«BP : importantes découvertes de pétrole et gaz en Egypte | Accueil | Mi-séance CAC : coup de théatre avec le rachat de Yahoo par Microsoft »
Latecoère : délocalisation envisagée malgré un C.A plus que satisfaisant
Les salariés de Latecoère voire même ceux d'Airbus devraient plus que moyennement apprécier.
Alors que la région toulousaine est en ébullition, compte-tenu des récentes révélations de La Dépêche du Midi, faisant état d'un plan de délocalisation en Tunisie de certaines des activités de Latécoère, l'équipementier français vient d'annoncer jeudi dans un communiqué avoir enregistré l'an dernier un chiffre d'affaires de 489,4 millions d'euros, en hausse de 13,1% par rapport à celui de 2006, "supérieur à l'objectif de croissance de 10%".
Elus de tout bord – mairie de Toulouse (UMP) et Conseil général (PS) – ne devraient pas tarder à réagir sur le sujet. Car le problème d'une éventuelle délocalisation “déborde” bien au delà de l'entreprise elle-même, l'avenir des sites Airbus de Meaulte et Saint-Nazaire étant fortement lié à celui de Latecoère, ce dernier se positionnant comme repreneur.
- Chiffre d'affaires en forte hausse pour Latecoère
Latecoère confirme pour sa part ses perspectives de résultats, qu'il précise être en ligne avec ceux enregistrés sur la première moitié de 2007.
Le groupe a indiqué en septembre dernier qu'il tablait sur un résultat net en "légère baisse" sur l'année 2007 par rapport aux 19,2 millions d'euros dégagés en 2006, après une baisse de 20% au premier semestre à 8 millions d'euros. Il avait alors précisé qu'il misait sur une "marge opérationnelle voisine de celle de 2006", qui atteignait 8% du chiffre d'affaires.
Le chiffre d'affaires reste majoritairement réalisé dans les aérostructures (tronçons de fuselage et portes) avec 324,9 millions d'euros (+11,3%), devant les câblages et systèmes embarqués (137,8 millions, +14,5%) et l'ingénierie et les services (26,7 millions, +30,9%). Le groupe fournit Airbus, Embraer, Dassault, Boeing et Bombardier.
L'équipementier précise jeudi que "l'excellent niveau des ventes des avionneurs tout au long de 2007 se traduit pour Latécoère par un portefeuille de commandes fermes à fin décembre de 1,82 milliard, équivalent à environ 4 ans de chiffre d'affaires, en hausse de 20%" par rapport à la fin 2006.
Le groupe, qui emploie 3.800 salariés dans 8 pays différents, mise sur une nouvelle progression de 10% du chiffre d'affaires à périmètre constant en 2008.
Latéocère a été sélectionné le 19 décembre par Airbus comme "partenaire préférentiel pour la reprise des sites de Méaulte et Saint-Nazaire ville" rappelle le groupe, en ajoutant que "cette opération devrait se concrétiser dans le courant de l'année 2008".
Les cessions de Méaulte et Saint-Nazaire-ville s'inscrivent dans le plan de restructuration Power8 de l'avionneur européen, annoncé en février 2007, et qui prévoit également quelque 10.000 suppressions d'emplois en quatre ans dont la moitié chez les sous-traitants, afin de réaliser 5 milliards d'euros d'économies d'ici à 2010.
Latécoère deviendrait ainsi "leader mondial sur les portes et leader européen sur les pointes avant, numéro deux mondial sur les câblages embarqués et leader mondial sur les meubles électriques". Il mise dans ces conditions sur un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros en 2010.
Mais c'est justement compte-tenu de cet aspect là du “dossier”, que les syndicats d'Airbus ont fortement réagi à l'annoncé d'une probable délocalisation de certaines activités de Latecoère en Tunisie.
- Un projet de délocalisation qui ne dit pas son nom
La nouvelle ne cesse d'inquiéter salariés et élus de la région Toulousaine. Selon La Dépêche du Midi, “Latécoère, un des principaux employeurs en Midi-Pyrénées et principal fournisseur d'Airbus, prépare la construction d'une nouvelle usine implantée en Tunisie.”
Le projet encore tenu confidentiel par les dirigeants de la société toulousaine serait de grande ampleur puisqu'« il pourrait concerner à terme près de 1 000 emplois » a même confié un proche du dossier au journal toulousain. L'usine aurait en charge la production d'éléments d'aérostructures c'est-à-dire de tronçons de fuselage pour le compte d'Airbus.
La direction de Latécoère aurait récemment eu le feu vert de son conseil d'administration pour engager des investissements conséquents dans les pays à bas coûts. Preuve que les choses sont en “bonne” voie : François Junca, le président du conseil de surveillance de Latécoère s'est rendu à Tunis la semaine dernière.
Le groupe est présent en Tunisie depuis 1995. Il y possède déjà deux unités de production : l'une à la Charguia, près de Tunis, l'autre, depuis 2006, à Zaghouan. “Si ces deux sites sont spécialisés dans le câblage, la future usine fabriquera des pointes avantd'Airbus”, précise la Dépêche. “Elle devrait bénéficier de transfert de charges de l'usine de Méaulte en Picardie que Latécoère vient de racheter à Airbus dans le cadre du plan Power 8”, précise encore le journal.
L'objectif de l'opération serait – officiellement – de rendre disponibles les ressources nécessaires à la production de l'A350, laquelle devrait s'effectuer à Méaulte, alors que ce site est spécialisé dans la réalisation des pointes avant des appareils.
Selon La Dépêche, le projet ne devrait pas être présenté comme une délocalisation puisqu'il n'y a pas de pertes d'emplois pour le site toulousain de Latécoère ni pour les sites de Méaulte et de Saint-Nazaire... Mais il s'agit bien d'un transfert d'activités de la France vers la Tunisie avec créations d'emplois à la clé ... de l'autre côté de la Méditerranée.
« C'est notre présence à l'étranger qui nous permet de conforter les emplois en France » a maintes fois répété François Junca. “La baisse du dollar ne fera qu'accélérer ce type d'installation dans les pays à bas coûts” précise-t-il enfin.
- Les syndicats d'Airbus s'alarment
Dans un communiqué, la CFTC-Airbus rappelle que le partenariat envisagé par Airbus pour l'usine de Méaulte "visait à garantir l'avenir long terme du site et de sa région, notamment en le spécialisant sur les pointes avant composite, et en lui attribuant des charges sur les futurs avions".
"Dans cette optique, et sous réserve de préserver et d'accroître l'emploi et la compétence en Picardie, notre organisation a accepté le principe d'une alliance avec une entreprise française solide impliquant étroitement les pôles de compétitivité, les collectivités et l'Etat" ajoute le syndicat, lequel s'estime avoir été quelque peu trompé dans l'affaire.
Après contact pris avec les directions du groupe, les interlocuteurs ont affirmé maintenir les objectifs et garanties fortement revendiqués par le syndicat pour Méaulte et Saint Nazaire Ville. Pour la CFTC, "ils constituent un contrat moral vis à vis des salariés français, sans lequel nous ne pouvions envisager la stratégie « entreprise étendue ».
D'après les informations fournies, comme escompté, l'usine de Méaulte devrait se spécialiser dans la réalisation de la pointe avant en technologie composite, technologie qui se substituera peu à peu aux activités métalliques réservées aux précédents avions. « Il est toujours exclus - ce point est fondamental - que les emplois, les financements, et la technologie de Méaulte soient menacés par les activités de Latécoère en Tunisie », insiste le syndicat.
De source interne à Airbus, le pays dirigé par Ben Ali pourra supporter des charges accrues de technologie métallique si elles ne sont progressivement plus réalisées à Méaulte.
Le « shareholder agreement », (accord de joint-venture), prévu au début du printemps, « devra démontrer dans tous ses termes (charges, technologies, accords société) que l'avenir des salariés de Méaulte et sa région. est garanti, en quantité, et en qualité » martèle par ailleurs le syndicat .
Pour la CFTC la direction doit, « en tant que futur détenteur de 40% de la filiale, garantir l'avenir de Méaulte comme elle s'efforce de garantir celui d'AIRBUS ».
- Délocalisation due à un manque de rationalisation selon la CFE-CGC
Les délocalisations dans l'industrie aéronautique française sont principalement dues à notre "incapacité à rationaliser l'étude et la fabrication des aérostructures", a estimé, mardi à Toulouse, le président du syndicat CFE-CGC Bernard Van Craeynest.
"Si, lorsque le problème s'est posé il y a dix ans, on avait été en capacité de définir une ligne stratégique pour une production rationalisée des éléments d'aérostructure en France, on aurait sans doute davantage d'atouts à faire valoir aujourd'hui pour lutter dans la compétition internationale et pour maintenir l'emploi dans notre pays", a-t-il ajouté.
- La Mairie de Toulouse contre tout transfert d'emploi en Tunisie
Si Jean-Luc Moudenc, maire apparenté UMP de Toulouse dit "comprendre que Latécoère se restructure pour s'adapter à l'évolution profonde que cet industriel connaît depuis qu'Airbus l'a choisi pour la reprise de deux sites de production en France", il estime néanmoins que "dans le cadre de ces évolutions, aucun emploi toulousain ne doit être transféré ailleurs".
"Je serai attentif à ce que l'aide que la collectivité apporte à la filière aéronautique, notamment à travers le pôle de compétitivité Aéronautique-Espace-Systèmes embarqués, s'accompagne d'une politique de l'emploi favorable à notre bassin d'emploi et plus généralement à notre pays", a poursuivi dans un communiqué lundi le maire de Toulouse.
- Le Président du CG31 appelle les collectivités à s'opposer à la délocalisation
Le président PS du conseil général de la Haute-Garonne, Pierre Izard, réagissant au projet de Latécoère, d'implantantation d'une nouvelle usine en Tunisie, a appelé lundi "les collectivités locales (...) à s'opposer à ces projets de délocalisation".
Le président de l'assemblée départementale, pour qui les projets de l'équipementier aéronautique "suscitent la colère", estime qu'"à partir du moment où l'on accepte que nos grandes entreprises déménagent dans le monde au gré des coûts de production et de vente", elles risquent de laisser toute industrie locale à l'abandon.
"Nous nous sommes inquiétés à maintes reprises, au risque de passer pour des Cassandre, sur le risque de dilution du projet industriel européen porté par Airbus, dans les vents d'une mondialisation financière devenue frénétique", a écrit M. Izard dans un communiqué.
"J'espère voir toutes les collectivités locales, pas seulement celles dirigées par les forces de l'opposition au gouvernement, refuser ces projets de délocalisation", a-t-il poursuivi.
Pour le responsable du Département, la mondialisation financière "met les différents pays et continents en concurrence selon la règle du moins-disant social".
"Aujourd'hui, où est l'Etat ? Où est ce Président qui vint expliquer aux salariés d'Airbus, pendant sa campagne, que son quinquennat serait celui du +retour de la politique+", s'est interrogé M. Izard en attente d'une réunion urgente de "tous les grands responsables politiques et économiques de notre territoire afin d'aborder le plus nettement possible ces perspectives".
Sources : AFP, Dépêche du Midi, Syndicats Airbus
A lire également :
. Latécoère : augmentation de capital en cas de rachat de Méaulte à Airbus
. Airbus : syndicats et régions se mobilisent pour Méaulte
. Délocalisation : le malheur des uns ... fait le bonheur de la Tunisie
TrackBack
URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/80157/25568416
Voici les sites qui parlent de Latecoère : délocalisation envisagée malgré un C.A plus que satisfaisant:
Commentaires
le Maroc ?
6 mars 08 00:37:36
Rabat, Maroc (PANA)
- Latécoère, un important groupe sous-traitant d'Airbus, décidera en fin mars des modalités d'une éventuelle implantation soit au Maroc, soit en Tunisie, deux pays qui jouent dans cette affaire pour 50 à 100 millions d'euros.
"Même si la presse française a annoncé récemment l'arrivée de Latécoère en Tunisie, la visite au Maroc de François Junca, président du Conseil de surveillance du Groupe, pour étudier les modalités d'une éventuelle implantation montre que rien n'est encore décidé", indique un courrier d'"Aeronautique", portail marocain de l'aéronautique, transmis mercredi à la PANA à Rabat.
La décision de Latécoère sera prise à la fin de mars par le Conseil d'administration de la firme, qui devrait prendre en compte différents critères : facilités logistiques, montant des aides et incitations financières d'Etat, conditions de transport, etc.
Rabat et Tunis jouent également dans cette affaire pour la création d'un parc aéronautique, la construction d'une usine et l'embauche de plus de 1.000 employés locaux, selon la même source.
Latécoère doit délocaliser une partie de son activité afin de réduire ses coûts, à la demande de l'avionneur européen qui a mis en place récemment un plan d'économie drastique baptisé "Power 8".
Connu en particulier pour ses hydravions, Latécoère a été créé en 1917.
Actuellement, ce groupe est un partenaire des grands avionneurs mondiaux pour les tronçons de fuselage et les portes d'avion et est le numéro 2 mondial du câblage embarqué avec sa filiale "Latelec".
Le Groupe se positionne sur tous les segments de l'aéronautique : avions commerciaux avec Airbus et Boeing, avions régionaux avec Embraer et Bombardier, avions d'affaires avec Dassault Aviation, avions militaires avec Dassault et Airbus.
En 2006, le groupe employait 3.412 personnes et son chiffre d'affaires était de 432 millions d'euros.
Tunisie ou maroc ?
6 mars 08 00:41:28
Latécoère oscille encore entre Tunisie et Maroc
Tunisie Affaires
15-02-2008
Comme on a publié récemment que le nouveau groupe "Latécoère" va créer sa nouvelle filiale low-cost en Afrique du nord soit en Tunisie soit au Maroc. De ce fait, cette offre porteuse d'emplois balance encore entre ces deux pays.
Plusieurs articles de la presse française prévoient que le groupe Latécoère va choisir la Tunisie pour installer ce projet. Cependant, ces mêmes sources ont communiqué que M. François Junca, président du conseil de surveillance de la société, visitera le Maroc au cours de cette semaine afin d'étudier les modalités d'une probable implantation.
En tout cas, la décision finale sera prise à la fin de mars 2008 avec la prise en compte de différents critères à savoir le climat des investissements pour chaque pays.
A rappeler que Latécoère est déjà présente en Tunisie et ce, depuis 1995. Elle détient deux unités de production à savoir ; une unité à la Charguia et l'autre à Zaghouan depuis 2006 spécialisées essentiellement, dans le câblage et les faisceaux électriques.


