Iran/nucléaire : Sarkozy infléchit à demi-mots la position de la France

Shah_saclay_1 Nicolas Sarkozy aurait-il enfin pris connaissance de toutes les arcanes du délicat dossier du nucléaire iranien et des relations – autrefois ? – intimes entre entre l'Iran du Shah et la France de Valéry Giscard d'Estaing ? Lesquelles s'étaient notamment concrétisées par d'importants investissements de part et d'autre dans Eurodif.

Si Nicolas Sarkozy semble toujours officiellement vilipender Téhéran sur son projet nucléaire controversé, sachons lire entre les lignes.

Le Président français a qualifié samedi de "menace inacceptable pour la stabilité du monde" une obtention par Téhéran de l'arme nucléaire et a appelé les dirigeants iraniens à montrer "leur bonne foi", au cours d'une conférence de presse commune avec George W. Bush à l'Elysée.

Prenant la parole sur ce dossier après son hôte américain, le président français a lancé: "L'obtention par l'Iran de la bombe nucléaire est inacceptable, c'est clair. C'est une menace inacceptable pour la stabilité du monde, surtout rapportée aux déclarations répétées du président actuel de l'Iran".

Certes, certes, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas moins faire et surtout moins dire devant un « public » américain. Mais le Président français a toutefois ajouté quelques propos loin d'être anodins dans le contexte global du dossier. "L'Iran a le droit comme tous les autres pays du monde au nucléaire civil et nous sommes prêts à les aider", a ainsi poursuivi le chef de l'Etat français.

Nicolas Sarkozy pourrait-il ainsi mettre désormais de l'eau dans son vin et infléchir sa politique vis-à-vis de Téhéran, compte-tenu de la « dette » française envers l'Iran ? Voire compte-tenu des intérêts d'AREVA en la « matière » ?

"Mais si les dirigeants de l'Iran sont de bonne foi, ils n'ont qu'à laisser les inspections aller jusqu'à leur terme. S'ils n'ont rien à cacher, qu'ils le montrent", a néanmoins poursuivi le chef de l'Etat français.

Rappelons qu'en mars 2007, soit avant les élections présidentielles, Roland Dumas s'était rendu à Téhéran, pour s'entretenir avec des dignitaires du régime sur le dossier du nucléaire iranien.

Présenté par la presse iranienne comme un « envoyé spécial français », l'ancien ministre des Affaires étrangères n'était pas mandaté par Paris, le Quai d'Orsay évoquant un « déplacement privé ». « Mon voyage a été particulièrement utile, d'autant plus qu'il est intervenu dans une période brûlante », a t il précise quelques heures après son retour à Paris.

Mais de quoi s'agissait-il ?

Roland Dumas répondait à une invitation d'Ali Akbar Velayati, le conseiller diplomatique d'Ali Khamenei, guide suprême de la république islamique. « Velayati est très proche de Khamenei. Nous nous sommes connus lorsque j'ai réglé avec lui le contentieux Eurodif et l'affaire des otages au Liban », rappelle Roland Dumas. Quel joli préambule pour signifier que l'objectif de l'entrevue était très certainement de discuter de cet épineux dossier.

Ali Akbar Velayati s'activait alors sur la scène internationale, défendant selon Roland Dumas, un « paquet de propositions ». Parmi elles, figurait en bonne place l'idée de confier à un consortium international géré par les Européens le traitement de l'uranium sur le sol iranien. Il s'agirait de relancer, via Eurodif, la coopération franco-iranienne qui avait notamment abouti à la construction du réacteur nucléaire à usage civil de Darakhoin, près d'Ahwaz.

Eurodif est un Consortium propriétaire d'une usine d'enrichissement de l'uranium implantée dans le site nucléaire du Tricastin à Pierrelatte dans la Drôme, et exploitée par une filiale de Areva NC, Eurodif SA.

Cette coentreprise a été créée en 1973 entre 5 pays : la France, la Belgique, l'Italie, l'Espagne et la Suède.

L'uranium enrichi produit par Eurodif alimente environ 90 réacteurs à eau pressurisée, la filière nucléaire la plus largement répandue dans le monde, dont 58 réacteurs français. L'usine produit à elle seule 25% de la consommation mondiale d'uranium enrichi. Eurodif SA compte parmi ses clients EDF et plus de 30 compagnies d'électricité.

En 1975, la part suédoise de 10% dans Eurodif était parvenue à l'Iran à la suite d'un accord franco-iranien. La société française nationalisée Cogéma et le gouvernement iranien fondent alors la Sofidif (Société franco–iranienne pour l’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse), possédant respectivement 60% et 40% des parts. En retour, la Sofidif acquiert une part de 25% dans Eurodif, donnant à l'Iran une part de 10% dans Eurodif. Le Shah d'Iran prête alors un milliard de dollars US (et encore 180 millions de US$ en 1977) pour la construction de l'usine Eurodif, en vue d'obtenir l'autorisation d'acheter 10% de la production d'uranium enrichi du site. Suite à la révolution islamique de 1979, l'Iran suspend ses paiements et réclame le remboursement du prêt en faisant pression sur la France.

En avril 1979, le premier ministre Raymond Barre inaugure l'usine d'Eurodif. Dans le même temps, l'Ayatollah Khomeiny rompt le contrat de fourniture de centrales nucléaires passé avec la France. Mais il confirme l’actionnariat dans Eurodif de l’Iran qui possède toujours alors 10% des parts de cette usine. La France refuse de laisser l'Iran exercer son statut d'actionnaire d'Eurodif.

En 1981, après la mise en service de l'usine Eurodif, l'Iran réclame 10% de la production d'uranium enrichi auquel ils ont contractuellement droit, ce que la France refuse. De 1981 à 1991, le régime des mollahs est soupconné d'avoir perpétré plusieurs assassinats, prises d’otages et attentats meurtriers.

Le 17 novembre 1986, après plusieurs attentats meurtriers à Paris, et l'enlèvement de journalistes français (Jean-Paul Kauffmann, Michel Seurat, …) retenus en otage au Liban par des groupes liés à l'Iran, la France rembourse 330 millions de dollars, mais refuse de fournir toute livraison d'uranium enrichi. Le même jour se produit l'assassinat de Georges Besse, le fondateur d’Eurodif. En décembre 1987 a lieu un 2e versement officiel de 330 millions de dollars par la France à l'Iran.

Le 6 mai 1988, entre les deux tours de l'élection présidentielle, les otages français sont libérés. Le premier ministre Jacques Chirac assure dans un accord avec l'Iran des « garanties politiques sur l'octroi sans restrictions par le gouvernement français de licence d'exportation d'uranium enrichi » et le rétablissement du statut d'actionnaire de l'Iran dans Eurodif sous la condition du retour des derniers otages du Liban.

En septembre 1989, le président François Mitterrand confie à François Scheer la formalisation d'un accord définitif de règlement du contentieux franco-iranien. Finalement un accord est trouvé en 1991 : la France remboursa plus de 1,6 millard de dollars. L’Iran est rétabli dans son statut d’actionnaire d’Eurodif via un consortium franco-iranien nommé Sofidif, avec le droit de prélever 10 % de l’uranium enrichi à des fins civiles.

De source diplomatique française, on indique que « l'Iran est bien membre d'Eurodif. Mais en l'absence de centrale nucléaire civile opérant en Iran, il n'y a pas de livraison d'uranium enrichi. »

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1 Commentaire

  1. 1

    Compta

    C'est toute l'histoire d'avant guère en Iraq qui se reproduit avec l'Iran.

    A mon avis, George bush n'as pas de formation spéciale en nucléaire alors il suppose que le mot Iran est en relation avec le mot Uranium. lol

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