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Iran : reprise des livraisons de gaz à la Turquie incertaine
L'Iran ne reprendra pas ses livraisons de gaz vers la Turquie tant que son approvisionnement intérieur, monopolisé pour faire face à une vague de froid sans précédent, restera insuffisant, a déclaré samedi à un responsable de la Société nationale de gaz.
Pour rappel, Téhéran a annoncé le 1er janvier une forte réduction de ses exportations de gaz vers la Turquie -de 20 millions à moins de 5 millions m3/jour- suite à la hausse de la consommation intérieure due à une vague de froid et de l'arrêt des livraisons du gaz du Turkménistan.
Problème “passager” ou structurel pour l'Iran, confronté à l'accroissement de sa demande intérieure ?
- Priorité à la satisfaction de la demande interne
"Conformément à l'ordre donné par le président (Mahmoud) Ahmadinejad, le gaz fourni aux particuliers est la priorité absolue. Si ces problèmes ne sont pas réglés, il n'y aura pas de reprise des livraisons" vers la Turquie, a déclaré samedi Ebadollah Ghanbari, un porte-parole de la Société nationale de gaz.
La vague de froid qui touche l'Iran depuis la fin décembre a entraîné récemment la fermeture de nombreuses administrations et des écoles dans certaines provinces, dont celle de la capitale.
Une vingtaine de villes moyennes du nord de l'Iran sont actuellement touchées par des coupures de gaz, alors que la température a baissé jusqu'à -30 degrés C° dans certaines régions.
M. Ghanbari a fait état de "mesures prises", grâce auxquelles il espère que "les problèmes seront réglés d'ici lundi".
Le ministre iranien du Pétrole, Gholamhossein Nozari, a déclaré que l'Iran avait augmenté sa production de 10 millions de mètres cubes, à un record de 460 millions, pour satisfaire la demande intérieure.
- L'Iran prise de cours
Les autorités iraniennes ont paru prises de cours par cette décision. Au point que M. Ahmadinejad a effectué une visite surprise dans le nord de l'Iran vendredi pour apaiser la colère de la population locale.
Les autorités lancent régulièrement des appels à la population pour faire des économies d'énergie, mais il est d'autant moins entendu que le prix du gaz, lourdement subventionné par l'Etat, est très bas.
La Société nationale de gaz a averti que la facture des consommateurs excessifs pourrait être multipliée par 30 par rapport à celle des utilisateurs raisonnables.
- Vers une reprise prochaine des livraisons à la Turquie
L'Iran devrait reprendre ses livraisons de gaz à la Turquie, interrompues depuis lundi, d'ici le début de la semaine prochaine, a affirmé jeudi le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Pour rappel, la Turquie achète depuis décembre 2001 du gaz à l'Iran qui est acheminé par un pipeline depuis la ville de Tabriz (nord-ouest de l'Iran) jusqu'à Ankara.
"J'ai parlé à l'émissaire de M. (le président iranien Mahmoud) Ahmadinejad. Il m'a dit qu'ils résoudraient le problème d'ici lundi au plus tard", a déclaré a des journalistes M. Erdogan, dont les propos ont été retransmis par la chaîne de télévision CNN-Türk. "Je pense que le flux de gaz aura repris d'ici là", a-t-il ajouté.
L'Iran a annoncé le 1er janvier une forte réduction de ses exportations de gaz vers la Turquie, le seul pays de la région à acheter du gaz iranien.
Depuis le 7 janvier, ses exportations, d'environ 20 millions de m3 par jour, vers son voisin turc ont totalement cessé. Une décision initialement provoquée par l'arrêt par le Turkménistan de ses livraisons quotidiennes - entre 20 et 25 millions de m3 - à son voisin iranien. Une hausse de la consommation intérieure due à une vague de froid a par la suite complexifié la problématique.
La Turquie a en conséquence du interrompre ses exportations de gaz vers la Grèce voisine, ont rapporté les médias. En janvier 2007, après une vague de froid semblable, l'Iran avait déjà dû cesser ses livraisons à la Turquie pendant cinq jours.
- L'Iran importateur net de gaz mais important producteur
L'Iran, qui détient les deuxièmes réserves mondiales de gaz, est un importateur net de cet hydrocarbure. Avec 16% des réserves mondiales de gaz, l'Iran occupe la seconde place derrière la Russie.
En temps normal, Téhéran importe quotidiennement entre 20 et 23 millions de m3 de gaz turkmène, soit 5% de sa consommation.
Mais malgré les problèmes actuels d'approvisionnement, l'Iran espère avant tout augmenter ses exportations de gaz vers d'autres pays de la région mais aussi l'Europe.
L'Iran et l'Arménie ont inauguré en mars 2007 un gazoduc pour permettre la fourniture de gaz iranien. Téhéran veut exporter quotidiennement quelque 3 millions de m3 de gaz à l'Arménie.
Téhéran et Damas ont également signé en octobre un protocole d'accord pour exporter chaque année trois milliards de m3 de gaz vers la Syrie à partir de 2009, d'une valeur d'un milliard de dollars.
L'Iran a également signé avec Ankara un pré-accord pour exporter son gaz en Europe. Ce pré-accord a été sévèrement critiqué par les Etats-Unis, qui font pression pour dissuader les grandes sociétés étrangères d'investir en Iran, en raison de son programme nucléaire.
Si Téhéran a de grandes ambitions pour exporter son gaz, elle doit faire face à une hausse importante de sa consommation intérieure, le prix du gaz étant fortement subventionné. Téhéran espère multiplier par trois sa production de gaz d'ici 2015 pour atteindre près de 1,5 milliard de m3 par jour et exporter quelque 330 millions de m3 quotidiennement.
L'Iran et la Malaisie ont signé mercredi un accord d'environ six milliards de dollars portant sur le développement de deux champs gaziers offshore, Ferdos et Golshan, situés dans le Golfe.
Si le pays se présente souvent comme futur fournisseur de gaz pour l'Europe et les pays de la région, il souffre néanmoins cruellement d'investissements productifs dans ce secteur. Les grandes compagnies internationales sont freinées dans leur volonté d'investir par la pression américaine et la conjoncture incertaine résultant des sanctions de l'ONU contre Téhéran à cause de son programme nucléaire.
- Les raisons de l'arret des livraisons du Turkménistan
Le Turkménistan a assuré le 2 janvier que l'arrêt des livraisons de gaz à l'Iran était "temporaire" et lié à la maintenance du gazoduc, alors que de nombreuses villes iraniennes étaient privées de gaz.
"Il s'agit d'une suspension temporaire des livraisons de gaz à l'Iran liée à des questions techniques", a déclaré le ministre turkmène du Pétrole et du Gaz, Baïmyrat Khodjamoukhammedov, dans un communiqué. "Cette suspension se justifie par la nécessité d'effectuer des travaux d'entretien et de maintenance liés à l'exploitation du gazoduc", a ajouté le ministre turkmène.
Mais, selon plusieurs sources, Achkhabad chercherait avant tout à relever le prix de son gaz vendu à Téhéran, pour le rapprocher des cours mondiaux qui ont eux-mêmes fortement augmenté.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a déclaré à la télévision d'Etat qu'il avait appelé son homologue turkmène pour demander "une rapide reprise des exportations", ajoutant que ce dernier avait fait une promesse en ce sens.
Mais le vice-ministre des Affaires étrangères, Mehdi Safari a reconnu qu'en raison de la hausse du prix du gaz sur les marchés mondiaux, le Turkménistan avait demandé une révision du contrat. Il a précisé que des discussions étaient en cours.
Le ministre iranien du Pétrole Gholamhossein Nozari a déclaré mercredi que le Turkménistan devait reprendre ses livraisons de gaz vers l'Iran, interrompue le 29 décembre, avant de discuter prix, a rapporté l'agence Isna. "Nous avons dit aux Turkmènes que tant que les livraisons de gaz ne sont pas rétablies, nous n'aurons aucune discussion sur les prix", a déclaré M. Nozari.
- Gazprom augmente ses livraisons vers Turquie et Grèce
Tel un sauveur, le géant énergétique russe Gazprom a pour sa part indiqué mercredi avoir augmenté à leur demande ses livraisons de gaz naturel à la Turquie et à la Grèce au-delà des niveaux prévus par leurs contrats respectifs.
Comme quoi la situation n'est pas négative pour tout le monde ....
"En décembre 2007, la compagnie (turque) Botas a demandé à Gazprom d'augmenter les livraisons de gaz naturel russe via le gazoduc Blue Stream. En décembre 2007, Gazprom a augmenté la livraison de gaz à la Turquie de 30 à 38 millions m3 par jour", selon un communiqué de Gazprom.
"A compter de janvier 2008, ce niveau est maintenu et actuellement le total dépasse le niveau prévu par les contrats", souligne le groupe russe.
Gazprom souligne ainsi qu'il "satisfait une nouvelle fois une demande urgente de nos consommateurs". Botas, selon lui, a à plusieurs reprises fait ce genre de demande dans le passé et Gazprom s'y est plié "à chaque fois que les possibilités techniques le permettaient".
La Grèce a également demandé et obtenu une hausse de ses livraisons de gaz russe jusqu'à 1,5 million de mètres cubes par jour de plus que ce que prévoit le contrat, indique le groupe russe.
Gazprom ne précise pas pourquoi ces deux pays ont demandé davantage de gaz.
Sources : AFP
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