souverain de 2.000 milliards de dollars .

Le plan, présenté comme « une feuille de route » pour le développement du royaume durant les 15 prochaines années, est destiné à diversifier l’économie saoudienne qui dépend de la manne pétrolière à plus de 70 %.

Sources : AFP, Reuters, Le Figaro

Elisabeth Studer – 7 mai 2016 – www.leblogfinance.com

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20 commentaires

  1. retrouvé le retour 14 mai 2016 à 18:49
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