Areva : le Japon rentre au capital de Georges Besse II

Eurodif-georbes-besse-areva-tricastin Le producteur d'électricité japonais Kansai Electric Power et la société de négoce Sojitz vont prendre une participation totale de 2,5% dans la future usine d'enrichissement d'uranium d'Areva, Georges Besse II, actuellement en construction dans le sud de la France.

C'est sûr, la France pouvait difficilement faire de nouveau appel à l'Iran dans "le contexte actuel", et pourtant ...

Selon un communiqué officiel, la société Kansai Electric Power et la société Sojitz ont créé une société d'investissement commune à Paris, afin d'entrer au capital de la Société d'Enrichissement du Tricastin (SET), exploitant de Georges Besse II.

Areva n'a pas souhaité à l'heure actuelle dévoiler le montant de cette participation. Se félicitant toutefois de la volonté de ses "clients électriciens de participer à ce projet majeur" afin de "sécuriser leurs approvisionnements en uranium enrichi". "Nous souhaitons ouvrir le capital jusqu'à environ 20%", a toutefois indiqué une porte-parole d'Areva, précisant que "des discussions" étaient en cours avec d'autres partenaires.

Suite à cette transaction, les parts de la Société d'Enrichissement du Tricastin seront détenues à 92,5% par Areva, à 5% par GDF Suez et à 2,5% par les deux firmes nippones.

Georges Besse II doit progressivement remplacer l'usine d'Eurodiff dont l'arrêt est prévu d'ici 2012, elle aussi implantée au Tricastin.

Lors de sa construction, la durée de vie estimée de l'usine était de 25 ans. Depuis, des opérations de maintenance et de modernisation ont permis de prolonger d'au moins une dizaine d'années cette durée. Aujourd'hui, d'un point de vue économique, la technologie de diffusion gazeuse est pénalisée par sa forte consommation d'énergie, dans un contexte d'évolution du coût de l'électricité, affirme Areva.

Le coût du projet Georges Besse II, démarré en 2006, est évalué à près de 3 milliards d'euros. La production doit débuter en 2009 et atteindre sa pleine capacité en 2016.

Petit rappel historique ...

En mars 2007, le magazine allemand « Der Spiegel » - citant une étude diffusée par le parti des Verts européens - révélait des détails – qu'ils estimaient n'avoir pas été publiés auparavant - de l'accord de partenariat entre Téhéran et la société française Eurodif .

Rappelons qu'en 1974, l'Iran a investi plus d'un milliard de dollars dans la société commune spécialisée dans l'enrichissement de l'uranium (Société Franco-Iranienne pour l'Enrichissement de l'Uranium par Diffusion Gazeuse). L'accord prévoyait, selon Der Spiegel, en contrepartie de cet investissement, la livraison de 10% du produit enrichi pour alimenter des centrales nucléaires.

Eurodif a été créée en 1973 entre 5 pays : la France, la Belgique, l'Italie, l'Espagne et la Suède. En 1975, la part suédoise de 10% dans Eurodif était parvenue à l'Iran à la suite d'un accord franco-iranien. La société française nationalisée Cogéma et le gouvernement iranien ont alors fondé la Sofidif, possédant respectivement 60% et 40% des parts. En retour, la Sofidif a acquis une part de 25% dans Eurodif, ce qui donnait à l'Iran sa part de 10% dans Eurodif.

A la suite, le Shah d'Iran prête un milliard de dollars US (et encore 180 millions de US$ en 1977) pour la construction de l'usine Eurodif, en vue d'obtenir l'autorisation d'acheter 10% de la production d'uranium enrichi du site. Suite à la révolution islamique de 1979, l'Iran suspend ses paiements et réclame le remboursement du prêt en faisant pression sur la France.

En avril 1979, le premier ministre Raymond Barre inaugure l'usine d'Eurodif. Dans le même temps, l'Ayatollah Khomeiny rompt le contrat de fourniture de centrales nucléaires passé avec la France. Mais il confirme l’actionnariat dans Eurodif de l’Iran qui possède toujours alors 10% des parts de cette usine. La France refuse de laisser l'Iran exercer son statut d'actionnaire d'Eurodif.

En 1981, après la mise en service de l'usine Eurodif, l'Iran réclame 10% de la production d'uranium enrichi auquel ils ont contractuellement droit, ce que la France refuse.

Le 17 novembre 1986, après plusieurs attentats meurtriers à Paris, et l'enlèvement de journalistes français (Jean-Paul Kauffmann, Michel Seurat, …) retenus en otage au Liban par des groupes liés à l'Iran, la France rembourse 330 millions de dollars, mais refuse de fournir toute livraison d'uranium enrichi.

Le même jour se produit l'assassinat de Georges Besse, le fondateur d’Eurodif. En décembre 1987 a lieu un 2e versement officiel de 330 millions de dollars par la France à l'Iran.

Le 6 mai 1988, entre les deux tours de l'élection présidentielle, les otages français sont libérés. Le premier ministre Jacques Chirac assure dans un accord avec l'Iran des "garanties politiques sur l'octroi sans restrictions par le gouvernement français de licence d'exportation d'uranium enrichi" et le rétablissement du statut d'actionnaire de l'Iran dans Eurodif sous la condition du retour des derniers otages du Liban.

En septembre 1989, le président François Mitterrand confie à François Scheer la formalisation d'un accord définitif de règlement du contentieux franco-iranien. Un accord est trouvé en 1991 : la France remboursa plus de 1,6 milliard de dollars. L’Iran est rétabli dans son statut d’actionnaire d’Eurodif via un consortium franco-iranien nommé Sofidif, avec le droit de prélever 10 % de l’uranium enrichi à des fins civiles.

De source diplomatique française, on indiquait en mars 2007 : "l'Iran est bien membre d'Eurodif. Mais en l'absence de centrale nucléaire civile opérant en Iran, il n'y a pas de livraison d'uranium enrichi."

Sources : AFP, Areva, Wikipedia, Irna

 

2 Commentaires

  1. 1

    JPP

    Merci de nous rafraîchir la mémoire...

  2. 2

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