L'Italien Mario Monti, nommé à l'automne par Bruxelles pour coordonner le projet controversé de ligne électrique à très haute tension entre la France et l'Espagne via les Pyrénées, va s'atteler à "rapprocher les positions" mais n'a promis vendredi aucune solution rapide.
Véritable serpent de mer, le tracé d'une ligne à très haute tension à travers les Pyrénées, en passant par la Catalogne, suscite depuis des années une vive opposition de riverains des deux côtés de la frontière et des écologistes.
Le projet d'interconnexion est considéré comme "prioritaire" par l'UE parce qu'il permettrait d'augmenter les échanges électriques de 3% entre la France et l'Espagne. "Cette connexion électrique, importante pour l'Europe, est saturée depuis des années. Aujourd'hui, il est grand temps d'agir", a commenté vendredi le commissaire Andris Piebalgs devant la presse.
Reçu à Bruxelles par le commissaire qui a approuvé son programme de travail, M. Monti a convenu pour sa part que "la situation est très complexe". "Il faut de la clarté, évaluer avec précision l'apport de cette connexion à la sécurité d'approvisionnement de l'Espagne qui se trouve isolée du reste du réseau européen derrière la barrière des Pyrénées", a-t-il noté.
L'Espagne, en raison de sa situation péninsulaire, est relativement peu interconnectée au réseau européen et souvent qualifiée d'"île énergétique" en référence à son isolement, tandis que la France – véritable carrefour de l'Europe - a des connexions plus importantes avec ses plus nombreux voisins.
Pour l'actuel président de l'université Bocconi de Milan, "la France pourrait disposer avec cette interconnexion d'une énergie propre produite en grande quantité par l'Espagne grâce à son parc d'éoliennes". "Les Pyrénées sont une zone très sensible du point de vue de l'environnement. Il s'agit d'un capital qu'il faut préserver à tout prix", a-t-il aussi souligné. Il a promis d'analyser les tracés possibles. L'enfouissement d'une partie de cette ligne électrique à haute tension sera une option étudiée de près. M. Monti se voit avant tout comme un facilitateur amené à faire des propositions". "La moins bonne solution serait de faire ça dans la précipitation", a-t-il dit, en promettant "une approche par étapes".
L'ancien commissaire européen chargé du Marché intérieur, puis de la Concurrence doit remettre un rapport intérimaire sur cette question d'ici la fin de l'année. Il se rendra les 20 et 21 novembre sur place pour rencontrer des groupes opposés au projet. Ces derniers mettent avant des risques sanitaires et environnementaux. Selon eux, la ligne va "tuer" tout le Vallespir, du fait de la construction tout au long de la ligne d'une trouée de 600 mètres de large impliquant des risques pour la faune,la flore, les professionnels de la région, agriculteurs, bergers etc – et d'importants risques d'incendie. Au niveau financier, ils redoutent une chute très importante de la valeur de tous les biens immobiliers du Vallespir.
A la fin septembre, le ministre de l'Écologie, du Développement et de l'Aménagement durables, Jean-Louis Borloo a reçu les représentant de diverses associations et entreprises concernées par la THT. Il a annoncé vouloir "remettre à plat" le dossier de l'interconnexion électrique entre la France et l'Espagne, après avoir réuni les parties prenantes de ce projet d'interconnexion entre les deux pays.
"Je souhaite qu'une nouvelle gouvernance s'organise, que toutes les questions soient mises sur la table et que toutes les options techniques soient étudiées. La France doit respecter ses engagements envers l'Espagne et l'Union européenne, mais des endroits remarquables comme le mont Canigou ou le mont Capell doivent être préservés", a-t-il ajouté.
Sources : AFP, www.collectif-nonalatht.com
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