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Plan de relance : de la poudre aux yeux pour Midi-Pyrénées ?

Poudreyeux Décidément le dénommé "plan de relance" est loin de faire l’unanimité, sa teneur et l’effort consenti par le gouvernement étant largement mis en doute.

Si certains, comme l’économiste Thomas Piketty, parlent de "manipulation comptable", le président PS du conseil régional de Midi-Pyrénées, Martin Malvy, a déploré mercredi qu’"aucune opération significative ne soit réalisée en Midi-Pyrénées grâce aux mesures envisagées par Nicolas Sarkozy", qualifiées de "coup d’annonce du gouvernement qui ne sera suivi d’aucun effet".

"Le plan dit de relance n’est autre chose que le déblocage de crédits que le gouvernement avait gelés en 2007 et 2008, ou le rattrapage et la compensation de certaines restrictions qu’il a lui-même opérées sur le budget 2009", a affirmé M. Malvy dans un communiqué.

"Nous pourrions de la même manière faire l’addition des projets que nous financerons cette année et les baptiser du même nom en utilisant les mêmes crédits", a-t-il ajouté.

Vlan …. ça fait mal …. et pourtant Martin Malvy est loin d’être le seul à mettre en avant de tels calculs.

Pour l’économiste Thomas Piketty, on ne peut affirmer à proprement parler qu’il s’agit d’un effort financier supplémentaire de l’Etat pour relancer l’économie, car – selon lui – "l’essentiel des 26 milliards de dépenses annoncés étaient déjà prévus".

Pour lui, la part de dépenses nouvelles ne dépasse pas "2,3,voire 4 milliards" d’euros, avec notamment la prime à la casse de 1000 euros ou le doublement du prêt à taux zéro. Selon l’expert, le gouvernement pourrait en profiter pour justifier le montant du déficit déjà fort désastreux avant cette annonce. Avouez-le, on s’en doutait un peu …

Même discours du côté de François Bayrou, président du Mouvement Démocrate (MoDem). Ce dernier estime lui aussi que « comme réel plan d’investissement, il y a en tout et pour tout 4 milliards » , soulignant que « pour un pays qui fait 1.900 milliards de production annuelle, c’est 0,25% du PIB ». De conclure alors « c’est pas avec 0,25% qu’on va changer les choses".

Reprenant les mêmes arguments que Thomas Piketty, François Bayrou souligne également que les autres financements sont des versements anticipés aux entreprises de factures ou des remboursements de TVA, pour une somme annoncée de 11 milliards d’euros.

A contrario, selon M. Malvy, aucun projet qui concernerait le développement durable et la recherche dans la région n’est inscrit dans le plan présenté lundi par le Premier ministre François Fillon. Lequel avait annoncé la mise en place accélérée de 1.000 chantiers dans toute la France.

Selon le Président de Midi-Pyrénées, les crédits annoncés pour les infrastructures ferroviaires (6,33 millions d’euros en 2009 pour la modernisation de la ligne Castres-Mazamet) ne sont autres que "la participation de l’Etat au plan Rail pour 2008, pour laquelle la Région a fait une avance qu’il nous verse avec un an de retard". No comment …

Quant aux routes, le plan de relance, qui prévoit 4 millions d’euros sur l’opération Auch-Aubiet et 4 millions d’euros pour la déviation d’Ax-les-Thermes, "est très loin des besoins de financement pour ces deux opérations, déjà inscrites au CPER (contrat de projet Etat-région) 2000-2006", a estimé M. Malvy.

Les Français ne semblent pas être totalement dupes de la situation : dans le cadre d’un sondage TNS Sofres Logica pour Le Figaro, diffusé mercredi, Nicolas Sarkozy perd quatre points de popularité. Selon l’institut de sondage, le chef de l’Etat tombe à 37% d’indice de satisfaction et le Premier ministre à 38%.

Dans un sondage Ifop pour Paris-Match diffusé mardi, Nicolas Sarkozy perd six points d’opinions positives en un mois, à 41% et François Fillon, 4 points à 49%, devenant négatif pour la première fois depuis son arrivée à Matignon.

Sources : AFP, AWP, La Croix, Reuters

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1 commentaire

  1. Francis 5 février 2009 à 16:36

    http://www.la-chronique-agora.com/articles/20090205-1552.html
    Philippe Béchade l’explique bien aussi :
    ” les Etats-Unis vont devoir mettre sur pied un plan de relance à l’échelle de la dépression qu’ils ont engendrée… Sinon, ils entraîneront dans leur chute le reste de la planète, ce que nous ne jugeons pas souhaitable.
    En France, si des excès ont été commis, ce n’est certainement pas au niveau de l’encouragement des ménages à consommer ou des prêts hypothécaires à risque : notre spécialité, c’est la dérive des comptes sociaux, une administration fiscale omniprésente et prédatrice mais qui ne génère que peu de valeur ajoutée, etc.
    Mais ce qui motive nos récents sarcasmes, c’est l’effet d’annonce tapageur concernant un plan de relance du gouvernement Fillon/Sarkozy qui ne constitue qu’un recyclage des engagements budgétaires 2009 (c’est-à-dire des dépenses indispensables comme la rénovation des voies ferrées ou de certains infrastructures routières, il y va de la sécurité des usagers) — auxquels viennent d’être ajoutés quelques investissements supplémentaires de dernière minute… comme cela se produit d’ailleurs chaque année. Il est de coutume de faire passer ces “extras” de façon discrète lors des cessions nocturnes de l’Assemblée… mais cette année, le gouvernement fait inversement donner du clairon et de la grosse caisse !
    Le nombre de logements sociaux programmés cette année sera par exemple bien inférieur au total promis par un certain candidat élu à la présidence deux ans auparavant, à une époque où la France ne connaissait pas la crise !
    Le gouvernement français veut nous faire passer des vessies pour des lanternes… soit pour dissimuler le manque réel de moyens, soit pour masquer une volonté de maîtriser la dépense publique et les déficits, y compris au détriment de la croissance (bien que l’on prétende — la main sur le coeur — faire le contraire de l’Elysée à Matignon).
    Le sentiment que l’on nous ment d’une façon ou d’une autre nous insupporte.
    Les Etats-Unis accumulent peut-être les erreurs stratégiques mais au moins, la ligne directrice de la Fed et du Trésor US est lisible. Les partenaires économiques de l’Amérique savent où ils vont, y compris si c’est droit dans le mur : cela permet éventuellement d’écraser la pédale de frein avant l’impact et si possible de tenter une manoeuvre d’évitement.”