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Europe et Banque mondiale au secours des fleuves chinois

ChinefleuvejauneL’environnement est une préoccupation de riches, c’est bien connu. Et la Chine n’est qu’un pays "émergent", pour reprendre une terminologie à la mode. Faut-il pour autant trouver naturel que l’Europe et la Banque mondiale viennent financièrement en aide à l’empire du Milieu pour l’aider à dépolluer ses fleuves ? On vient en effet d’apprendre que l’Union européenne et la Banque mondiale lancent une campagne de nettoyage du Fleuve Jaune (Huang He) au Nord et du Fleuve Bleu (Yang Tse) au Sud. Ce programme quinquennal, dont le coût est estimé à 175 millions d’euros, comprend des politiques environnementales visant à réduire la pollution industrielle et humaine le long du Fleuve Jaune, notamment à hauteur des provinces du Henan, de Shanxi et de Shaanxi.

Les fonds consacrés à ce programme (dont la moitié seront prêtés par la Banque mondiale) serviront également à payer des employés dans les provinces du Yunnan, de Ghuizou et de Hubai pour planter des arbres le long du Yang Tse. Après des années de croissance économique débridée, les cours d’eau chinois, en particulier les grands fleuves, ont atteint un niveau de pollution critique, pour ne pas dire catastrophique.

Avec sa croissance à deux chiffres et ses gigantesques excédents commerciaux, la Chine croule sous les devises, qui lui permettraient d’acheter cash les plus grandes entreprises du monde (malgré la substantielle dépréciation du dollar). Elle a d’ailleurs commencé à le faire. C’est aussi la quatrième puissance économique du monde, derrière l’Allemagne – pour combien de temps encore ? – mais devant la France et la Grande-Bretagne. C’est enfin, et surtout, un pays très jaloux de son indépendance. Mais puisqu’il ne s’agit que de purifier et d’embellir les abords de ses fleuves, pourquoi la Chine refuserait-elle un modeste financement étranger puisqu’on le lui propose si gentiment ?

Rappelons que la Banque mondiale a pour mission d’ "oeuvrer pour un monde sans pauvreté" et que l’Union européenne ne manque pas de fleuves à assainir sur le Vieux Continent, notamment chez ses nouveaux adhérents d’Europe centrale et de l’Est. Certes, il y a encore des pauvres en Chine. Mais encore une fois, l’aide internationale ne va pas aux pays qui en ont le plus besoin…

Source : Associated Press 

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13 commentaires

  1. lomi 18 octobre 2007 à 22:11

    walla un commentaire éclairé ! sur un sujet hautement important. Important parce qu’il met en perspective les priorités de la Chine pour le regard naïf de l’homo-écolo-démago européen.

  2. Elisabeth 18 octobre 2007 à 22:37

    Pour ma part, j”ose” avouer que cela ne me choque nullement.
    J’estime en effet que l’UE ne délocalise pas uniquement sa production en Chine mais également la pollution qui est liée, bien contente de trouver sur son chemin la Chine pour produire et surtout vendre à moindres couts, en fermant l’oeil sur les risques environnementaux que sa demande induit.
    cf.Envoyé Spécial de ce soir.

  3. Olivier 18 octobre 2007 à 23:12

    C’est un point de vue respectable ; le mien est que personne n’a obligé la Chine à choisir un modèle de croissance économique à l’occidentale, ni surtout de mettre les bouchées doubles (voire triples, ou plus…) pour rattraper son retard, avec toutes les conséquences sur l’environnement que cela comporte.
    Certes la Chine est un immense réservoir de main-d’oeuvre et un marché dont les brillantes perspectives attirent les entreprises du monde entier ; mais le refus d’adopter des normes sociales et environnementales (de même que les pratiques de dumping monétaire), les Chinois ne le doivent qu’à eux-mêmes. Du moins c’est ce qu’il me semble. Que les Occidentaux en profitent d’une certaine manière pour importer à bas coût, c’est certain, mais ils en subissent aussi la contrepartie chez eux avec les fermetures d’usines et les destructions d’emplois !

  4. Elisabeth 18 octobre 2007 à 23:16

    le pb chez les Occidentaux est que ceux qui en profitent ne sont pas ceux qui sont mis à la porte…. :(
    De +, la consommation en UE ne faiblit pas, les ménages s’endettant malgré licenciements et perte de pouvoir d’achats.
    Si les ménages réduisaient leurs consommations suite à fermeture d’usine, perte d’emplois, bref délocalisation, les industriels européens seraient bien en quelque sort “obligés” de revenir au “bercail” pour maintenir le pouvoir d’achat de leurs consommateurs.

  5. Olivier 19 octobre 2007 à 00:50

    L’endettement n’est pas une solution viable à terme, que ce soit pour les Etats-Unis ou pour l’Europe ; un jour ou l’autre il faut rembourser (pour les Américains la chose est un peu différente par suite du privilège exorbitant que leur confère le dollar, dont la chute allège progressivement le poids de la dette)…
    Quoi qu’il en soit ceux qui profitent le plus de la croissance chinoise sont les Chinois, même si en effet tout le monde n’y perd pas chez nous ! Il n’y a qu’à observer l’élévation du niveau de vie en Chine et sa stagnation en Europe…

  6. lomi 19 octobre 2007 à 03:15

    Sur l’objet même de l’article, je suis d’accord avec l’idée que s’acheter une bonne conscience en participant à l’assainissement des fleuves chinois prête à sourire quand on connait le degré d’insalubrité d’espaces (fluviaux, littoraux, forestiers etc…) en Europe de l’Est. Il est plus aisé de donner des leçons ou des financements que d’appliquer des règles de bonne conduite.
    Plutôt que de discuter du bien-fondé des relations internationales et de leurs conséquences entre puissances en devenir et pays dits développés, rappelons pour mémoire qu’aux stricts indicateurs économiques (PIB-PNB…) il nous faudra substituer bien vite les Indicateurs Globaux de Développement (IDH, IPH…) dès lors que seront abordées les thématiques environnementales.
    Pour mémoire en 2006, la Chine (assise sur son tas d’or, ses devises, dévoreuse de matières premières, cavalant avec sa croissance à deux chiffres)… était classée 81ème entre l’Arménie et le Pérou.

  7. Pascal 19 octobre 2007 à 22:36

    dixit Elisabeth: l’UE délocalise sa production en Chine
    l’UE ne délocalise rien. Les entreprises font des appels d’offre. Le fournisseur le moins cher gagne. Les fabricants européens n’ont plus qu’à fermer leurs usines.
    N’oubliez pas que même les mexicains, les bengladeshis, les philipins, les tunisiens se font laminer. Lire par exemple l’article “La déferlante chinoise engloutit l

  8. Elisabeth 19 octobre 2007 à 22:55

    Merci de le préciser
    Miracle economique chinois, vraiment ?

  9. Elisabeth 19 octobre 2007 à 23:07

    cf.
    Chine : l’envers du décor du miracle économique

  10. Olivier 20 octobre 2007 à 00:28

    Nous sommes donc d’accord, Elisabeth ! Le miracle économique chinois se paye au prix fort, celui de la réduction en esclavage du peuple chinois. Un esclavage politique, économique et social…
    Les pseudo-calculs des entreprises occidentales (mauvais calculs car ils se retournent le plus souvent contre elles) n’ont pas grand chose à voir avec ce triste état de choses.
    La greffe du capitalisme a très bien pris en Chine, à une exception près : la notion d’individu n’existe pas. Reflet d’une philosophie orientale où la dimension collective, l’intérêt de l’Etat effacent l’idée même de personne. Là-bas l’épanouissement et le bien-être de chacun, on ne connaît pas…

  11. Olivier 20 octobre 2007 à 00:46

    J’ajoute quand même que nous avons une responsabilité dans tout cela : non pas tant de producteurs ou d’entreprises complices, que de consommateurs et de citoyens hypocrites.
    Au lieu d’acheter sans vergogne tout ce qui vient de Chine parce que c’est bon marché, tout en déplorant les atteintes aux droits de l’Homme du régime communiste, nous devrions rendre cohérents nos discours et nos actes : à quand les achats socialement et moralement responsables ?

  12. Elisabeth 20 octobre 2007 à 14:02

    100 % d’accord avec toi Olivier !!!

  13. Pascal 20 octobre 2007 à 20:01

    dixit Elisabeth: Miracle economique chinois, vraiment ?
    Effectivement, il y a eu de vraies réformes économique. Malheureusement il n’y a pas eu de réforme politiques. Vous connaissez l’adage: “Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument.” . Quel genre de personnel politique obtient-on quand on emprisonne tous ceux qui osent critiquer? Un ramassi d’hypocrites et d’incompétents, voire de mafieux.
    Il est d’ailleurs interessant de comparer la Chine et l’Inde. Non pas que l’Inde soit irréprochable (castes, misogynie, enfants qui ne vont pas à l’école, etc). Mais l’Inde est une démocratie qui ne cherche pas à spolier ses électeurs. J’ai vu des articles où les patrons indiens se plaignent de la perte de compétitivité à cause de l’augmentation des salaires et de la monnaie. Le moteur de la croissance indienne est la consommation et sa balance commerciale est déficitaire. Et nous arrivons à une relation commerciale appaisée et équilibrée. Voir le site du gouvernement ( http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/inde_538/presentation-inde_973/index.html ):
    Exportations françaises vers l

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