“Bien sûr”, la nouvelle ne fait la une ni de la presse de Dassault ni des journaux de Lagardère, et pour cause ... c'est que justement, l'affaire est peut-être d'importance, voire symptomatique d'un certain malaise ...
Alors que le ministre de la défense Hervé Morin affirmait encore il y a quelques jours nourrir "de très beaux espoirs" de parvenir à conclure plusieurs contrats avec l'Arabie saoudite, il a annoncé dimanche que la France ne cherchait plus à vendre ses avions de chasse Rafale au royaume saoudien.
Enfin... ce n'est pas tout à fait comme cela que les choses devraient être présentées. Certes, si les propos tenus par Hervé Morin sont une jolie manière de “contourner” le fait que Dassault se soit fait encore une fois recaler sur ses Rafales - alors que le Maroc vient de lui signifier une fin de non recevoir - tel est bien le cas ...
Grand gagnant dans l'affaire : la Russie qui vient de réaliser un fabuleux contrat, tellement fabuleux que personne – ou presque – n'en parle en France .... Le site “ defense-aerospace.com” lui n'a pas peur des mots titrant même : ” France Loses Out as Saudis Sign $2.2 Billion Deal for Russian Helos”. Cela a le mérite d'être clair ...
Dans le cadre d'un véritable “revirement” diplomatique aussi soudain qu'imprévu, l'Arabie saoudite vient de signer un accord en vue d'acquérir 150 Mi-35 Hind russes et hélicoptères Mi-17 Hip d'une valeur de 2.2 milliards de dollars. Ceci met fin - souligne la presse anglo-saxonne - aux espoirs français de concrétiser la vente de 148 hélicoptères et augmente les doutes quant à l'éventualité de futures ventes d'armement par la France au royaume saoudien.
Le “Memorandum of Understanding” avec la Russie a été signé à Ryad à la mi-septembre par les membres du cabinet privé de roi d'Arabie saoudite Abdallah bin Abd al-Aziz Al Saud. Cette signature fait suite à plusieurs visites des délégations saoudiennes en Russie en février et mars 2007 en vue d'apprécier les capacités des hélicoptères russes et autres types d'armements.
L'Arabie saoudite semble également avoir décidé d'acquérir des tanks T-90 et systèmes de défenses aériens Aster 30 SAMP/T, changeant ainsi son fusil d'épaule, puisque l'acquisition de chars Leclerc était précédemment envisagée. En tout état de cause, aucun accord n'a été encore signé sur ce point.
Eurocopter a confirmé que l'Arabie saoudite avait opté pour des hélicoptères russes, tout en laissant entendre que ses perspectives de ventes dans le pays étaient floues.
Tout en concédant, que les saoudiens avaient signé un accord avec la Russie, un officier français a précisé que les Mi-17 et Mi-35 ne représentaient qu'une partie de l'appel d'offre saoudien. Notant par ailleurs que les deux clients saoudiens – les Forces Armées et la Garde Nationale – ne se porteraient pas nécessairement acquéreurs d'équipements similaires, il a affirmé que la France restait dans la course en vue de vendre plusieurs autres types d'hélicoptères offrant des fonctionnalités dont ne disposent pas les appareils russes.
La décision saoudienne de retenir la Russie comme un fournisseur majeur d'armements résulte de deux récentes positions prises par le roi Abdallah bin Abd al-Aziz Al Saud. Ce dernier a récemment décidé de prendre directement le contrôle des contrats d'armements les plus importants, ce qui était auparavant du domaine du ministre de la Défense et de l'Aviation dirigé par le Sultan Bin Abdulaziz , que certains affirment être en défaveur.
L'insistance de la France à vouloir à tout prix placer des packages entier incluant des armements dont les saoudiens n'avaient que faire – comme l'avion de combat Rafale de Dassault - ne semble pas être tout fait du goût du roi Abdallah. Alors que les saoudiens semblaient prêts fin 2006 à signer plusieurs contrats avec la France concernant notamment 42 hélicoptères légers Fennecs, 20 avions Cougar, et 10 hélicoptères navals NFH-90, ils ont remis leur plan sine die suite à l'insistance des officiels français d'inclure dans le “package” des Rafales, plusieurs frégates FREMM, des corvettes Gowind et des chars Leclerc.
La vente de Rafale à l'Arabie saoudite n'est plus "d'actualité", s'est “contenté” de “reconnaître” Hervé Morin en visite à Ryad, tout en précisant ne pas avoir parlé de l'avion Rafale avec les Saoudiens.... Permettez-moi tout de même de douter ... "Ce n'est pas un dossier d'actualité. Je pense qu'après la commande des Typhoon, ce n'est pas nécessairement une priorité." a-t-il affirmé... merveilleuse tout de même cette phrase quand on connaît toute “l'affaire” ...
Evitant de mentionner le nouveau contrat tout juste signé par la Russie, la presse française s'est quant à elle "contentée" pour sa grande majorité de rappeler que l'Arabie saoudite et la Grande-Bretagne avaient annoncé le mois dernier un contrat de 4,43 milliards de livres sterling portant sur la fourniture de 72 Eurofighter Typhoon. Le marché qui pourrait atteindre 20 milliards de livres est partagé entre BAE Systems, qui pilote le contrat, et plusieurs autres sociétés réparties à travers l'Europe et l'Arabie. Rappelons qu'EADS est présent dans le consortium chargé du programme Eurofighter que conduit BAE. Une telle nouvelle n'étant donc pas déplaisante” à entendre, elle semble être décidément plus “médiatique” que la vente des hélicoptères russes.
Mais, les saoudiens semblent avoir été "chagrinés" par différentes attitudes de la France qu'ils ne soent pas loin de considérer comme de réels affronts. Ceci inclut "l'incapacité" de la France à nommer un officiel de rang assez élevé à la tête de la Sofresa, l'agence d'exportations d'armement spécifiquement mise en place en vue d'établir des contrats avec l'Arabie saoudite. Le recours par la France à l'usage de réseaux marketing locaux incluant des personna “non grata” à la cour de roi Abdallah est également considéré comme un autre affront.
Le revirement saoudien pourrait également s'expliquer par les propos de Nicolas Sarkozy laissant entendre que la diplomatie française prendrait dorénavant ses distances par rapport à sa traditionnelle position pro-arabe.
Mais Paris semble vouloir tabler désormais sur une tentative de la dernière chance en vue de sauver in extremis quelques contrats saoudiens. Ainsi, c'est Nicolas Sarkozy, en personne qui foulera le sol saoudien en janvier prochain.
Sources : defense-aerospace.com, AFP, JDD
Traduction par votre aimable "servante" :)
A lire également :
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10 Commentaires
1
je vais vous appeler Dim :)
02 novembre 2007 à 01:032
Il est étrange d'affirmer que "Dassault s'est fait coiffer sur le poteau" en parlant de la conclusion d'un contrat de vente... d'hélicoptères!
02 novembre 2007 à 09:42D'où vient cette rumeur que l'Arabie Saoudite pouvait acheter des avions de combat après les derniers accords de Yamamah? 72 Typhoon: les Saoudiens ont tout ce qu'il leur faut pour les 25 ans à venir.
C'est bel et bien Eurocopter qui s'est fait coiffer sur le poteau.
3
Alors que Dassault était proche de signer , ce total revirement des saoudiens annonce la fin du projet de ventes des rafales
02 novembre 2007 à 10:494
A noter également
"La décision saoudienne de retenir la Russie comme un fournisseur majeur d'armements "
02 novembre 2007 à 10:505
On ne peut plus clair :
L'insistance de la France à vouloir à tout prix placer des packages entier incluant des armements dont les saoudiens n'avaient que faire – comme l'avion de combat Rafale de Dassault - ne semble pas être tout fait du goût du roi Abdallah. Alors que les saoudiens semblaient prêts fin 2006 à signer plusieurs contrats avec la France concernant notamment 42 hélicoptères légers Fennecs, 20 avions Cougar, et 10 hélicoptères navals NFH-90, ils ont remis leur plan sine die suite à l'insistance des officiels français d'inclure dans le “package” des Rafales, plusieurs frégates FREMM, des corvettes Gowind et des chars Leclerc.
02 novembre 2007 à 10:516
C'est un retour en force de la Russie au Moyen-Orient. Pour l'Arabie Saoudite, la Russie apparait aujourd'hui comme la seule puissance pouvant encore influencer l'Iran.
Voir votre article sur l'uranium aussi :
02 novembre 2007 à 11:09http://www.leblogfinance.com/2007/11/les-pays-du-gol.html#more
7
On pourrait par ailleurs se demander si ce n'est pas notre sevillant ministre des Armées qu'il conviendrait de vendre à l'étranger...difficile à caser ...mais bon ??
02 novembre 2007 à 21:458
C'est un peu cela, compte-tenu des "bourdes" prononcées dilapidant le Rafale ...
03 novembre 2007 à 11:249
C'est vrai que la Russie pourrait jouer un éventuel rôle d'intermédiaire entre l'Iran et l'Arabie Saoudite, et pourquoi pas aider ces deux blocs à discuter...ce qui pourrait par ricochet ameliorer la situation en Irak.
05 novembre 2007 à 23:1210
En passant, une superbe faute d'ortographe: "Ceci m'est fin aux espoirs français [...]"!
10 novembre 2007 à 13:32Ajoutez un commentaire
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