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Espagne : Zapatero annonce un régime d'austérité
Si le mot "rigueur" semble totalement tabou – voire même interdit de prononciation de ce côté-ci des Pyrénées, les dirigeants espagnols tentent d'affronter “l'adversité” avec plus de franchise et de réalisme.
Le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero a déclaré lundi que l'Etat allait suivre un régime "d'austérité" afin de maintenir l'équilibre budgétaire sans compromettre les dépenses sociales. 250 millions d'euros d'économies entre 2008 et 2009 sont ainsi attendues.
Il avait déjà annoncé le 18 juin que le budget espagnol pour 2009 serait élaboré sur un principe "d'austérité" en raison du brutal ralentissement économique que connaît le pays, mais sans préciser les mesures.
Le "plan d'austérité" est "centré sur la restriction des dépenses courantes de l'administration", a déclaré M. Zapatero lors d'un discours devant le Conseil économique et social.
Un communiqué du bureau du chef du gouvernement a indiqué lundi soir que le gouvernement entendait "réduire" les créations d'emploi dans le secteur public "de 70% en 2009 par rapport à 2008, tout en préservant certains secteurs essentiels comme la sécurité, la justice, l'inspection du travail". M. Zapatero avait chiffré cette réduction de l'offre publique d'emploi à "au moins 30%", dans le cadre de son discours.
Le conseil des ministres va par ailleurs geler vendredi prochain 20 millions d'euros de dépenses prévues dans le budget en cours, a ajouté le chef du gouvernement. Parmi les mesure : le gel de l'évolution des salaires de "tous les hauts fonctionnaires". Une telle mesure serait-elle possible en France, laissez-moi en douter ...
Le gouvernement espère que cette austérité servira d'exemple aux autres administrations publiques, régionales et locales, a encore indiqué M. Zapatero.
La situation semble avoir donné aux quotidiens espagnols "El Mundo"(droite) et "El Pais" (gauche) un point d'accord : le socialiste Luis Rodriguez Zapatero a enfin admis l'ampleur de la crise économique. Ce qui est tout de même peu réjouissant ...
Mais pour "El Mundo", les mesures tant espérées que le président du gouvernement a finalement annoncées lundi sont purement "cosmétiques". "El Pais" salue en revanche le "réalisme" de Zapatero et "ses mesures appropriées" à la situation, même si, peut-être, elles ne seront pas suffisantes pour empêcher une stagflation.
- Ralentissement de la croissance
José Luis Rodriguez Zapatero a également annoncé lundi que la croissance 2008 serait inférieure à 2% alors que la prévision officielle était jusqu'à présent de 2,3%.
"Actuellement, la conjoncture internationale et les plus récentes données internes nous permettent de penser que l'ajustement de l'économie espagnole va se poursuivre au cours des prochains mois, avec une croissance finale à la fin de l'année en dessous de 2%", a ainsi déclaré le chef du gouvernement espagnol.
"Nous prévoyons une croissance faible à court terme, mais pas un arrêt durable" a déclaré M. Zapatero, alors que l'économie espagnole connaît un sévère coup d'arrêt depuis le début de l'année, notamment à cause de la crise immobilière dans le pays, de la crise financière internationale, et de l'envolée des prix du pétrole et de certaines matières premières.
Le ministre de l'Economie Pedro Solbes a confirmé mardi ce pronostic, ajoutant que la croissance pour 2009 pourrait être encore inférieure à celle de 2008.
Le gouvernement espagnol a rabaissé le 25 avril sa prévision de croissance pour l'année 2008 de 3,1 à 2,3%, mais le ministre de l'Economie Pedro Solbes avait déja déclaré début juin que la croissance pourrait n'être qu'aux "alentours de 2%". La croissance espagnole en 2007 avait atteint 3,8 %.
L’ampleur de l’éclatement de la bulle immobilière a surpris par son ampleur Pedro Solbes, passé de «modérément pessimiste» à «très inquiet». «Il y avait un ajustement nécessaire. Mais le choc a été beaucoup plus brusque que ce que j’avais imaginé», a-t-il admis.
Alors que 98 % des prêts consentis dans le pays sont fixés à taux variable, la cherté de la vie et la hausse des taux d’intérêt rendent la situation des ménages espagnols de plus en plus exangue. Si l'on parlait jusqu’alors de crise, les autorités n'hésitent plus à utiliser le terme de «récession». En légère baisse depuis quelques mois, le nombre de transactions immobilières s’est effondré totalement en mars : - 40% en glissement annuel. Si l’on se réfère à la vente de logements anciens, la chute s’étend à 46 %. La baisse du BTP est dix fois supérieure en Espagne que dans le reste de l’UE. Une telle déconfiture n'avait pas été observée depuis une quinzaine d'années.
- Les comptes en équilibre précaire pour 2009
Servie par une croissance vigoureuse, l'Espagne avait dégagé depuis plusieurs années des comptes publics excédentaires, performance rare en Europe. Mais le brusque ralentissement économique qui la frappe depuis le début de l'année fait fondre les recettes, et le gouvernement, qui avant la crise des subprimes espérait continuer de dégager des excédents, a revu ses ambitions à la baisse et vise désormais des comptes publics à l'équilibre pour 2009.
Un équilibre d'autant plus délicat à obtenir que le gouvernement va injecter 18 milliards d'euros pour tenter de relancer l'économie en 2008 et 2009, sous forme notamment de restitutions d'impôt.
- Un taux de chômage important
Le gouvernement espagnol prévoit une hausse du taux de chômage à près de 11% en 2009 a indiqué mardi le ministre du Travail et Immigration, Celestino Corbacho.
Le gouvernement avait annoncé fin avril qu'il tablait sur un taux de 10% pour la fin 2009, ce qui représentait déjà une remontée face au niveau plancher atteint à l'été 2007 avec un taux à 7,95%.
Cette nouvelle prévision pour le chômage espagnol se base sur la révision à la baisse des prévisions de croissance du PIB espagnol que le gouvernement socialiste vient d'annoncer, a précisé M. Corbacho.
Selon les chiffres de l'institut national de la statistique (INE), le taux de chômage au premier trimestre 2008 a été de 9,63% contre 8,6% trois mois plus tôt, à cause du brutal arrêt du boum dans le secteur de la construction et du ralentissement généralisé de l'économie espagnole.
M. Corbacho a rappelé que son ministère préparait un programme d'incitation au retour volontaire pour les travailleurs immigrés se trouvant au chômage, une mesure qui aura un caractère "permanent".
Ce plan qui s'adressera aux 100.000 travailleurs étrangers actuellement sans emploi, sera approuvé en conseil des ministres en septembre, a encore indiqué le ministre.
Ce plan d'incitation au retour prévoit le versement en deux temps de l'assurance chômage aux immigrés intéressés: un premier versement en Espagne de 40% de la prestation chômage et un second de 60% une fois qu'ils auront regagné leur pays. No comment ... Même Sarkozy ou Brice Hortefeux n'ont pas osé le suggérer ...
Le nombre d'immigrés vivant en Espagne a explosé ces dix dernières années, passant de 500.000 en 1996 à 5,2 millions de personnes sur 46 millions d'habitants, alors que le pays connaissait une forte croissance
Mais l'Espagne connaît depuis six mois un brusque ralentissement économique et les métiers du bâtiment et des services, premiers employeurs de la main-d'oeuvre immigrée, devraient être les plus touchés par la crise.
- La flambée du pétrole accroît le déficit commercial
Le déficit commercial de l'Espagne a augmenté de 16,3% sur les quatre premiers premiers mois de l'année par rapport à l'année précédente, a annoncé mercredi le ministère de l'Industrie et du Commerce. Ce mauvais score est en partie dû à l'envolée des prix du pétrole.
Sur l'ensemble de la période, le déficit s'est élevé à 34,876 milliards d'euros, avec des importations en hausse de 12% à 100,27 milliards d'euros, et des exportations en hausse de 9,9% à 65,39 milliards d'euros.
L'envolée des prix de l'énergie est responsable du creusement de la balance, et les importations de pétrole et de ses dérivés ont représenté 7,2 points sur les 12 points de pourcentage d'augmentation.
Le creusement du déficit sur quatre mois est toutefois moins accentué que celui sur les trois premiers mois de l'année, période sur laquelle le déficit avait augmenté de 20%.
La balance commerciale énergétique reste très largement déficitaire, à 16,536 milliards d'euros, une aggravation de 64,7%, qui est toutefois moins lourde que sur les trois premiers mois (68,3%). Le montant total des importations énergétiques a été de 20,11 milliards d'euros au cours de la période, en hausse de 63,5%.
La balance alimentaire est restée positive, mais l'envolée du prix de certaines denrées fait fondre l'excédent, qui a été 819,4 millions d'euros, en baisse de 39% par rapport à l'année précédente.
Les importations de produits chimiques ont aussi sensiblement augmenté, de 12,1% à 11,953 milliards d'euros. Par zones géographiques, les exportations vers la zone euro, qui représentent 56,9% du total ont augmenté de 7,6%. Les importations en provenance de pays producteurs d'hydrocarbures ont logiquement augmenté (Nigeria +67,4%, Algérie +33,4%, pays OPEP +35,6%).
Sources : AFP, Les Echos, Libération
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