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Acier européen : non au dumping chinois, oui à la Russie

Coule_haut_fourneauEn 2004, la Chine était le premier importateur mondial d’acier. Trois ans plus tard, elle en est devenue le premier exportateur, avec 34 % de la production de la planète.

Une telle métamorphose a-t-elle emprunté les chemins de la concurrence déloyale ? Les aciéristes européens le pensent, qui travaillent depuis plusieurs mois à l’élaboration de plaintes officielles auprès de la Commission de Bruxelles, après le bond des exportations d’acier de la Chine vers l’Europe des Vingt-sept. Selon la Fédération européenne des industries de l’acier et du fer (Eurofer), ces exportations devraient doubler en 2007, à 10 millions de tonnes contre 5 millions en 2006 et un million seulement en 2005.

La Chine, mais aussi la Corée du Sud et Taïwan sont accusés de vendre leurs produits en acier en-dessous de leur prix de revient. "Des volumes massifs ont été vendus à perte sur le marché de l’Union européenne avec des marges de dumping de 40 %", affirme Eurofer, ajoutant que des milliers d’emploi seraient en péril. Les aciéristes européens ont donc demandé ce lundi à la Commission européenne d’imposer des taxes anti-dumping sur l’acier importé de Chine, de la Corée du Sud et de Taïwan.

"Nous déposons deux plaintes. L’une porte sur les aciers inoxydables à froid et vise la Chine, Taïwan et la Corée du Sud. L’autre porte sur les aciers galvanisés et concerne uniquement la Chine", a annoncé Gordon Moffat, directeur général d’Eurofer. Selon lui, la fédération devrait également déposer la semaine prochaine une plainte contre la Chine au sujet d’un troisième segment de produits, les fils machine. M. Moffat a par ailleurs reconnu qu’une quatrième plainte contre la Chine serait vraisemblablement déposée d’ici 10 ou 15 jours à propos des tôles fortes, mais il a ajouté qu’Eurofer n’avait pas encore rassemblé suffisamment de preuves pour la constitution d’un dossier.

"Il est clair que la Commission voit qu’il y a un problème avec la Chine et reconnaît que les instruments de défense commerciale sont probablement le seul moyen de régler ce problème", a indiqué M. Moffat, qui dit s’attendre à ce que Bruxelles soutienne la plainte d’Eurofer.

Ian Rodgers, qui dirige UK Steel, l’association des sidérurgistes britanniques, a déclaré de son côté : "Nous pensons qu’il y a une preuve prima facie [suffisante pour faire naître une présomption] de dumping et si les importations ne baissent pas, elles causeront sans nul doute un dommage sérieux aux producteurs européens".

Une fois la plainte déposée auprès de la Commission, celle-ci dispose d’un délai de 45 jours pour décider s’il y a lieu d’ouvrir une enquête. A l’issue de l’enquête, elle peut décider de prendre des mesures.

Début octobre, le porte-parole de la Commission responsable du Commerce, Peter Power, avait indiqué que la décision finale sur cette question "prendrait en compte plusieurs éléments, pas seulement les intérêts des producteurs d’acier". Il avait souligné que c’était "une question complexe" et qu’il y avait "plusieurs intérêts en jeu", y compris ceux "de nombreux utilisateurs" des produits "qui ne voudraient pas de taxes anti-dumping".

C’est ainsi que la Fédération française des industries mécaniques (FIM) a prévenu que la mise en place éventuelle dans l’Union européenne de mesures de protection des aciéristes contre leurs concurrents chinois "pénaliserait" toute la filière, grosse consommatrice d’acier.

"L’acier est un poste important dans les achats" des entreprises françaises de mécanique, qui "doivent pouvoir choisir, pour des raisons de compétitivité évidentes, l’origine de leurs approvisionnements, européens, chinois, indiens ou autres", a fait valoir la FIM dans un communiqué. La possibilité de choisir son fournisseur est d’autant plus importante que la production européenne d’acier ne suffit pas à répondre à une "demande croissante" des industries mécaniques, qui doivent "acheter hors d’Europe" si elles veulent pouvoir "continuer de produire sur le sol européen", a-t-elle ajouté.

Dans ces conditions, "la tentative de la Commission européenne, sous l’influence des producteurs d’acier européens, de fixer des quotas d’importation pour préserver des marges peu concurrentielles pénaliserait l’ensemble de la filière transformatrice des métaux en Europe", conclut la FIM.

En accord avec cette dernière, la fédération européenne ORGALIME, qui regroupe les industries de l’électrotechnique, de la métallurgie, de l’électronique et de la mécanique et dont les adhérents sont de gros consommateurs d’acier importé, estime qu’il sera difficile aux sidérurgistes européens de prouver le dumping, étant donné que la Chine lève une TVA de 17 %, ainsi qu’une taxe à l’exportation de 10 %.

L’Union européenne organise sa défense contre le dumping de l’acier chinois mais ouvre dans le même temps sa porte aux aciers russes. Vendredi dernier, Bruxelles a conclu un accord avec Moscou (qui a longtemps été le premier fournisseur d’acier de l’Europe avant d’être dépassé par la Chine) pour réviser ses quotas d’importation sur certains aciers longs et plats. Ils ont été relevés pour prendre notamment en compte l’élargissement de l’Union européenne le 1er janvier 2007. Passant à 2,904 millions de tonnes en 2007 et à 3,031 millions de tonnes en 2008 contre 2,4 millions de tonnes en 2006, soit une augmentation de 21 % cette année, ces quotas devront rester en vigueur jusqu’à l’entrée de la Russie à l’OMC (Organisation mondiale du commerce).

Sources : AFP, Reuters, Le Monde

A lire également : Acier : l’appétit de la Chine booste la demande

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4 commentaires

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