La Caisse d'Epargne, doit réunir dimanche après-midi son conseil de surveillance, qui devrait se prononcer sur le maintien de la direction.
Cette réunion organisée dans l'urgence fait suite à l'annonce faite vendredi par les Caisses d'Epargne d'une perte de 600 millions d'euros dans des opérations de marché. Ceci en pleine crise financière et alors même que l'affaire Kerviel qui a coûté 4,9 milliards à la Société générale n'en finit pas de rebondir.
Le directoire du groupe Caisse d'Epargne est composé de cinq membres : outre Charles Milhaud, il compte Nicolas Mérindol, le directeur général, Julien Carmona, en charge des finances et risques, Guy Cotret (ressources humaines, informatique) et Alain Lacroix (développement).
"Il y aura un vote de confiance sur le maintien ou non du directoire", a-t-on indiqué de source proche de la banque, précisant que ce conseil doit se réunir à 15H00.
Cette question n'est pas "formellement" à l'ordre du jour mais les membres du conseil vont demander qu'elle soit posée, a ajouté une deuxième source proche du dossier, assurant que plusieurs membres étaient déterminés à demander le départ du président du directoire du groupe, Charles Milhaud, dont le mandat arrive normalement à échéance fin 2009.
Lui-même a déclaré dimanche qu’il se sentait "responsable" de la perte de 600 millions d’euros par son groupe, et que le conseil de surveillance qui se réunit dans l’après-midi, "examinera les conséquences" à tirer de cette affaire.
“Oui, je me sens responsable. Croyez moi cet incident est grave et me touche profondément", confie M. Milhaud, dans une interview au Journal du Dimanche. Interrogé sur une éventuelle démission, le président du directoire de la Caisse nationale des Caisses d’Epargne (CNCE) se contente de répondre que le conseil de surveillance de la CNCE, qui se réunit dimanche à 15h, "examinera toutes les conséquences qu’il convient de tirer de cette affaire".
Dans un bref communiqué, les Caisses d'Epargne ont précisé vendredi matin que la perte, liée à un "important incident de marché", avait concerné la semaine dernière son activité de dérivés actions, dans un contexte de marché très volatil. Le CAC avait en effet enregistré la même semaine la plus forte perte de son histoire (-22,2%).
Un porte-parole des Caisses a précisé que la perte était imputable à une "petite équipe de gestion pour compte propre de cinq à six personnes, qui ont toutes été sanctionnées". Cette équipe aurait pris des "positions excessives en risque et en volume, au-delà des limites autorisées". Un des adjoints de Julien Carmona, le membre du directoire chargé des finances, a été mis à pied, a-t-il ajouté.
Les Caisses ont tenu à rassurer les autorités et leurs clients en indiquant que le niveau de leurs fonds propres (plus de 20 milliards d'euros) permettait d'absorber le choc.
"Cette perte n'affecte pas la solidité financière du groupe et n'a aucune conséquence sur la clientèle," a assuré le groupe, qui a précisé que des mesures avaient été mises en oeuvre pour solder cette position et mettre fin à cette activité.
Rappelons qu'en mars 2008, des perquisitions avaient eu lieu dans les locaux des groupes Caisse d'Epargne et Banque Populaire. Les deux banques mutualistes avaient ainsi confirmé une information du site Mediapart qui faisait état d'une enquête sur une "entente sur des taux de crédit immobilier".
Selon une source proche du dossier, les ordinateurs des dirigeants de la Caisse d'Epargne auraient été saisis, dont ceux de Charles Milhaud (président), Nicolas Mérindol (directeur général) et Guy Cotret (membre du directoire en charge des ressources humaines, de l'informatique et de l'exploitation bancaire).
Au siège fédéral du groupe Banque Populaire, les enquêteurs, intervenus mardi dernier, auraient saisi des documents appartenant à certains dirigeants du groupe. Ces perquisitions ont été menées par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), épaulée de la Brigade financière.
Selon le site d'information Mediapart, "la DGCCRF chercherait à réunir les preuves établissant que plusieurs groupes bancaires, dont les Caisses d'Epargne, le Crédit Agricole ou encore les Banques Populaires, ou leurs structures régionales, se sont entendus sur des niveaux de taux de crédit (essentiellement dans le cas du crédit immobilier)".
"Ces pratiques auraient été constatées dans certaines régions, en particulier dans l'ouest de la France et dans les régions du centre et du Massif central. Certaines banques ou succursales se seraient entendues de sorte qu'un client ayant obtenu un crédit dans sa banque ne puisse pas démarcher une banque concurrente dans l'espoir d'obtenir une renégociation de son prêt à des conditions plus avantageuses", ajoute Mediapart.
Les Caisses d'épargne ont toutefois démenti dans un communiqué l'information selon laquelle "plusieurs ordinateurs de dirigeants auraient été saisis" dans le cadre de cette enquête. "Seul le disque dur d'un collaborateur de la CNCE a fait l'objet d'une saisie", indique le groupe, ajoutant que des dirigeants et collaborateurs de la CNCE ainsi que d'une Caisse d'épargne ont été auditionnés par les enquêteurs. "La Caisse nationale des caisses d'épargne coopérera à cette enquête et dément d'ores et déjà toute participation à une entente concernant les renégociations de prêts immobiliers".
Thierry Gaubert, ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy, a quant à lui été récemment mis en examen. A noter qu'il assure actuellement la fonction de directeur de cabinet de Charles Milhaud, président du groupe Caisse d'épargne, que certains nomment Sarkoland.
Les faits, ou plutot les mésactions qui sont lui reprochés : abus de biens sociaux et escroquerie, dans une affaire immobilière concernant la collecte et l'utilisation des fonds du 1% logement dans les Hauts-de-Seine, dans les années 80 et 90.
S’agissant de Charles Milhaud, lui-même, notons qu'il a été récemment élu à Marseille sur la liste conduite par Guy Teissier (UMP) dans le 5e secteur (9 et 10e arrondissement). La liste, sur laquelle M. Milhaud, 65 ans, figurait en 7e position, a recueilli 58,68% des suffrages.
Président du directoire de la Caisse nationale des Caisses d'Epargne (CNCE), l'organe central de l'Ecureuil, M. Milhaud a effectué l'ensemble de sa carrière au sein du groupe mutualiste. La banque a modifié ses statuts en 2007 pour permettre à M. Milhaud, atteint par la limite d'âge, de rester à sa tête au moins jusqu'à la fin de son mandat, en décembre 2009.
Ami du socialiste Gaston Defferre, qui fut maire de Marseille et ministre de l'Intérieur, M. Milhaud s'est rapproché de Nicolas Sarkozy. Il pourrait briguer un mandat de sénateur.
Selon le rapport annuel de la banque, la Caisse d'Epargne Provence-Alpes-Corse a financé l'opération Coeur Méditerranée, un vaste complexe immobilier sur le site d'Euroméditerranée décrit comme "la plus importante opération d'immobilier d'entreprise à Marseille".
Sources : AFP, Mediapart, Reuters

3 Commentaires
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A lire pour ne pas mourir idiot
http://www.mediapart.fr/journal/economie/191008/caisses-d-epargne-une-crise-que-mediapart-avait-annoncee
19 octobre 2008 à 13:112
je salue mes confrères, travailleurs du dimanche comme moi :-)
19 octobre 2008 à 13:123
Les trois principaux dirigeants de la Caisse d'Epargne ont démissionné
Trois jours après l'annonce par les Caisses d'épargne d'une perte de 600 millions d'euros sur les marchés, les trois principaux dirigeants de la Caisse d'Epargne, le président Charles Milhaud, le directeur général Nicolas Mérindol et Julien Carmona, en charge des finances et des risques, ont démissionné dimanche 19 octobre au cours d'une réunion du conseil de surveillance qui aura duré toute l'après-midi.
19 octobre 2008 à 21:29Selon une source proche du dossier, M. Milhaud serait remplacé par Bernard Comolet, le président de la Caisse d'Epargne d'Ile-de-France, au poste de président du directoire. Il aurait exprimé le souhait de rester dans le groupe quelques mois, le temps de "mener à bien" les négociations en vue du rapprochement avec la Banque Populaire. M. Mérindol serait remplacé, lui, par Alain Lemaire, président de la Caisse d'Epargne Provence-Alpes-Corse. Il pourrait rester dans le groupe. Enfin, M. Carmona quitte le directoire et deviendrait directeur exécutif en charge des finances, toujours d'après la même source.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/10/19/caisses-d-epargne-le-president-du-directoire-dit-se-sentir-responsable_1108625_3234.html#ens_id=1104637
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