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Monsanto : l’Argentine et les herbicides nuisent à la santé financière

La roue tournerait-elle ? Monsanto, géant de l’agrochimie bien souvent décrié, vient d’abaisser sa prévision de bénéfice annuel. Tentant de rassurer les investisseurs, il invoque la dépréciation du peso argentin et la chute des prix des herbicides. Le titre plongeait toutefois de 4,87% à 87,99 dollars à Wall Street dans les échanges électroniques de pré-séance.

L’entreprise connue notamment pour ses produits OGM, table désormais pour l’exercice fiscal 2015/16 sur un bénéfice par action ajusté compris entre 4,40 et 5,10 dollars contre une fourchette de 5,10 à 5,60 dollars auparavant. Les analystes s’attendent quant à eux un bénéfice par action avoisinant 5,14 dollars, alors qu’il était de 5,73 dollars lors de l’exercice précédent.

- L’Argentine plombe les comptes de Monsanto après les avoir dopé

Monsanto explique ses mauvaises prévisions notamment par la chute des prix de l’herbicide glyphosate et à la dévaluation du peso argentin. L’un des plus grands pays agricoles de l’Amérique latine que constitue l’Argentine a vu en effet se déprécier face au dollar, diminue de facto les revenus engrangés dans le pays par la multi-nationale quand il les convertit en billets verts.
L’Argentine est le premier exportateur mondial d’huile de soja, le second exportateur de maïs et le troisième pour les graines de soja … et constitue un client de tout premier ordre pour le groupe agrochimique.

Ironie du sort ? Cette annonce de Monsanto voit le jour alors que la culture du soja argentin est de plus en plus pointé du doigt pour ses conséquences désastreuses sur l’alimentation animale et sur la santé humaine.

Un reportage effectué par l’Associated Press (AP) sur l’utilisation des pesticides en Argentine, l’un des pays où les produits agrochimiques font le plus de ravages, révèle un manque de régulation dans l’utilisation des produits, en particulier pour l’épandage du Roundup de Monsanto, associé aux OGM. Des lacunes aux graves conséquences sur la santé des habitants des zones rurales, régulièrement arrosées de produits chimiques directement sur les terres exploitées mais même à proximité des écoles.

Avec 20 millions d’hectares de soja, l’Argentine est actuellement le troisième producteur mondial. Une performance devenue réalité depuis que Monsanto a commencé à fournir les graines OGM en 1996. Si, certes une partie de ces utilisations se déroulent dans un cadre légal, un grand nombre d’agriculteurs locaux n’appliquent pas la réglementation en vigueur, bien souvent par méconnaissance. Un contexte qui conduit à une application excessive dans certains endroits, des pesticides étant utilisés à 30 mètres des zones d’habitation, alors que la limite réglementaire est de 500 mètres.

Phénomène encore plus dangereux : progressivement, les mauvaises herbes et les insectes ravageurs sont devenus résistants. Pour faire face à ce problème, les agriculteurs ont augmenté les doses, multipliant par neuf la quantité de pesticides répandue dans les champs argentins, passant de 34 millions de litres en 1990 à plus de 312 millions de litres en 2014. Selon l’AP, globalement, les agriculteurs argentins appliquent environ 4,3kg de concentré agrochimique par acre, soit plus de deux fois ce que les agriculteurs américains utilisent.

A noter parallèlement, que 10% des recettes de l’État argentin sont issues des exportations de soja transgénique. Une manne on ne peut plus précieuse pour l’Argentine, qui offre la possibilité à Soyeros, le producteur le plus important du pays, d’exercer une pression importante sur le gouvernement afin de ralentir de manière significative certaines recherches liées à la nocivité des produits chimiques.

- La baisse des revenus des agriculteurs continue à peser - 

Autre retour de bâton, nouvelle roue qui tourne  ? Alors qu’en 2010, Monsanto avait été à l’origine de la faillite de bons nombres d’agriculteurs en Inde, ces derniers étant forcés à s’endetter pour utiliser encore plus de pesticides face aux résistances développées par les insectes ravageurs, obligeant les agriculteurs à multiplier les épandages d’insecticides jusqu’à 13 fois plus qu’auparavant, la multi-nationale explique la révision à la baisse de son objectif en déclarant tabler sur la poursuite du déclin des ventes des semences transgéniques. Mosanto s’attend ainsi à une stagnation du chiffre d’affaires de cette activité lors de l’exercice en cours comparé à celui de l’année précédente, la baisse des revenus des agriculteurs impactant directement le secteur agrochimique depuis plusieurs années. En 2014, les ventes de semences transgéniques, sa principale source de revenus, avaient reculé de 4,6 % , dans le sillage de la baisse de 2 % des prix du maïs et de 12,7 % de ceux du soja.

- Les herbicides nuisent désormais à la santé de Monsanto - 

La pression des défenseurs de l’environnement s’est intensifiée depuis quelques mois après le classement, en mars 2015, du glyphosate, le principe actif du Roundup, comme ”cancérogène probable”  par l’agence du cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

De plus, alors que jusqu’en 2012, Monsanto jouissait d’un monopole sur les ventes de glyphosate, un droit anti-dumping dissuasif empêchait des firmes chinoises de vendre cette matière active aux fabricants européens de produits génériques, la Cour de Justice de l’Union Européenne a mis fin depuis à ce droit de douane à la demande du Syndicat de la Coordination Rurale et d’Audace (l’Association des Utilisateurs et Distributeurs de l’AgroChimie Européenne). Offrant ainsi la possibilité aux vendeurs de « générique » de proposer aux agriculteurs européens une offre très concurrentielle de celle de Monsanto en matière de glyphosate. Une décision qui a entrainé une baisse des prix du produit, au grand dam de Monsanto … mais permettant de stabiliser durablement en Europe le prix du glyphosate utilisable par les agriculteurs à hauteur de 3 € le litre en 2012 contre 12 à 13 € le litre en 2008 avant que la Coordination Rurale et d’Audace n’obtiennent gain de cause. Un delta qui représentait déjà un manque à gagner de l’ordre de 1 milliard d’euros par an pour Monsanto.

Les revenus annuels des engrais et désherbants ont quant à eux décroché de 7 %, affectés par le gel dans différents pays de la commercialisation du Roundup, régulièrement mis en cause dans la surmortalité des abeilles.

Monsanto vient en outre d’essuyer un revers judiciaire en France, son marché le plus important parmi les pays d’Europe et d’Afrique du nord, le groupe a en effet été reconnu responsable de l’intoxication d’un agriculteur par son herbicide Lasso. En réaction, le groupe s’est pourvu en cassation.

- Plan de restructuration et réduction d’effectifs - 

Pour faire face à la situation, Monsanto a annoncé récemment un plan de restructuration comprenant la suppression de 3.600 emplois d’ici 2018, soit 16 % de ses effectifs.

Souhaitant faire des acquisitions, il n’a pu toutefois s’emparer du groupe suisse Syngenta, le chinois ChemChina ayant raflé la mise en mettant tout de même la coquette somme de 43 milliards de dollars sur la table.

Sources : AWP, AP

Elisabeth Studer – 02 mars 2016 – www.leblogfinance.com

A lire également :

Ukraine : la culture OGM, monnaie d’échange de banques occidentales et FMI pour accorder des prêts ?

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2 commentaires

  1. Abigail 4 mars 2016 à 15:13

    It’s a known fact that financial health is interrelated with country’s economy. That’s why the economies of most prosperous countries should be researched and analyzed.And based on that and the target country features and characteristics economical decisions should be made.And I do believe if you were a student who’s not financial stable but asks somebody to check your assignment understanding all advantages of another person looking at your assignment, you’d go through with it. That’s why Argentinian government should hire experts who can do the analytic job for them.

  2. Elisabeth Studer 10 mars 2016 à 01:14

    Argentine: plus de 100’000 emplois supprimés entre janvier et février 2016

    Buenos Aires (awp/afp) – Plus de 100’000 emplois ont été supprimés au cours des deux premiers mois de l’année dans les secteurs public et privé, selon une étude du cabinet “Tendencias Economicas y Financieras” mise en doute par le gouvernement.

    “En janvier, il y a eu 41’900 licenciements, dont la moitié dans le secteur public et l’autre dans le privé”, a expliqué à l’AFP le directeur de ce cabinet privé, l’économiste José Luis Blanco.

    Mais selon l’analyste, la donnée “inquiétante, c’est qu’en février ce nombre est passé à 65’800 licenciements, dont la grande majorité (55’200) dans le secteur privé”.

    “C’est un nombre très élevé, un record 70 fois supérieur à celui de l’an passé” à la même époque, a-t-il souligné.

    De son côté, le ministre du travail Alejandro Sabor a contesté ce chiffre de 100’000 emplois détruits après avoir assuré que “ce nouveau gouvernement fait beaucoup pour lutter contre le chômage”.

    Le ministre, qui n’a toutefois pas donné le chiffre du gouvernement, a regretté “une économie stagnante qui ne faisait que créer des emplois dans le secteur public” sous la précédente administration de la présidente Cristina Kirchner (2007-2015).

    Depuis la prise de fonction du président Mauricio Macri, en décembre à la tête d’une coalition de centre droit, le nouveau gouvernement fait la chasse aux emplois fictifs ou attribués à des militants politiques par la précédente administration.

    Les principaux syndicats du secteur public ont dénoncé le licenciement de 25’000 fonctionnaires en janvier.

    afp/al

    (AWP / 09.03.2016 08h16)

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