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HSBC ne veut plus des ambassades comme clients

L’arroseur arrosé ? Qui est pris qui croyait prendre ? Alors que la banque HSBC a dû s’acquitter en 2012 d’une amende record aux Etats-Unis, après avoir été accusée de complicité de blanchiment au profit de trafiquants, de terroristes et de l’Iran, l’établissement financier britannique vient d’annoncer qu’elle ne pouvait pas conserver les comptes de nombreuses ambassades. Leur fixant un ultimatum de 60 jours pour retirer leur argent.
C’est en effet ce que vient de rapporter dimanche l’hebdomadaire britannique « The Mail On Sunday ».
Une annonce qui a d’ores et déjà provoqué la stupeur au sein du corps diplomatique étranger au Royaume-Uni. Selon le journal, plus de 40 ambassades et consulats, dont la nonciature apostolique, seraient concernés par cette mesure à Londres.
Bernard Silver, responsable du Consular Corps – qui représente les consuls au Royaume-Uni – a indiqué pour sa part que la décision de HSBC « a semé la pagaille ».

Précisant que les activités inhérentes aux ambassades et aux consulats impliquaient de recourir aux services d’une banque, non seulement pour encaisser l’argent des visas et des passeports mais également en vue de régler les salaires et les factures des instances diplomatiques.
En retour, la banque HSBC prétend que sa décision s’inscrit dans le cadre d’une évaluation de tous les clients d’affaires pour voir si ils satisfont cinq critères – parmi lesquels figurent «connectivité internationale, développement économique, rentabilité, et liquidité. Ajoutant que ses services aux ambassades n’étaient « pas exemptés » de ce programme. Rappelons que la banque s’est engagée en janvier dernier à faire la chasse au blanchiment d’argent.
Le consul honoraire du Bénin, Lawrence Landau indique pour sa part que « toutes les banques au Royaume-Uni se ferment comme des huîtres », comme si tous les établissements financiers s’étaient donnés le mot, par solidarité avec HSBC, en somme.
Le ministère britannique des Affaires étrangères a déclaré quant à lui être «en contact avec HSBC et les missions diplomatiques concernées», et avoir fourni aux représentations qui le souhaitent «des lettres de présentation pour leur permettre d’ouvrir un nouveau compte bancaire».

La partie immergée de l’iceberg ? Certains comptes de missions diplomatiques peuvent certes parfois servir à abriter des opérations illégales. Elles pourraient même être considérées comme «politiquement exposées», ce qui signifie qu’elles sont à risque d’être impliquées dans des activités de blanchiment d’argent.

Rappelons par ailleurs qu’à la mi-juillet, soit quelques jours après la publication du rapport du député (PS) Christian Eckert sur la « liste Falciani » et son usage par les autorités fiscales françaises, la banque britannique a fini par s’insurger.  Cette dernière indiquant que les fichiers volés dans sa banque privée en Suisse, entre 2006 et 2007 par son ancien informaticien, Hervé Falciani, n’étaient pas exploitables de façon fiable. Laissant ainsi entendre que les conclusions du rapport étaient donc sujettes à caution, leurs argumentations étant bâies sur ces documents.

Le 10 juillet dernier, Christian Eckert, rapporteur du budget à l’Assemblée, a révélé que les données dérobées par M. Falciani, puis remises aux autorités françaises à la fin 2008, ont permis de mettre à jour une liste de 127 311 personnes physiques et morales, dont 6 313 disposant d’une adresse en France. Toutes soupçonnées d’être des évadés fiscaux, ce que nie HSBC.
La banque estime par ailleurs que seuls 15 000 de ses clients ont été concernés par le vol. S’interrogeant alors sur la présence de 127 311 noms. Selon elle, figurent également sur les fichiers originels les noms des conseillers, juristes, fiscalistes associés à chaque compte.

A noter enfin qu’en septembre 2010, JPMorgan Chase avait envoyé une lettre à quelque 150 ambassades auprès de l’ONU, dont la France, la Russie et la Chine, les informant de la clôture de leurs comptes bancaires au 31 mars 2011.
Si la banque américaine n’avait pas daigné donner de raison officielle, les obligations de surveillance en matière de terrorisme et de blanchiment seraient devenues trop lourdes à gérer. « La façon dont vous avez géré vos comptes n’est pas en cause », tenait toutefois à préciser l’établissement.
Les diplomates auprès de l’ONU pointaient alors du doigt la législation américaine de plus en plus sévère en matière de terrorisme et de blanchiment d’argent. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les banques américaines se doivent en effet de surveiller toutes les transactions bancaires avec l’étranger et de signaler aux autorités fédérales tout mouvement suspect.

En novembre 2010, Bank of America avait fermé cinq comptes appartenant à l’ambassade angolaise à Washington tandis que plusieurs autres banques avaient prévenu les autorités américaines de leur intention d’arrêter de servir les représentations diplomatiques.
En 2004, la banque Riggs avait dû payer une amende de 25 millions de dollars pour défaut de signalement de mouvements suspects sur les comptes appartenant aux ambassades d’Arabie Saoudite et de Guinée-équatoriale à Washington.

Sources : AFP, RFI, Washington Post

Elisabeth STUDER – 4 aout 2013 – www.leblogfinance.com

 

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