Opep : pas de hausse de production selon son président

KhelilAlors que le cours du baril flambe, dépassant désormais le seuil fatidique de 100 dollars, l'actuel président de l'Opep, le ministre algérien Chakib Khelil, ne semble pas vouloir plaider en faveur d'une hausse de production lors de la réunion du cartel le 1er février.

Cette hausse de l'offre aurait pu pourtant en partie apaiser les cours du pétrole.

Un baril de brut à 100 dollars n'est "pas nécessairement très élevé" au vu de la forte demande pétrolière et des coûts de production d'or noir en hausse, a au contraire estimé le ministre du Pétrole algérien dimanche.

"Le marché pétrolier est actuellement suffisamment approvisionné, il n'y a pas lieu d'augmenter l'offre", a déclaré samedi Chakib Khelil, président de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) depuis le 1er janvier. Un mandat qu’il entend consacrer à la promotion du dialogue entre pays producteurs et consommateurs de brut en faveur de la stabilité du marché pétrolier.

M. Khelil, qui succède ainsi au ministre de l’Energie des Emirats Arabes Unis, Mohamed Ben Zaen Al Hameli, a déjà eu à s’engager, dans de récentes déclarations, à approfondir le dialogue avec les pays consommateurs de pétrole, en vue de préserver à la fois les revenus des pays membres de l’Opep et la sécurité des approvisionnements énergétiques des économies mondiales à l’heure où les tensions sur les marchés pétroliers s’amplifient.

Sans exclure totalement une hausse de production lors de la réunion extraordinaire du 1er février, M. Khelil a également souligné que la relation prix-production "n'est peut-être pas aussi forte que nous le pensons", dans un entretien avec l'AFP dimanche.

Pour rappel, le cours du baril de brut a doublé en un an pour atteindre le record historique de 100,09 dollars jeudi. Mais pour Mr Khelil, le niveau du cours doit être vu "en fonction du prix réel" c'est-à-dire en y retranchant l'inflation et l'effet de la chute du dollar par rapport à l'euro. De ce point de vue-là, le prix du pétrole n'a pas encore retrouvé ses niveaux records de 1980, évalué à "entre 102 et 110 dollars selon les estimations", a souligné le nouveau président de l'Opep.

La semaine dernière, les tensions au Pakistan, au Kenya et au Nigeria, premier exportateur pétrolier africain, ont propulsé les cours du baril à un nouveau sommet. A cela s'ajoutent, pour M. Khelil, l'hiver "très rigoureux", la spéculation, le manque de capacités de raffinage ou le fait que les pays producteurs hors Opep ne produisent pas autant qu'ils l'avaient prédit.

Les stocks américains, qui ont baissé la semaine dernière pour la septième semaine consécutive (-4,0 millions de barils à 289,6 millions), ont accentué la tendance.

Selon M. Khelil, vu la demande toujours très forte, tirée par la Chine, l'Inde et le Moyen Orient, ou encore la hausse des coûts de production pétrolière, un prix de 100 dollars n'est "pas nécessairement très élevé", précisant que "toute l'équation de la demande par rapport à l'offre a basculé".

D'après lui, le prix du pétrole devrait continuer à progresser et rester autour de 100 dollars jusqu'à fin mars, puis se stabiliser "plus bas" à partir du deuxième trimestre, période de baisse de la demande, qui devrait permettre aux stocks de se reconstituer.

Les pays consommateurs, représentés par l'Agence internationale de l'Energie, et certains experts comme Leo Drollas, du Centre for Global Energy Studies, estiment que l'Opep (40% de l'offre mondiale) ne pompe pas assez de pétrole et qu'elle est responsable de l'envolée des prix.

Pour justifier l'inaction de l'Opep, son président fait valoir les incertitudes qui entourent la crise financière actuelle et son éventuel impact sur la demande pétrolière. Il souligne enfin que le cartel a "déjà fait des gestes dans le passé", comme en septembre, quand il avait décidé d'augmenter sa production de 500.000 barils par jour, mais que "cela n'a servi à rien", puisque les prix ont augmenté.

Lors de sa dernière réunion le 5 décembre, l'Opep avait maintenu inchangés sa production à 27,25 millions de barils par jour.

Mais certains analystes concèdent que la plupart des pays membres produisent pratiquement au maximum de leur capacité, à l'exception de l'Arabie saoudite. Ce qui justifierait avant tout l' annonce faite par le président de l'Opep. Car il ne suffit pas d'annoncer ou de décider mais il faut pouvoir agir derrière, ce qui pourrait s'avérer fort difficile. Néanmoins, si l'Opep reconnaissait sa “faiblesse”, le marché pourrait fortement réagir devant des craintes de pénurie, le cours du baril ne pouvant alors que s'emballer.

C'est pourquoi, M. Khelil évalue – officiellement - la marge de production excédentaire du cartel à 2-3 mbj. Le président de l'Opep a également souligné qu'il reste "aujourd'hui très peu de régions à explorer" pour découvrir du pétrole et que les "sources nouvelles" d'hydrocarbures comme les sables bitumineux au Canada ou les gisements en eaux profondes représentent "des investissements énormes", d'autant plus que le coût des services pétroliers augmente.

M. Khelil a enfin souligné qu'il souhaitait voir l'Opep s'élargir à des pays comme la Guinée Equatoriale ou le Soudan, ce dernier pays produisant environ 400.000 barils/jour, malgré le conflit qui sévit au Darfour.

L'Opep doit rester en dehors du champ politique, contrairement à ce que souhaitent l'Iran ou le Venezuela: "chaque membre est libre de prendre la décision d'utiliser le pétrole (...) à des fins politiques mais l'Opep en tant qu'organisation n'a pas été créée à des fins politiques", a-t-il conclu.

En juin 2006, l'agence de presse officielle nigériane a avit d'ores et déjà rapporté que le Soudan deviendrait bientôt un membre de l'Organisation des pays exportateurs du pétrole (OPEP).

Le président de l'OPEP alors en exercice, Edmund Daukoru, également ministre d'Etat nigérian du pétrole avait déjà révélé auparavant que le Soudan s'intéressait à son entrée dans l'OPEP. Le Nigéria avait alors déclaré favoriser des discussions à cet effet avec les autorités soudanaises après avoir invité le Soudan à adhérer au cartel.

Commentant l'appel du président nigérian Olusengun Obasanjo pour que le Soudan rejoigne l'Organisation, le sous-secrétaire du ministère soudanais de l'Energie et des Mines avait précisé pour sa part que toute prise d'une décision impliquait des études approfondies sur les aspects positifs et négatifs d'une éventuelle entrée dans le cartel pétrolier. Il avait également précisé que des entreprises étrangères de plus en plus nombreuses souhaitaient investir dans le domaine de production de pétrole du Soudan, ajoutant que le pays serait à même d'accueillir les investisseurs internationaux sous réserve qu'ils respectent les lois et la souveraineté du pays.

Sources : AFP, www.algerie-dz.com

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