Attali : une crise proche de 1929 mais sauvée par la croissance

Attalise_marre De l'humour voire de l'ironie chez Attali ?

Comparant tout de même la crise financière actuelle à celle de 1929, ce qui est loin d'être des plus réjouissants, l'homme qui a su conseiller tant François Mitterrand que Nicolas Sarkozy (certes, parfois aux dépends de ce dernier) affirme néanmoins que le malaise actuel devrait être de courte durée en raison d'une forte dynamique de croissance de par le monde.

Ouf, un peu plus, nous étions soulagés !

Dans un article publié dans l'édition de lundi de La Tribune, Jacques Attali trouve en effet des éléments de ressemblance entre la crise de 1929, et ce qu'on appellera peut-être bientôt la crise de 2008.

« La spéculation et l'écart entre l'offre et la demande, explicable par une pauvreté "considérable" au niveau mondial, se retrouvent dans les deux cas », affirme ainsi le président de la commission pour la libération de la croissance française.

"La grande différence avec la crise de 1929, c'est le potentiel de croissance de l'économie mondiale et son ouverture", explique Attali. Alors que même Christine Lagarde (c'est vous dire !) avoue désormais que la croissance française ne devrait pas être au rendez-vous qui lui a été fixé, de tels propos ne devraient pas nous rassurer tant que cela.

"Cette crise devrait être, selon moi, très courte parce que la vague de croissance mondiale est énorme. Je ne suis pas pessimiste. Le pire qui puisse arriver est une récession de deux ans". Ah bon, Monsieur Attali, si ce n'est que cela, ne nous affolons donc pas !

Pourtant, si je ne m'abuse, n'est-ce pas vous qui le 16 décembre dernier, affirmait dans un entretien au Journal du dimanche, que la crise des subprimes "avait détruit en quelques mois des richesses égales à 10% du PIB mondial, soit 4000 milliards de dollars", constatant par ailleurs que "" plus aucune banque ne prête à aucune banque ». Et d'ajouter : « si les banquiers continuent à paniquer, nous risquons une crise de 1929

Car pour Jacques Attali, le coeur du problème est bien là : "en quelques mois, nous sommes passés d'une économie de l'euphorie à une économie de panique et c'est cela qui risque de provoquer une récession, alors même que les fondamentaux économiques mondiaux sont excellents" affirmait-il en décembre dernier, dans le JDD.

Désormais, Attali évoque toutefois une "bulle chinoise qui n'a pas encore éclaté" et qui, par contrecoup, fera encore baisser un dollar "qui ne tient que grâce aux avoirs chinois". Bref, tout va pour le mieux ou presque ... Nous étions au bord du gouffre, voire même de la faillite s'agissant de la France, la Chine devrait donc bientôt nous permettre de faire un grand pas en avant.

"Depuis longtemps, je m'attends à ce que la Chine rapatrie massivement les avoirs qu'elle possède à l'étranger, notamment aux Etats-Unis", a par ailleurs ajouté Jacques Attali. "A la fois parce qu'elle aura à financer des infrastructures très lourdes et parce que, en cas de ralentissement de son économie, il lui faudra entretenir sa croissance".

Source : Reuters, Challenges, JDD, La Tribune

A lire également :

. Croissance: Attali présentera lundi des propositions à Sarkozy

. Asie : inflation et croissance ralentie pointées du doigt

 

10 Commentaires

  1. 1

    Dad.ounet

    Peut-on m'expliquer par quel raisonnement les Chinois ont acheté des bons du trésor US au lieu de faire construire chez eux ?
    Pour garder le pouvoir ?
    Y aurait-il un accord gouvernemental entre les USA et la Chine ?

  2. 2

    Elisabeth

    Non dadounet, je reprends l'article des Echos

    ------------
    "En outre, si l'intégration chinoise dans l'économie mondiale se traduit par une intensification de ses flux
    commerciaux, en terme de flux financiers, Chine et Etats-Unis apparaissent particulièrement dépendants.

    **La Chine disposait jusqu'à mi-2005 d'un régime de taux de change fixe vis-à-vis du dollar américain*****
    , la valeur du yuan fluctuant alors dans une bande très étroite (plus ou moins 0,3 %) autour d'un taux d'ancrage de 8,28 yuans pour 1 dollar.

    ***La dépréciation du dollar observée
    face aux monnaies de ses partenaires (- 14 % en deux ans pour le taux de change effectif réel) a dès lors ***contraint la banque centrale chinoise à acheter massivement des dollars ***
    pour stabiliser la parité du yuan vis-à-vis de la monnaie américaine.

    En 2004, les réserves de change de la Chine s'élèvaient ainsi à près de 450 milliards de dollars, soit les deuxièmes plus importantes au monde après le Japon, provoquant une croissance accélérée de la masse monétaire chinoise.


    Cette puissance financière se double du fait que la Chine détient une part non négligeable des bons du Trésor américain
    (150 milliards de dollars environ sur un total de 1.500 milliards, soit 10%),
    finançant ainsi largement le déficit public américain ;

    un déficit qui associé à celui de la balance commerciale, a été à l'origine de la vague de dépréciation du dollar.

    Cette situation n'est pas sans risques pour les Etats-Unis, compte tenu de la fragilité du système bancaire chinois
    (22 % de créances douteuses pour les quatre grandes banques publiques selon les données officielles,
    de 40 % à 50 % pour l'ensemble du secteur bancaire selon des estimations officieuses).

    Les Echos
    EMMANUEL HACHE ET SANDRINE ROL
    Economistes au Centre d'observation économique de la Chambre de commerce
    et d'industrie de Paris. 25/05/2004

  3. 3

    Elisabeth

    A lire également

    Ventes de bons du Trésor - Bush et Paulson mettent la Chine en garde contre le chantage

    jeudi 09 août 2007

    Washington — Les États-Unis ont mis en garde la Chine hier contre toute velléité d’utiliser leurs très importantes réserves en dollars en guise de monnaie d’échange ou pour faire chuter le billet vert.

    «Il serait téméraire de leur part d’agir ainsi», a affirmé le président George W. Bush dans une interview sur la chaîne de télévision Fox News

    Il répondait ainsi aux propos de deux responsables chinois qui ont évoqué la possibilité pour la Chine d’utiliser leurs réserves en dollars en bons du Trésor comme «pion de marchandage» ou pour peser sur le taux de change du dollar.

    À la question de savoir si cela affecterait la Chine plus que les États-Unis, M. Bush a répondu : «absolument — c’est ce que je pense».

    Pour sa part, Henry Paulson, le secrétaire américain au Trésor, a estimé qu’il s’agissait d’une idée «absurde». «Je reviens de Chine, j’ai rencontré tous les responsables [...], nous avons parlé d’investissements et les Chinois voudraient accroître leurs investissements aux États-Unis», a-t-il affirmé sur la chaîne CNBC.

    MM. Bush et Paulson réagissaient à des propos rapportés par le quotidien britannique Daily Telegraph.

    Xia Bin, le responsable financier du Centre de recherche sur le développement, a affirmé que les réserves étrangères de la Chine, essentiellement libellées en dollars, devraient être utilisées comme un «pion de marchandage» dans les discussions avec ses partenaires.

    De son côté, He Fan, un responsable de l’Académie chinoise des sciences sociales, a affirmé que Pékin avait la capacité de provoquer une chute du dollar s’il le voulait, rapporte le quotidien britannique.

    La Chine est le deuxième détenteur de bons du Trésor — les titres émis par les États-Unis pour financer leur immense dette fédérale — derrière le Japon. En mai, la Chine détenait 407,4 milliards de dollars de titres.

    Notant que la Russie et la Suisse notamment ont réduit leur portefeuille en dollars, il a affirmé que «la Chine ne va sans doute pas faire de même tant que le taux de changes contre le dollar est stable». Mais «la banque centrale chinoise sera forcée de vendre des dollars si le yuan s’apprécie considérablement, ce qui pourrait conduire à une dépréciation massive du dollar», a-t-il ajouté. Une telle chute du billet vert pourrait avoir des conséquences néfastes sur la confiance des investisseurs.

    Les États-Unis ont engagé un «dialogue économique stratégique» avec la Chine pour tenter d’amener celle-ci à réévaluer sa monnaie. Certains économistes estiment que le yuan est sous-évalué de 40 % face au dollar. Mais Pékin n’a pas accédé à ces demandes.

    Aux États-Unis, l’opposition démocrate doute de la détermination de l’administration Bush, et souligne que jamais le Trésor n’a formellement accusé la Chine de manipuler sa monnaie. C’est pourquoi elle a promis de faire passer au Congrès une loi forçant le Trésor à durcir le ton sur la Chine.

    http://www.ledevoir.com/2007/08/09/152826.html

  4. 4

    JP

    les chiffres des reserves de change chinoises sont complètement obsolètes, non?
    -fin 2006, 1000 milliards
    -pendant 2007, +500 milliards ( = le trou des subprimes)

    http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9serves_de_change

  5. 5

    Elisabeth

    JP, j'ai fait exprès de la mettre la date de l'article : 2004 !!

  6. 6

    The smart creature

    Comme le souligne Jacques Attali, la vague de croissance déferlant aujourd’hui sur le monde est énorme. Selon Jean-François Minster, directeur scientifique de Total, la croissance économique mondiale actuelle est d’environ 5% par an (tiré vers le haut par les pays émergents) et s’alimente d’une croissance de la production énergétique de 1,5 à 2% par an. (Propos rapportés par le magazine « La Recherche », cahier spécial n°417, Mars 2008, page 6) Rien de comparable avec 1929 : à cette époque-là la production énergétique industrielle mondiale annuelle était de l’ordre de 1 Gtep (elle a aujourd’hui dépassé 10 Gtep) et a stagné pendant six ou sept ans avant de repartir vigoureusement à la hausse au cours des trois ou quatre années qui précédèrent la Seconde Guerre Mondiale. Le changement d’échelle est tel que toute comparaison entre 1929 et 2008 n’a aucun sens, surtout lorsqu’elle est effectuée par des commentateurs qui n’ont aucune conscience non seulement de l’existence de ce changement d’échelle, mais aussi du fait que la croissance économique se nourrit de la croissance de la production d’énergie.

    Rien ne permet cependant de dire quelle sera la durée du front ascendant de cette énorme vague, étant donné que les avis des experts en énergie divergent en ce qui concerne la date et la forme de son sommet. Ainsi, selon l’ASPO (Association for the Study of Peak Oil&Gaz) celui-ci (qualifié de « pic ») se présentera sous la forme d’un mont arrondi et nous atteindra au cours de la prochaine décennie. Mais selon le CERA (Cambridge Energy Research Associates), ce sommet (qualifié de « plateau ondulant ») se présentera comme une succession de petits pics étalés entre 2030 et 2050, nettement plus élevés que le mont arrondi de l’ASPO. Ces descriptions sont fondées sur le graphe que publie le CERA sur la page WEB

    http://www.cera.com/aspx/cda/public1/news/pressReleases/pressReleaseDetails.aspx?CID=8444

    Quel que soit le scénario que retiendra l’histoire des hommes, le sommet de la vague sera suivi de l’arrière descendant qui caractérise toute vague et c’est précisément ce que redoutent les financiers pour une raison évidente : Les mécanismes d’échanges entre les composantes du système économique mondial actuel reposent sur l’existence d’une bulle financière maintenue sous pression tant que des marchés en expansion permettent à des investisseurs de réaliser des bénéfices réinjectés dans la bulle. Qu’adviendra-t-il d’un tel système lorsque nous serons atteints par l’arrière descendant de la vague ?

    André Sautou

  7. 7

    André Sautou

    Le commentaire précédent (posté le 17 avril 2008) a été reproduit sur le blog multilingue « Peak Energy News » sous le titre « L’énorme vague de croissance de Jacques Attali », puis traduit en anglais et en espagnol (traductions postées sur le même blog).

  8. 8

    Peak Energy News

    "Cette crise devrait être, selon moi, très courte parce que la vague de croissance mondiale est énorme. Je ne suis pas pessimiste. Le pire qui puisse arriver est une récession de deux ans".
    Ainsi s'exprimait Jacques Attali il n'y a pas si longtemps, dites-vous ...
    Jacques Attali sera-t-il conduit, dans peu de temps, à effectuer la mise à jour suivante : "Cette crise sera peut-être très longue parce que la vague de croissance mondiale est énorme et que nous sommes à présent atteint par l'arrière descendant de la vague ..." ?
    A suivre ...

  9. 9

    Peak Energy News

    Invité par Laurent Delahousse sur le journal télévisé de la chaîne nationale (vendredi 5 décembre 2008, 20 h), Jacques Attali apparut beaucoup plus grave que sur la photo présentée ci-dessus (sous le titre de l’article), ne concédant cette fois-ci aucun sourire.
    Ayant abandonné son optimisme fondé sur sa vision de l’énorme vague de croissance qui, il y a seulement six mois, soulevait encore notre monde, il perçoit aujourd’hui que la crise économique actuelle sera longue et n’est plus en mesure d’en prédire sa durée.
    Rien, dans son discours, ne permet cependant d’entrevoir s’il a conscience, d’une part, du fait que cette énorme vague née avec la Révolution Industrielle et fortement intensifiée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale s’est nourrie d’une énergie produite à faible coût et vendue à bas prix tout en ayant les moyens de satisfaire une demande croissante ; et, d’autre part, du fait que plus rien ne sera comme avant à partir du moment où la capacité de production et de distribution d’énergie « bon marché » aura atteint son point culminant et débuté son déclin.
    Le discours de Jacques Attali étant très représentatif de celui que l’on entend le plus fréquemment, jusqu’à présent, du côté des élites dirigeantes du monde, il sera vraisemblablement intéressant, dans l’avenir, d’observer l’évolution d’un tel type de discours au fur et à mesure que les prises de consciences énoncées ci-dessus commenceront à s’imposer et à se généraliser …

    (A suivre … dans le cadre de mon « zapping sur l’énorme vague de croissance de Jacques Attali », dernier lien en bas à gauche, blog multilingue « Peak Energy News »)

    André Sautou

  10. 10

    Jacques Attali sur Radio Europe 1

    Ayant récemment pris connaissance du dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Energie, Jacques Attali n’est plus aussi optimiste qu’il l’était en avril dernier. Il craint que l’énorme vague de croissance qui déferlait encore sur le monde il y a seulement huit mois soit suivie d’une longue récession …

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