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USA : le fossé se creuse entre riches et pauvres selon la Fed, anguille sous roche ?

Elisabeth Studer Actualités, Economie Un commentaire
USA : le fossé se creuse entre riches et pauvres selon la Fed, anguille sous roche ?

Désormais, il devient politiquement correct de le dire, même aux Etats-Unis. C’est vous dire si le phénomène est grave ! Vendredi, la présidente de la Banque centrale américaine (Fed) Janet Yellen s’est en effet déclarée très inquiète du creusement constant des inégalités aux Etats-Unis.

Un cri certes alarmant qui ne doit tout de même pas nous faire oublier que la Fed est loin d’être totalement étrangère à cette situation. Restons aussi lucides que vigilants. 

S’exprimant lors d’un discours à Boston, la présidente de la Fed a ainsi indiqué que les inégalités de revenus et de richesses atteignent désormais un sommet inégalé depuis un siècle.

Un tantinet ironique, l’Agence France Presse elle-même fait remarquer que Mme Yellen n’a émis aucune allusion à la politique monétaire de la Fed ni aux turbulences qui secouent actuellement les marchés financiers lors de son intervention lors d’une conférence sur les inégalités.

« Le creusement des inégalités a recommencé pendant la reprise économique, après la crise financière et immobilière de 2008, alors que le marché boursier a rebondi, que la croissance des salaires (…) a été faible et que la hausse des prix des maisons n’a pas restauré le patrimoine perdu pour une grande partie des ménages », a-t-elle ainsi déclaré.

Il est vrai que prise entre des salaires qui stagnent et un coût de la vie qui ne fait que grimper, la classe moyenne s’érode.

La patronne de la Fed a par ailleurs fait état du fardeau de la dette des étudiants contractée pour financer leurs études, cette dernière ayant quadruplé entre 2004 et 2014. C’est un sujet sur lequel nous reviendrons.

A noter toutefois que’en octobre 2013, nous nous interrogions sur l’éventualité que le shutdown auquel devait alors faire face le gouvernement Obama ne soit au final que du bluff, un immense coup de bluff – voire une immense farce – doté d’une connivence entre Républicains et Démocrates en vue au final de mettre en application la stratégie du choc prôné par les Chicago Boys … aux Etats-Unis eux même.

Les deux tendances politiques confondues trouvant toutes deux intérêts à provoquer un semblant de blocage … en vue d’adopter et faire adopter des mesures drastiques ouvrant la voie à un ultra-libéralisme, au grand dam des populations les plus pauvres, creusant ainsi un peu plus le fossé.
Le recul de l’échéance fatale de trimestre en trimestre fournissant autant d’argument pour au final mettre en œuvre des mesures qui pourraient presque être vues comme salvatrices, si l’on n’y prenait garde.

Certains noteront tout d’abord qu’alors les coupes les plus sombres ont frappé l’emploi des fonctionnaires, elles n’auront pas semble-t-il impacté les employés du Trésor chargés de l’impression et de la gravure de la monnaie. Car alors même qu’on affirme à cor et à cri que les finances du pays sont au plus mars, 85 milliards de dollars sont dévolus par mois à la Réserve fédérale américaine en vue de racheter Bons du Trésor et crédit titrisés …

Certains auront noté que quelques heures après le blocage sur le budget US, le 1er octobre 2013, ni le gouvernement Obama ni la Chambre des représentants contrôlée par les Républicains, ne montraient d’empressement particulier à sortir de l’impasse.

Vous aurez remarqué aussi comment le mardi suivant ce qui aurait pu être la journée de l’Apocalypse ou « the Day after » Wall Street s’est peu ému du premier blocage du gouvernement depuis 17 ans, les trois principaux indices boursiers engrangeant même en fin de journée des gains substantiels.

Notons au passage que 2 millions d’employés fédéraux ont été durement impactés par un gel des salaires de trois ans imposé par le président Obama ainsi que des semaines de chômage technique suite aux coupes du « séquestre » (Budget sequester), lesquelles sont entrées en vigueur en mars 2013.

Parallèlement avait été suspendu  le programme du WIC (Special Supplemental Nutrition Program for Women, Infants and Children, ou WIC), lequel distribue de la nourriture ainsi qu’un accompagnement sanitaire aux femmes enceintes aux faibles revenus, aux mères dans la même situation et à leurs enfants.

Le Centre sur le Budget et les Priorités en matière de Politique (Center on Budget and Policy Priorities, CBPP) avait d’ores et déjà rapporté en mars 2013 que le « programme de nutrition du WIC devra refuser d’ici la fin de la présente année fiscale, quelque 600.000 à 775.000 femmes et enfants, dont de très jeunes enfants. »

De 2010 à 2012, des crises de même type auront ainsi permis de proroger de deux ans les réductions d’impôts aux riches accordées par Bush, de promulguer des coupes de plus de 1 millier de milliards de dollars dans les dépenses discrétionnaires, pour au final permettre la mise en place du processus de « séquestration ». Lequel réduira les dépenses fédérales de 85 milliards de dollars cette année et de 1,2 mille milliards de dollars sur huit ans.

En 2011, lors de la crise du plafond de la dette, Obama avait proposé aux républicains un « grand marchandage » (« grand bargain »), impactant au final les bénéficiaires de la sécurité sociale et de Medicare.

Les républicains avaient alors exigé des coupes sociales encore plus extrêmes et plus rapides que celles proposées par Obama et les démocrates. Arguant de la nécessité de résoudre la crise, ces derniers avaient alors acquiescé.

Selon Christine Rifflart, spécialiste de l’économie américaine à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), “les États-Unis sont gouvernés en état de crise budgétaire permanente depuis août 2011”. Cette dernière ajoutant que depuis cette date, Démocrates et Républicains « n’ont jamais réussi à trouver un terrain d’entente sur le niveau, à long terme, des dépenses américaines ».

Notant au passage que  »c’est leur opposition à tout accord budgétaire avec l’administration Obama » qui a entraîné, en mars 2013, « d’importantes coupes automatiques et arbitraires dans les dépenses de l’État » autrement appelés séquestre.

Alors restons vigilants, le discours de la patronne de la Fed pourrait au final préparer le terrain pour une vaste opération médiatique.

Sources : AFP, Bloomberg, France24, Le Parisien, WSWS

Elisabeth Studer – 20 octobre 2013 – www.leblogfinance.com

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1 commentaire

  1. bforbroker 24 octobre 2014 à 14:12

    Il faut croire que tout se dégrade dans ce bas monde!